Comment je suis devenue une tête flottante, partie 1.

Cet article m’a demandé beaucoup de courage pour l’écrire. Je vous demande de rester gentils et sensibles dans les commentaires. C’est surtout pour me libérer et parce que c’est important d’en parler que je l’ai fait. Peut-être aussi pour avoir des encouragements, d’autres témoignages. Allez, je me lance. 

«J’ai tellement pleuré en écoutant ce film!»

«C’est vraiment une série dure à regarder… vraiment splendide!»

«Une série dramatique dont on ressort bouleversé.»

« Un roman percutant, qui exploite toute la gamme des émotions!»

 

Ceci n’est pas un extrait des dernières critiques littéraires et cinématographiques du journal.

C’est un exemple du genre d’annonce qui, pendant longtemps, me faisait systématiquement fuir une œuvre donnée. Je m’expliquais en fanfaronnant un peu : «Ah, moi le drama, la maudite guimauve dégoulinante romantique et autres dégâts de sentiments, ça m’intéresse pas.» J’étais fière d’être une de ces femmes qui détestent les films d’amour, les comédies romantiques et les drames.

J’ai toujours été une grande émotive. Je me sentais touchée par probablement tout ce qui peut être touchant, et même par ce qui était considéré banal par mes semblables

Il peut sembler paradoxal pour une personne hypersensible de se tenir loin de ces sources d’émotion vive, surtout si cette personne a un côté artistique fort.   Pourtant, ça n’est pas si farfelu quand on y pense;  au-delà de l’évitement, il peut aussi s’agir d’une façon de se protéger.  Ça peut aussi être un indice que quelque chose ne va pas, quand on ne peut plus s’exposer à cela.

On m’a souvent reflété que j’étais «mélodramatique». Trop intense.  Que j’exagérais. Que j’en mettais plus que le client demande. Pourtant, dans mon cœur et dans mon esprit, ces émotions étaient bien réelles, et vraiment, elles était aussi fortes que je le laissais transparaître.  Pour donner un exemple archi-galvaudé, je pouvais être émue aux larmes par un coucher de soleil. Ou encore, je pouvais me sentir vraiment appelée par tel ou tel mouvement spirituel, me sentir interpellée par la réalité d’autres cultures, me sentir profondément révoltée par les coutumes misogynes que je pouvais observer, etc.  De la même façon, je pouvais réellement me retrouver le cœur brisé après m’être pris un énième râteau. (Pour la petite histoire, je n’étais vraiment pas populaire avec les garçons, mais j’avais les tripes de «dire clairement mon intérêt». Quand je vois les belles phrases de mansplaining comme quoi ça serait tellement le fun si on faisait les premiers pas parfois, si on avouait simplement nos sentiments… ça me donne envie de hurler car la plupart du temps quand je le faisais, je me faisais copieusement ridiculiser ou insulter pour avoir proclamé mon intérêt, mais bon – ce n’est pas ça le sujet de mon article d’aujourd’hui. )

Bref, vous avez compris : j’avais le volume des émotions à + 10 000 tout le temps.

Naviguer ces eaux tumultueuses n’était pas évident car je recevais un double message : d’un côté, c’était bien d’être passionnée, authentique, transparente, mais de l’autre… pas trop. C’était mieux de se tenir tranquille, de ne pas faire de vagues, de ne pas parler des émotions trop intenses que je ressentais sous peine de me faire dire des choses que je trouvais infantilisantes ou invalidantes. Peut-être que dans le fond, les gens voulaient  juste alléger mon malaise, mais ça ne fonctionnait pas très bien.   Plus le temps passait, plus j’avais l’impression que quelque chose clochait chez moi.  C’était épuisant de toujours voler d’un extrême émotif à l’autre.  Quelque part dans ma vingtaine j’ai décidé de consulter parce que ça me sortait par tous les pores de la peau, et je me sentais malheureuse. Prise dans une tourmente qui comprenait une relation passionnelle à distance avec un européen, des études qui ne m’intéressaient pas vraiment, une identité à définir et des projets à bâtir, je me sentais dépassée. Après plusieurs rencontres différentes, l’ultime rencontre avec une psychiatre a eu lieu et on m’a donné un espèce de «pas-diagnostic» : je présentais «des traits limites et histrioniques mais sans trouble de la personnalité».  Ce que mon coeur a entendu, c’était encore «tu en mets plus que le client demande, tu es trop exigeante et émotive, excessive, etc.».  Donc j’ai décidé de me faire soigner.

Fast forward quelques années plus tard, avec une rupture atroce, un abandon d’études et plusieurs emplois plus ou moins satisfaisants derrière la cravate, je ne vais pas réellement mieux, mais je ne m’en rends pas compte car AU MOINS je ne suis plus hypersensible. Je suis une machine à rationaliser. Je ressens beaucoup de fierté à être perçue comme forte, cérébrale, intellectuelle, solide.   J’ai une nouvelle personne dans ma vie à qui je refuse de m’attacher et avec qui je prétends que ça restera simple, que je ne me laisserai certainement jamais prendre à tomber en amour à perdre le nord encore une fois. (pour faire court, ce quelqu’un est mon mari aujourd’hui. So much pour garder ça simple 😉 ) Je poursuis toujours mon chemin, une petite thérapie ici, une autre là, yoga, livres de self-help, changements d’alimentation, etc. J’achète une maison. Je change encore d’emploi. Je travaille à mon compte. Je trouve des clients, mais finalement ça ne tourne pas comme je voudrais. Je trouve ma job de rêve puis je la perds par manque de travail.  Je me marie.  Je trouve un nouvel emploi qui finalement s’avère excellent pour mes besoins actuels, et où je suis aimée et appréciée. Mais ça ne va toujours pas, au fond.

Je ne ressens pas grand chose. Je ne suis pas capable d’identifier ce que je veux. Pas beaucoup d’intérêts durables. Pas de passions, de rêves, de projets fous ou plus sérieux. Pas d’espoirs. Je vis au jour le jour, et pour ressentir vraiment des émotions il faut que celles-ci soient fortes en TA*****! (Ne vous inquiétez pas, j’ai pleuré le jour de mon mariage et je tremblais tellement que je ne réussissais pas à signer le registre!)

Mon cœur ne parle pas assez fort pour que je l’entende. Mon moral se détériore. Ma créativité est à zéro, ce qui me lance un sérieux signal d’alarme. Une autre pile de défis personnels me tombe dessus et je décide de retourner aux études et d’entreprendre plusieurs activités hors-travail pour être sûre de ne pas avoir le temps de penser.  Un peu plus tard,  l’énergie à zéro, je retourne consulter.  Après quelques rencontres, deux hypothèses principales émergent :

  • Est-ce que, par hasard, on aurait essayé de tuer une mouche avec un bazooka, avec la thérapie de 2 ans pour les hypersensibles/TPL qu’on m’a conseillé de suivre, est-ce que ça se peut qu’au lieu de baisser le volume des émotions… j’avais fermé la valve au complet?
  • Est-ce que ça se peut que mon identité diffuse, mon manque de goût de l’effort… aient le droit d’exister, mais que j’aie le droit de ne pas les écouter? Que je puisse décider de poser des gestes sans tout analyser à outrance, sans tout comprendre, et sans autre raison qu’avoir le désir de les poser?

Je revoyais dans ma tête cette fantastique bande dessinée d’Allie Brosh, et je comprenais des choses. J’ai eu peur. Je ne voulais pas me rendre dans le trou du désespoir où elle avait été. Je me sentais dépassée par un tas de nouveaux défis et problèmes qui étaient apparus tous en même temps. Il fallait que je réapprenne à ressentir, que j’arrête d’être juste une tête flottante désincarnée, détachée du reste de mon corps, incapable de poser des limites à qui que ce soit par peur de décevoir, incapable de me donner du temps et dévorée par la question «À quoi bon???»  J’en ai eu assez de mon angoisse existentielle, de ce gros «rien» qui habitait dans mon ventre et qui cachait TOUTTTTTTTTTTEEEEEEEEEEEEEE les émotions que j’avalais.

Et j’ai décidé d’ouvrir la porte.    À suivre…

Le kit de base de l’humain décent

 

Chère lectrice (rédaction épicène FTW et bonne journée internationale du droit des Femmes), je m’excuse d’avance pour ce pavé de texte un peu indigeste que je m’apprête à t’imposer. Le cours universitaire que je suis présentement m’affecte fortement et j’ai envie de m’exercer. J’aurais pu écrire ceci, le relire et le jeter, mais parfois, l’écheveau confus des d’idées de l’une peut constituer le fil d’Ariane de la réflexion d’une autre. Partageons donc!

Il y a quelques temps, j’ai eu le plaisir de cinqàsepter avec un ami de très longue date que je vois, malheureusement, trop peu souvent. Comme toujours, l’échange fut vif et enrichissant. Notre conversation tournant beaucoup autour des carrefours de la vie et de nos interrogations personnelles, j’en ai tiré l’inspiration d’écrire sur la période de questionnements que je vis actuellement. Pour faire suite à mon précédent texte, et dans le contexte d’un cours que je suis présentement sur l’intervention psychosociale, le tout m’est apparu comme un bon exercice intellectuel que j’avais envie de partager avec ceux qui me lisent.

Je me questionne sur tout un tas de trucs concernant mon avenir, ma carrière, mon développement personnel, mes relations, etc.  Étant moi-même dans une réorientation personnelle et professionnelle, c’est bien normal. Toutefois, dans ce texte, je veux aborder plus précisément un aspect qui me préoccupe, c’est-à-dire les compétences, habiletés et comportements de base que j’estime pouvoir attendre des autres, d’un point de vue sociologique. ATTENTION : ceci est le simple reflet de mes croyances et n’engage que moi; je n’ai pas la prétention de dire que je SAIS comment ça devrait être.

Pour faire plus simple, je me posais la question suivante : «Selon moi, quel est le kit de base que tout humain décent et de bonne volonté devrait posséder?»   Dire que cette question n’a pas de réponse fixe ou établie serait une lapalissade. Cela ne la rend pas moins valide à mes yeux.  Cette interrogation provient de moments où les faits et gestes de mes semblables m’ont déçue, découragée, mise en colère, surprise ou désorientée. Bien des fois, je n’ai rien dit car cela aurait pu m’être nuisible d’un point de vue stratégique; ça m’aurait coûté plus cher, d’un point de vue psychosocial, de soulever le point que de me taire.  Toutefois, ça ne m’a pas empêchée d’enregistrer mentalement ces événements et d’y réfléchir pour établir ce que je considère, pour moi-même, être ma base. J’assume totalement toutes les psychologisations, sociologisations et moralisations que je fais en décrivant ce «code d’honneur» comme une sorte de principe cardinal auquel je me rattache.  Je ne prétends pas avoir raison; il s’agit simplement d’une photo de mes croyances et de mes valeurs sous l’éclairage de cette approche particulière qu’est la psychosociologie.

 

Un échantillon de mon code d’honneur, ça pourrait ressembler à ceci :

 

  • Tant que c’est humainement possible, faire preuve d’honnêteté, sans confondre celle-ci avec de la cruauté.
  • Considérer l’impact que nous avons sur les autres par nos actions.
  • Avoir du civisme.
  • Faire preuve de flexibilité et d’empathie.
  • Ne pas laisser les personnes que j’aime mal prises
  • M’aimer assez pour dire «non» à un paquet de choses
  • Ne pas prétendre connaître quelque chose quand on ne connaît pas.
  • Être de bonne foi.
  • Ne pas outrepasser ses responsabilités et ses droits
  • Etc bis exposant douze …

 

Ce qui est délicat dans toute cette histoire, c’est que les autres ne partagent pas nécessairement ce même code d’honneur. Il y a beaucoup trop d’individus, de constructions sociales et de contextes différentes pour ça.   Eh bien, chère lectrice, je vais me risquer à dire que ceci est à la base d’une multitude de situations carrément «crissantes.»

Exemple anodin et fictif :

Au travail,  une personne parle très fort au cellulaire pour des affaires personnelles, dérange par ses conversations intempestives et se promène dans le bureau en marchant fort et en traînant des pieds.

Ma réflexion : bris de la règle 3 de mon code d’honneur.

Mon émotion: irritation suprême, léger sentiment de mépris et de supériorité, impression que mes besoins ne sont pas respectés.

Ma réaction: soupirer bruyamment. Si ça ne se règle pas, dire gentiment. Si ça ne se règle toujours pas, pogner les nerfs et ensuite le regretter et faire des blagues.

Solution ultime appliquée après l’échec de toutes les autres: porter des écouteurs en permanence quitte à avoir parfois du mal à interagir avec mes collègues.

Espoir secret déçu : que quelqu’un en position d’autorité prenne la situation en main et force la personne à cesser son comportement irritant

Problématique : Deux personnes directement impliquées qui n’ont pas la même définition de ce qui est dérangeant ou pas, de ce qui est civique ou pas, et une troisième personne qui n’a pas été consultée MAIS de qui l’intervention est attendue par une des parties = rien qui ne se règle vraiment, chacun reste campé sur ses positions et aucune responsabilité minimale des deux parties.

Donc, au final, ce que je peux observer de tout ceci, c’est qu’à peu de choses près, la grande majorité des problèmes interpersonnels que je rencontre sont liés, d’une façon où d’une autre, à mon «code d’honneur» personnel.

Pourquoi je ne parle pas simplement de valeurs: malencontreusement, le terme «valeurs» a été tellement galvaudé que les gens se mettent à rouler des yeux dès qu’ils en entendent parler, moi la première. J’ai simplement remplacé le terme par «code d’honneur», ou par «kit de base de l’humain décent».  D’un seul coup, toute l’idée que je développais me paraissait un peu plus intéressante, car ce faisant, je me suis réapproprié ce langage.  Cela m’a permis de poursuivre ma réflexion, et d’arriver à la conclusion que ce que je peux attendre et espérer des autres est irrémédiablement lié à cette «paire de lunettes» mentale, et à la leur, par la même occasion. La suite la plus courante de cette réflexion serait d’affirmer que je ne peux que changer mes propres lunettes, pas celles des autres, pour résoudre mes problèmes.

Or, mes nouveaux apprentissages me conduisent plutôt à cette autre réflexion : au lieu d’essayer de changer ses propres lunettes, ou de chiâler sur celles des autres, nous avons tout à gagner d’apprendre à «échanger temporairement» nos lunettes, faire part de ce que nous avons vu, et ensuite discuter ensemble de ce qu’on a la volonté de recalibrer ou pas.

C’est une information particulièrement utile à se rappeler quand «l’autre» est un système, une entité légale, bref pas une personne avec qui on peut s’asseoir et discuter. «Emprunter» subtilement la paire de lunette du système, la porter, la remettre en place et se faire sa propre idée : c’est à la fois de l’adaptation et de la pensée critique. C’est seulement à partir de ce point, que quelqu’un pourra décider de la viabilité de sa prescription actuelle, et qu’il y aura maintien, changement, ou ajout de «règles» dans le code d’honneur.

Il ne nous viendrait pas à l’idée d’Exiger de quelqu’un de changer son système de valeurs de manière permanente; pourquoi se l’exiger à soi-même?  L’idée… c’est se rappeler que les lunettes qu’on porte, façonnent la réalité. Elles ne nous montrent pas la SEULE réalité, seulement la nôtre, et que d’autres alternatives viables pour d’autres personnes existent, sont possibles, et qu’on ne peut pas décider de ne pas les prendre en considération car nous sommes tous, que nous le souhaitions ou non, foncièrement dépendants les uns des autres.

Maintenant, à ton tour, chère lectrice; ça te fait réfléchir? Ça te choque? Dis-moi tout!

 

Columbus

J’écris rarement des textes de chansons. L’inspiration frappe à des drôles de moments… j’écris rarement en anglais. Peut-être que j’avais besoin de distance.   J’ai écrit ce texte pour les personnes qui ont rencontré leur rêve, leur passion, seulement pour les perdre quelque temps après.  Les gens écrivent toujours sur le peines d’amour, mais ils écrivent rarement sur les peines de rêves; pourtant il y a tellement matière à écrire!  Et encore plus au fond de cela, peu de gens osent écrire sur l’absence de passion, le vide, la perte de sens. pour moi, ces situations avaient besoin d’une voix.  On  écrit beaucoup sur les relations, sur le succès, sur le fait d’être badass ou très fort, etc. Mais on écrit tellement peu sur la fragilité, sur les vents qui nous secouent intérieurement quand on cherche notre voie…

 

COLUMBUS

Empty handed

Empty headed

I’m free, flowing from nowhere, looking for

Somewhere to land, but there’s no port

For me to go to, to rest my wings and let my heart go wild

 

I’ve fought a war of many years against

A capricious and vicious demon within

I was devoured, bitten, smitten and beaten

By my own desire, fueled by dreams that are now barren

 

I have nothing left, I’ve got nothing more

I gave my all and all but still, inside my core

My strength evaporates, leaving behind the embers

Of hopes and wishes, for worse, or for better

 

Facing the papers and the screens, I …

Watch the wind blow and wish I was

As carefree, as overwhelmingly smiling

As she who jumped the puddle, shining

 

I feel as if somehow, I’ve been robbed

I don’t have time to sit and sob

I need to grin and bear it, but

There’s no skin left to cut

 

I’m raw and tired of this journey I’m on

The wise one said I should carry on

Until I learn how to be simply content

Frankly, I don’t give a damn

 

I don’t want to dim my light

I can’t pretend I am alright

As the compass is spinning out of control

The boat rocks and the time rolls

 

I’m bent on the road, I’m searching

I’m seeking the spark or maybe the lightning

It’s been ages since I last prayed

It’s about time I found the freakin’ way

 

Will I know my route when I find it,

Will I find a road for me to hit

One never goes as far as when she doesn’t know

Where she goes

 

Paroles: © Dominique Jodry-Lapointe, 2016

 

 

Prétendre

Chers lecteurs… il me semble que je commence chaque chose que je poste ici par des excuses de ne pas avoir posté depuis si longtemps. Eh bien, ce temps est désormais révolu. Aujourd’hui, je ne m’excuserai pas. Je vais assumer mon silence et mon absence. L’inspiration ne se commande pas, et il est hors de question que je laisse mon rapport avec l’écriture se détériorer car j’en fais une obligation ou une course à la performance.

J’ai décidé de venir vous écrire aujourd’hui. Je ne sais pas si la prochaine publication sera dans deux heures, trois semaines, deux ans. Je vais rester dans l’ici maintenant.

Récemment, j’ai repensé à un livre dont j’avais vu le titre, et que je n’ai finalement jamais acheté. «Cessez d’être gentil, soyez vrai!» par Thomas d’Ansembourg. Peut-être n’étais-je pas prête à le lire jusqu’à aujourd’hui, mais toujours est-il que j’ai la ferme intention de me le procurer.

Je suis un être de performance. Depuis toute jeune, j’ai saisi assez vite que si j’étais excellente dans quelque chose, ça me valait de la reconnaissance de mes pairs, de l’attention. Ma soif de reconnaissance, de validation et d’acceptation m’ont nui.

Pendant de longues années, j’ai été l’oreille et la conseillère de tout le monde, et j’ai été entourée de gens qui avaient toujours besoin de moi, mais jamais de temps ou d’empathie pour moi. Lorsque j’ai changé, assez drastiquement, on m’a reflété que je n’étais plus la bienvenue dans mon cercle d’amis d’alors.  J’ai donc changé de cercle d’amis, et ce fut chose du passé. J’eus la chance de changer de niveau scolaire en même temps et d’intégrer un programme ou je pouvais me rouler dans l’admiration de mes pairs car j’y étais naturellement douée.  Ensuite, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon premier chum sérieux. Je buvais ses paroles et j’étais prête à tout pour exister dans son regard, pour qu’il voit d’autre chose que «one of the guys». J’ai fini par gagner son coeur en partant avec un de ses amis. Après avoir laissé  l’ami en question et avoir passé plus d’un an avec le gars que je croyais parfait, la relation s’est terminée assez laidement. J’avais fait de bien mauvais choix, perdu de vue toutes mes amies, alors je devais recommencer une nouvelle campagne de séduction et de performance. Vous voyez un peu le pattern?

Encore aujourd’hui, je me rends compte que mon estime personnelle est intimement liée à l’acceptation des autres, mais aussi à ma capacité à me différencier. J’ai perdu, quelque part, mon aptitude à trouver mes besoins aussi importants que ceux des autres. J’ai toujours l’impression que c’est égoïste.

Suite à une conversation que j’ai eue avec une personne dont l’opinion possède une certaine valeur à mes yeux, j’ai ressenti une grande frustration. Oui, c’est vrai que j’ai besoin de me différencier, d’être unique, de briller pour sentir que j’existe réellement. Mais est-ce si mal? Là où je ne  suis pas d’accord, c’est lorsque les prétentions embarquent. Je crois avoir le droit d’être telle que je suis, et je crois que personne d’autre que moi-même ne peut réellement savoir ce que je ressens, ce que je vis et ce que je souhaite. Mais alors, pourquoi l’opinion des autres, leur vision de moi m’importe tant? Le simple fait que je sois si préoccupée par ce que j’estime être des prétentions non avérées démontre tout de même que la personne qui m’a confronté raison sur un point: je laisse beaucoup trop rentrer d’influence, et je ne me respecte parfois pas assez pour mettre des limites sans en concevoir une culpabilité énorme. Chiotte! Toujours choquant quand quelqu’un a raison n’est-ce pas.

Tant qu’à être en début d’année, aussi bien prendre une résolution: celle d’être moins gentille, mais d’être davantage vraie. Je vais aussi prendre celle de développer ma maîtrise de l’art ancien du So What. Je ne sais pas encore combien de temps ça va  m prendre, mais je vais me donner assez d’importance pour faire cela. Je vais me respecter assez pour ne pas rester dans des situations qui ne conviennent pas; assez pour clore proprement les relations dont je ne veux plus; assez apprendre à tolérer l’inconfort de ne pas être adorée par tout le monde et pour vivre avec le fait que des gens seront parfois fâchés contre moi, qu’ils ne seront ni d’accord,ni  admiratifs.  Je vais essayer d’apprendre à m’aimer assez moi-même pour me donner du temps, de l’importance, du repos ou un coup de pied dans le cul, si c’est requis.

Je vais prendre la place qui me revient, c’est-à-dire la mienne, et je vais tenter de cesser d’être plus plus plus. Je vais essayer d’être juste assez.

Good enough.

Spécial de Noël: le contentement vu par une bouddhiste.

Chers lecteurs, en cette période des fêtes, j’aimerais vous faire part d’une petite réflexion que j’ai entamée il y a un certain temps. En tant que bouddhiste, je respecte les autres traditions, et ayant grandi dans une tradition chrétienne, Noël est quand même une période importante pour moi, un moment où je souhaite être plus proche de ceux que j’aime et qui m’aiment. C’est aussi un moment où je me sens plus introspective.

Tout récemment, je discutais avec une amie qui se questionnait à savoir si elle n’était pas paresseuse en acceptant une offre de stage rémunéré dans une ville qu’elle connaissait à l’étranger, offert par le biais de connaissances. Elle voyait tous ses amis aller dans des boîtes de renom très importantes, et avait peur de «se résigner» en acceptant l’offre qu’elle avait eu.  Je lui ai répondu qu’elle ne se «résignait» pas, mais se «contentait», tout en se donnant des conditions optimales pour obtenir de très bonnes notes et références pour son stage, car n’ayant pas à se soucier de sa subsistance et étant dans un environnement familier, ce serait beaucoup plus confortable pour elle. Qui plus est, elle pourrait plus librement personnaliser ses activités de stage et avoir des gens plus attentifs à ses besoins d’apprentissage, contrairement à une grande boîte ou elle aurait pu aligner les soixante heures semaines à ne rien faire d’autre que gratter du papier et jouer les petites mains. 

Le fait qu’elle se soit automatiquement comparée à ses collègues, et qu’elle remette en question une si belle opportunité sur le principe que c’était paresseux et un geste de résignation d’accepter une offre obtenue par cooptation m’a porté à réfléchir et à méditer sur la nature du contentement et la valeur de la souffrance.

Dans une telle condition, penser plus petit, plus proche, est peut-être la voie à suivre. Lorsque quelque chose nous est offert gracieusement, l’accepter est un signe de gratitude envers la vie; ce n’est pas de la résignation.  Trop souvent, et à tort, nous avons l’impression que quelque chose ne peut avoir de valeur que si nous avons souffert et travaillé très fort pour l’obtenir. Ce faisant, obnubilés par le mérite, nous passons à côté d’opportunités qui auraient pu nous faire grandir, nous transformer et nous enrichir. 

Cette idéologie provient de notre vieux fond judéo-chrétien, qui nous porte à croire que rien qui nous vient naturellement ne peut être valable. Une tradition laborieuse a ses bons côtés en incitant les gens au travail, mais elle comporte sa part d’ombre dans le masque qu’elle impose au contentement. Il n’y a pas, je répète, il n’y a pas de valeur ajoutée à souffrir pour obtenir quelque chose.  Cela ne rend pas l’obtention plus glorieuse ou plus justifiée. En contrepartie dévouement, l’effort juste et l’attention juste portée à une cause nous élèvent. Cependant, si les parvenus et opportunistes de ce monde nous semblent parfois privilégiés et inconscients, ce n’est pas toujours le cas. Comme nous sommes rapides pour dégainer le spectre de la perte de valeur par facilité!

Chaque moment de notre vie, nous sommes submergés par des messages qui nous intiment de «Viser plus haut! Vivre notre rêve! Suivre nos cœurs et nos passions!» C’est merveilleux, mais n’est-ce pas là une négation de la possibilité d’être satisfait?  Parfois, la résignation et le contentement se ressemblent beaucoup, à un point tel qu’on ne fait plus la différence.  Le contentement n’est pas mauvais en lui-même, et il s’apprend. Se contenter, c’est se libérer un peu plus de l’emprise de nos désirs, parfois inatteignables, même si on les souhaite tellement du plus profond de notre cœur. 

La phrase «Quand on veut, on peut» m’apparaît de plus en plus comme une fausseté relevant de la pensée magique. Je ne dis pas cela emportée par un élan de pessimisme, mais plutôt de clarté mentale; vouloir, ça ne fait pas tout. Nous devons vivre avec les chances qui nous sont données aussi, et l’ensemble des possibles qui nous est offert. Il faut prendre la responsabilité de notre bonheur, soit; mais plutôt que se fixer un idéal après lequel courir sans arrêt, pourquoi ne pas regarder tout près?  À force de plisser les yeux pour voir au loin, on ne voit pas que notre bonheur est assis sur notre nez.

Se contenter, c’est avoir assez de respect pour soi-même et ses accomplissements pour s’en reconnaître la valeur. Loin de moi l’idée de laisser tomber des ambitions positives, mais il me paraît primordial de voir davantage ce que nous possédons déjà et d’en être satisfait. À partir du moment où nous sommes satisfaits, nous libérons notre esprit de la soif du «plus», et lui donnons plus d’espace pour les «comment» et les «pourquoi» qui jalonnent notre existence.

Mes chers lecteurs, je vous souhaite d’agréables fêtes de fin d’année, et de trouver la satisfaction, la paix d’esprit et le contentement dans vos vies de tous les jours. Que votre existence vous permette de les atteindre, et de les garder.

Paix, amour et sérénité!

Dominique