«Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire»…

*** attention – contient du langage explicite- parle d’émotions fortes et de malaises ***

Chaque jour, je m’asseois devant mon écran.  Je fais le tour de mes dossiers, je retourne mes appels, je trie tout, je classe tout. J’écoute les doléances du monde, je reçois leur stress et leur mauvaise humeur, mais je reçois aussi leurs sourires.  Je les entends tripper à l’idée de leur prochain voyage dans le sud, s’extasier sur les pipi-caca de leur dernier rejeton, parler de la réfection de la salle de bain, de la pièce de théâtre qu’ils iront voir.

Moi, pendant ce temps, je pourris sur ma chaise.   Ma tête est pleine d’idées, de courants, de façons de refaire le monde.   Mon énergie est forte, ma détermination est grande, mais aucune fenêtre ne s’ouvre.    Mais il ne me reste plus que l’envie de pousser un grand soupir, et de me demander de quelle façon je vais occuper tout ce temps.  Ça ne me sert à rien d’ouvrir le mur à la hache, il faut que j’attende qu’il y ait une craque, avant.   Les possibilités. POS-SI-BI-LI-TÉS.  J’vous cherche, mes câlisse, vous êtes où!!

Je me  vois en yogini très zen, en épicurienne au –dessus de ses fourneaux, en artisane du pain et du fil, en auteure à succès, parfois en femme d’affaires.  Je me demande si j’aurais vraiment aimé le métier que j’avais choisi au départ. Plus souvent qu’autrement la réponse est NON. Question d’attentes, j’imagine. Et de POS-SI-BI-LI-TÉS.

Je ne pense pas que ça suffit, de «vouloir». Et puis c’est quoi, vouloir? Travailler 80 heures pendant cinq ans sans rechigner, pour avoir peut-être quelque part dans l’infinité de l’univers, une chance de faire 2000$ de plus par année ?  Vivre avec douze colocs pour faire un peu de musique? Je ne sais pas.      Vouloir  est une chose, mais l’issue, c’est d’autre chose. C’est  selon les circonstances, les conditions, l’environnement.

Un fils de médecin, à qui on paie ses études, qui reçoit une voiture en cadeau de 18 ans, honnêtement… il a toute une longueur d’avance.   Je crois que la différence maîtresse entre un destin et un autre, c’est simplement la possibilité d’arrêter cinq minutes sans que tout s’enchaîne dans une cavalcade de besoins, de délais, et de responsabilités.  L’argent peut souvent acheter cela.  Avoir le temps, c’est un luxe.

Avant, j’étais le genre de fille qui disait aux quêteux dans la rue de se trouver une job au lieu de me demander 25 cents. Que c’était pas dur d’aller faire des sandwiches au salaire minimum, pi de se pogner  une chambre dans un huit et demie avec d’autres crottés.

Maintenant, j’essaie de me demander qu’est-ce que qui a pu les amener là, et qu’est-ce qui les empêche de s’en sortir.  Ça me met toujours autant le feu au cul quand ils mentent, par contre.  Câlisse, si tu veux un 2$ pour t’acheter une grosse Molson tablette, raconte-moi pas l’histoire de ton fils handicapé, pis de son chien malade. Assume.   Dis-moi pourquoi tu t’es ramassé là. Je ne veux pas savoir si tu trouves que la police ou la Curatelle ce sont des enfants de pute.

Savez-vous une phrase que je ne suis plus fucking capable d’entendre?

«Quand on veut, on peut».

BULLSHIT.   J’ai beau vouloir, essayer du mieux que je peux, ça ne marche pas.  J’ai pris un hostie de paquet de mauvaises décisions, je dois les subir.   Ça vous remet les perspectives à la bonne place.  C’est pour ça que le prochain quêteux, j’pense qui va recevoir une piasse ronde, pi un morceau de sandwich.

Ark, j’ai mal au coeur.  J’ai un goût de bile dans la bouche, et j’ai tellement honte, aussi.  J’ai honte de «chier sur la chance que j’ai» d’avoir de quoi gagner ma vie, pis un toit sur la tête.   Avez-vous déjà vécu ça, vous?  Des moments ou l’essentiel paraît accessoire, et où l’accessoire devient, apparemment , l’essentiel?

C’est pas compliqué : tu veux tout ce qui te fait défaut. Mais ce que tu as déjà, tu ne le vois plus.

« Si tu ne fais pas ce que tu aimes, aimes ce que tu fais.»

« À défaut de pain on mange de la galette»

«Quand on a pas ce que l’on veut, on chérit ce que l’on a.»

… je ne suis PLUS capable de cette poutine proverbiale, de ces phrases préfabriquées qu’on garroche pour se conforter dans notre sort. Ce qui me lève encore plus le cœur c’est qu’en plus, ces mots, au fond, sont vrais.  Ben… pas tant vrais, que pleins de sens.

Des fois, j’ai des bulles au cerveau où je suis parfaitement heureuse.  Dehors, sur un banc, la face au soleil même si c’est l’hiver.   Tranquille, emballée dans une couverture chauffante.  Excitée, après avoir combattu une grosse peur.  Mais le gris, le beige, le drabe, ça finit toujours par me rattraper.  Je me cherche un but dans la vie, pi j’sais pas encore ça va être quoi. À 27 ans. Toutes mes dents.

Faut que je retrouve comment on fait pour baisser le volume quand la toune est plate, et comment le mettre  DANS LE TAPIS en me swinguant les cheveux quand c’est de l’estie de bon beat.

Une chance que je me rappelle encore comment avoir du fun, des fois.