Comment je suis devenue une tête flottante: la repousse des racines – Partie 2

Au mois de mai, ça n’allait pas.

Je vous parlais de mon sentiment d’être désincarnée, d’avoir perdu le contact avec ma base à force de vouloir faire taire toutes les «méchantes» émotions qui m’envahissaient.

Bien que ce ne soit pas encore le beau fixe à chaque égard, ça va clairement mieux, et bien sûr, ça s’est mis à aller mieux quand je suis sortie de ma tête.

Il y a peu, je disais à quelqu’un qui suranalyse tout (comme moi!) :  «Ce qui ne va pas, ce qui fait que tu n’arrives pas à franchir un nouveau cap dans ta progression, c’est parce que tu sais et comprends beaucoup beaucoup beaucoup de choses sur comment ton cerveau fonctionne, et tu intellectualises très bien, mais tu n’appliques pas.»

Ça l’a fâché, comme moi ça m’a dérangé de me le faire dire. La surintellectualisation est une arme redoutable pour se couper de ses problèmes, c’est même un mécanisme de défense reconnu. Les personnes qui sont très fières de leur gros cerveau (comme moi, encore) tombent souvent dans ce piège pourtant banal. On comprend tout, très bien, en profondeur, mais seulement en théorie.  C’est alors que l’action doit se mettre au service de la pensée, c’est en faisant qu’on apprend. Mais pour les têtes flottantes, c’est souvent là qu’on «détèle». On se dit que puisqu’on comprend, on doit être ok. Mais non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Ce n’est pas comme ça que quoi que ce soit marche, d’ailleurs.   Acquérir des concepts est certes une étape très importante dans tout processus d’apprentissage ou d’évolution, mais si on ne rend pas ceux-ci concrets, ils s’envolent. Ils ne s’impriment pas dans les circuits mentaux.

La façon dont ceux-ci vont s’imprimer a l’air simple, mais ça ne se fait pas en criant ciseaux, car il faut accepter de renoncer à comprendre-approfondir-trouver un sens à TOUTTTEEE TOUT DE SUITEEEEEE.

Pour moi, ça passe beaucoup par faire ce qui me tente, sans me demander ce que ça va donner, ni pourquoi je fais ça. C’est très dur, parfois. Ça l’air complètement fou de dire ça, mais quand on est une tête flottante, le lâcher-prise mental n’est pas évident. C’est une bataille sans fin entre le cerveau et le coeur (figurativement, bien sûr), comme dans ces fantastiques BD. 

Les derniers mois, j’ai: fait des semis- raté mes semis – planté un mini potager – laissé mon mini potager s’Occuper de lui tout seul – observé les oiseaux – marché – lu beaucoup de livres sur la spiritualité, notamment sur le paganisme – paressé sans rien faire (un véritable exploit!) – écrit dans mon journal – chanté à tue-tête dans mon char – inventé des recettes – raté des recettes – suivi un cours de fabrication de capteur de rêve – pris un atelier de yoga – recommencé à nager – me suis fait un tour de rein – changé de tête – décidé de partir en voyages de filles avec ma mum trois jours cet été – suis allée au resto – vu des amis que ça faisait longtemps – organisé un potluck au travail – arrêté de boire de l’alcool pour une période indéterminée – essayé beaucoup de fois de méditer, sans succès – amélioré le décor de ma maison – rénové – travaillé – décidé de prendre l’été off de l’université – fini ma thérapie – me suis inscrite à un groupe d’entraide pour les proches aidants – écrit beaucoup de textes que j’ai presque tous jetés – mis mes limites à certaines personnes – me suis inscrite à un groupe d’entraide pour les gens qui ont des phobies (j’ai peur des bébittes et je jardine pour me dépasser, jugez-moi pas) – visité ma grand-mère – commencé à apprendre le japonais – nettoyé et repeint le lettrage de la tombe de mon grand-père maternel – décidé de terminer définitivement deux relations d’amitié – réfléchi aux autres relations que j’ai qui vont mal et à celles qui vont bien – etc.

Méchant débloquage!

Et tout ça… parce que j’ai arrêté de me demander POURQUOI je faisais ça. J’ai arrêté de me dire que je faisais de la fuite en avant, arrêté de me taper sur la tête pour mon insatiable curiosité de multipotentialite qui change d’intérêts comme elle change de bobettes. J’ai accepté de ne pas correspondre à ma propre image de perfection, d’être une jolie grosse femme impatiente, drôle et changeante, dure à suivre et désordonnée. J’ai accepté que c’était possible que je n’aie pas nécessairemenent OMG UNE MISSION DANS LA VIE UNE VOCATION OMG, que le moment présent était une raison suffisante à l’existence. Et, mes émotions ont commencé à revenir. Tout croche, parfois pas celle qui était adaptée à la situation, parfois trop fort, parfois pas assez fort. Mais je m’entends rire aux éclats aussi souvent que je pleure. Je RESSENS. DES. CHOSES. et je n’essaie pas de les arrêter. Ça ne m’a pas rendue folle. Ça me permet de redevenir authentique, car cette fois, je peux monter le volume, mais en sachant que je peux le redescendre et j’ai les outils pour le faire. Je dirais pas que je «croque dans la vie»  mais j’en prends certainement une tite-bouchée-apéritive de temps en temps. Je vais beaucoup mieux, même si beaucoup de choses brassent encore pas mal mon bateau.

Je sais que c’est vraiment galvaudé, que vous avez lu ça mille millions de fois. Mais pour vrai, c’est beaucoup plus complexe à faire que ce que ça en a l’air.  J’ai dû réapprendre à mettre du gris. À dire «Je te reviens là-dessus» – «Pas tout de suite» – «On s’en reparle», des non-réponses comme je les appelais avant, avant d’avoir assez d’indulgence envers moi-même et les autres pour reconnaître que se donner du temps, du «buffer», c’est important.  Je me suis aussi donné le droit d’annuler des plans, de changer des plans, de refuser des choses que ça ne me tentait pas de faire. Je ne dis pas de ne jamais tenir ses engagements quand ça ne nous tente plus, mais parfois, c’est plutôt anodin et ça se discute. J’ai beaucoup de gens autour de moi qui m’apprennent que la Terre ne cesse pas de tourner et que mes proches ne se mettent pas subitement à m’haïr quand je change d’idée ou que je dis non. J’apprends à suivre mon propre itinéraire, de plus en plus, et à accepter que des fois je déplais et je déçois. Ça fait partie de ce qui arrive quand on décide de se prioriser.

Je peux pas m’empêcher de trouver ça d’un symbolisme très significatif que ma grand-maman, après que j’aie restauré la tombe de mon grand-père, m’ait remis une chaîne en or lui ayant appartenu qui représente une ancre et un gouvernail. Au-delà d’être une fille qui aime l’eau (nager, faire du bateau, voir des phares et des quais, observer les vagues… name it), c’est surtout un beau clin d’oeil à ma recherche de direction et d’ancrages, et aussi à ma future profession de C.O. (si une autre sirène ne m’appelle pas d’ici là…).

Je pense que je barre dans une bonne direction.

 

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Le kit de base de l’humain décent

 

Chère lectrice (rédaction épicène FTW et bonne journée internationale du droit des Femmes), je m’excuse d’avance pour ce pavé de texte un peu indigeste que je m’apprête à t’imposer. Le cours universitaire que je suis présentement m’affecte fortement et j’ai envie de m’exercer. J’aurais pu écrire ceci, le relire et le jeter, mais parfois, l’écheveau confus des d’idées de l’une peut constituer le fil d’Ariane de la réflexion d’une autre. Partageons donc!

Il y a quelques temps, j’ai eu le plaisir de cinqàsepter avec un ami de très longue date que je vois, malheureusement, trop peu souvent. Comme toujours, l’échange fut vif et enrichissant. Notre conversation tournant beaucoup autour des carrefours de la vie et de nos interrogations personnelles, j’en ai tiré l’inspiration d’écrire sur la période de questionnements que je vis actuellement. Pour faire suite à mon précédent texte, et dans le contexte d’un cours que je suis présentement sur l’intervention psychosociale, le tout m’est apparu comme un bon exercice intellectuel que j’avais envie de partager avec ceux qui me lisent.

Je me questionne sur tout un tas de trucs concernant mon avenir, ma carrière, mon développement personnel, mes relations, etc.  Étant moi-même dans une réorientation personnelle et professionnelle, c’est bien normal. Toutefois, dans ce texte, je veux aborder plus précisément un aspect qui me préoccupe, c’est-à-dire les compétences, habiletés et comportements de base que j’estime pouvoir attendre des autres, d’un point de vue sociologique. ATTENTION : ceci est le simple reflet de mes croyances et n’engage que moi; je n’ai pas la prétention de dire que je SAIS comment ça devrait être.

Pour faire plus simple, je me posais la question suivante : «Selon moi, quel est le kit de base que tout humain décent et de bonne volonté devrait posséder?»   Dire que cette question n’a pas de réponse fixe ou établie serait une lapalissade. Cela ne la rend pas moins valide à mes yeux.  Cette interrogation provient de moments où les faits et gestes de mes semblables m’ont déçue, découragée, mise en colère, surprise ou désorientée. Bien des fois, je n’ai rien dit car cela aurait pu m’être nuisible d’un point de vue stratégique; ça m’aurait coûté plus cher, d’un point de vue psychosocial, de soulever le point que de me taire.  Toutefois, ça ne m’a pas empêchée d’enregistrer mentalement ces événements et d’y réfléchir pour établir ce que je considère, pour moi-même, être ma base. J’assume totalement toutes les psychologisations, sociologisations et moralisations que je fais en décrivant ce «code d’honneur» comme une sorte de principe cardinal auquel je me rattache.  Je ne prétends pas avoir raison; il s’agit simplement d’une photo de mes croyances et de mes valeurs sous l’éclairage de cette approche particulière qu’est la psychosociologie.

 

Un échantillon de mon code d’honneur, ça pourrait ressembler à ceci :

 

  • Tant que c’est humainement possible, faire preuve d’honnêteté, sans confondre celle-ci avec de la cruauté.
  • Considérer l’impact que nous avons sur les autres par nos actions.
  • Avoir du civisme.
  • Faire preuve de flexibilité et d’empathie.
  • Ne pas laisser les personnes que j’aime mal prises
  • M’aimer assez pour dire «non» à un paquet de choses
  • Ne pas prétendre connaître quelque chose quand on ne connaît pas.
  • Être de bonne foi.
  • Ne pas outrepasser ses responsabilités et ses droits
  • Etc bis exposant douze …

 

Ce qui est délicat dans toute cette histoire, c’est que les autres ne partagent pas nécessairement ce même code d’honneur. Il y a beaucoup trop d’individus, de constructions sociales et de contextes différentes pour ça.   Eh bien, chère lectrice, je vais me risquer à dire que ceci est à la base d’une multitude de situations carrément «crissantes.»

Exemple anodin et fictif :

Au travail,  une personne parle très fort au cellulaire pour des affaires personnelles, dérange par ses conversations intempestives et se promène dans le bureau en marchant fort et en traînant des pieds.

Ma réflexion : bris de la règle 3 de mon code d’honneur.

Mon émotion: irritation suprême, léger sentiment de mépris et de supériorité, impression que mes besoins ne sont pas respectés.

Ma réaction: soupirer bruyamment. Si ça ne se règle pas, dire gentiment. Si ça ne se règle toujours pas, pogner les nerfs et ensuite le regretter et faire des blagues.

Solution ultime appliquée après l’échec de toutes les autres: porter des écouteurs en permanence quitte à avoir parfois du mal à interagir avec mes collègues.

Espoir secret déçu : que quelqu’un en position d’autorité prenne la situation en main et force la personne à cesser son comportement irritant

Problématique : Deux personnes directement impliquées qui n’ont pas la même définition de ce qui est dérangeant ou pas, de ce qui est civique ou pas, et une troisième personne qui n’a pas été consultée MAIS de qui l’intervention est attendue par une des parties = rien qui ne se règle vraiment, chacun reste campé sur ses positions et aucune responsabilité minimale des deux parties.

Donc, au final, ce que je peux observer de tout ceci, c’est qu’à peu de choses près, la grande majorité des problèmes interpersonnels que je rencontre sont liés, d’une façon où d’une autre, à mon «code d’honneur» personnel.

Pourquoi je ne parle pas simplement de valeurs: malencontreusement, le terme «valeurs» a été tellement galvaudé que les gens se mettent à rouler des yeux dès qu’ils en entendent parler, moi la première. J’ai simplement remplacé le terme par «code d’honneur», ou par «kit de base de l’humain décent».  D’un seul coup, toute l’idée que je développais me paraissait un peu plus intéressante, car ce faisant, je me suis réapproprié ce langage.  Cela m’a permis de poursuivre ma réflexion, et d’arriver à la conclusion que ce que je peux attendre et espérer des autres est irrémédiablement lié à cette «paire de lunettes» mentale, et à la leur, par la même occasion. La suite la plus courante de cette réflexion serait d’affirmer que je ne peux que changer mes propres lunettes, pas celles des autres, pour résoudre mes problèmes.

Or, mes nouveaux apprentissages me conduisent plutôt à cette autre réflexion : au lieu d’essayer de changer ses propres lunettes, ou de chiâler sur celles des autres, nous avons tout à gagner d’apprendre à «échanger temporairement» nos lunettes, faire part de ce que nous avons vu, et ensuite discuter ensemble de ce qu’on a la volonté de recalibrer ou pas.

C’est une information particulièrement utile à se rappeler quand «l’autre» est un système, une entité légale, bref pas une personne avec qui on peut s’asseoir et discuter. «Emprunter» subtilement la paire de lunette du système, la porter, la remettre en place et se faire sa propre idée : c’est à la fois de l’adaptation et de la pensée critique. C’est seulement à partir de ce point, que quelqu’un pourra décider de la viabilité de sa prescription actuelle, et qu’il y aura maintien, changement, ou ajout de «règles» dans le code d’honneur.

Il ne nous viendrait pas à l’idée d’Exiger de quelqu’un de changer son système de valeurs de manière permanente; pourquoi se l’exiger à soi-même?  L’idée… c’est se rappeler que les lunettes qu’on porte, façonnent la réalité. Elles ne nous montrent pas la SEULE réalité, seulement la nôtre, et que d’autres alternatives viables pour d’autres personnes existent, sont possibles, et qu’on ne peut pas décider de ne pas les prendre en considération car nous sommes tous, que nous le souhaitions ou non, foncièrement dépendants les uns des autres.

Maintenant, à ton tour, chère lectrice; ça te fait réfléchir? Ça te choque? Dis-moi tout!

 

Prétendre

Chers lecteurs… il me semble que je commence chaque chose que je poste ici par des excuses de ne pas avoir posté depuis si longtemps. Eh bien, ce temps est désormais révolu. Aujourd’hui, je ne m’excuserai pas. Je vais assumer mon silence et mon absence. L’inspiration ne se commande pas, et il est hors de question que je laisse mon rapport avec l’écriture se détériorer car j’en fais une obligation ou une course à la performance.

J’ai décidé de venir vous écrire aujourd’hui. Je ne sais pas si la prochaine publication sera dans deux heures, trois semaines, deux ans. Je vais rester dans l’ici maintenant.

Récemment, j’ai repensé à un livre dont j’avais vu le titre, et que je n’ai finalement jamais acheté. «Cessez d’être gentil, soyez vrai!» par Thomas d’Ansembourg. Peut-être n’étais-je pas prête à le lire jusqu’à aujourd’hui, mais toujours est-il que j’ai la ferme intention de me le procurer.

Je suis un être de performance. Depuis toute jeune, j’ai saisi assez vite que si j’étais excellente dans quelque chose, ça me valait de la reconnaissance de mes pairs, de l’attention. Ma soif de reconnaissance, de validation et d’acceptation m’ont nui.

Pendant de longues années, j’ai été l’oreille et la conseillère de tout le monde, et j’ai été entourée de gens qui avaient toujours besoin de moi, mais jamais de temps ou d’empathie pour moi. Lorsque j’ai changé, assez drastiquement, on m’a reflété que je n’étais plus la bienvenue dans mon cercle d’amis d’alors.  J’ai donc changé de cercle d’amis, et ce fut chose du passé. J’eus la chance de changer de niveau scolaire en même temps et d’intégrer un programme ou je pouvais me rouler dans l’admiration de mes pairs car j’y étais naturellement douée.  Ensuite, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon premier chum sérieux. Je buvais ses paroles et j’étais prête à tout pour exister dans son regard, pour qu’il voit d’autre chose que «one of the guys». J’ai fini par gagner son coeur en partant avec un de ses amis. Après avoir laissé  l’ami en question et avoir passé plus d’un an avec le gars que je croyais parfait, la relation s’est terminée assez laidement. J’avais fait de bien mauvais choix, perdu de vue toutes mes amies, alors je devais recommencer une nouvelle campagne de séduction et de performance. Vous voyez un peu le pattern?

Encore aujourd’hui, je me rends compte que mon estime personnelle est intimement liée à l’acceptation des autres, mais aussi à ma capacité à me différencier. J’ai perdu, quelque part, mon aptitude à trouver mes besoins aussi importants que ceux des autres. J’ai toujours l’impression que c’est égoïste.

Suite à une conversation que j’ai eue avec une personne dont l’opinion possède une certaine valeur à mes yeux, j’ai ressenti une grande frustration. Oui, c’est vrai que j’ai besoin de me différencier, d’être unique, de briller pour sentir que j’existe réellement. Mais est-ce si mal? Là où je ne  suis pas d’accord, c’est lorsque les prétentions embarquent. Je crois avoir le droit d’être telle que je suis, et je crois que personne d’autre que moi-même ne peut réellement savoir ce que je ressens, ce que je vis et ce que je souhaite. Mais alors, pourquoi l’opinion des autres, leur vision de moi m’importe tant? Le simple fait que je sois si préoccupée par ce que j’estime être des prétentions non avérées démontre tout de même que la personne qui m’a confronté raison sur un point: je laisse beaucoup trop rentrer d’influence, et je ne me respecte parfois pas assez pour mettre des limites sans en concevoir une culpabilité énorme. Chiotte! Toujours choquant quand quelqu’un a raison n’est-ce pas.

Tant qu’à être en début d’année, aussi bien prendre une résolution: celle d’être moins gentille, mais d’être davantage vraie. Je vais aussi prendre celle de développer ma maîtrise de l’art ancien du So What. Je ne sais pas encore combien de temps ça va  m prendre, mais je vais me donner assez d’importance pour faire cela. Je vais me respecter assez pour ne pas rester dans des situations qui ne conviennent pas; assez pour clore proprement les relations dont je ne veux plus; assez apprendre à tolérer l’inconfort de ne pas être adorée par tout le monde et pour vivre avec le fait que des gens seront parfois fâchés contre moi, qu’ils ne seront ni d’accord,ni  admiratifs.  Je vais essayer d’apprendre à m’aimer assez moi-même pour me donner du temps, de l’importance, du repos ou un coup de pied dans le cul, si c’est requis.

Je vais prendre la place qui me revient, c’est-à-dire la mienne, et je vais tenter de cesser d’être plus plus plus. Je vais essayer d’être juste assez.

Good enough.

Spécial de Noël: le contentement vu par une bouddhiste.

Chers lecteurs, en cette période des fêtes, j’aimerais vous faire part d’une petite réflexion que j’ai entamée il y a un certain temps. En tant que bouddhiste, je respecte les autres traditions, et ayant grandi dans une tradition chrétienne, Noël est quand même une période importante pour moi, un moment où je souhaite être plus proche de ceux que j’aime et qui m’aiment. C’est aussi un moment où je me sens plus introspective.

Tout récemment, je discutais avec une amie qui se questionnait à savoir si elle n’était pas paresseuse en acceptant une offre de stage rémunéré dans une ville qu’elle connaissait à l’étranger, offert par le biais de connaissances. Elle voyait tous ses amis aller dans des boîtes de renom très importantes, et avait peur de «se résigner» en acceptant l’offre qu’elle avait eu.  Je lui ai répondu qu’elle ne se «résignait» pas, mais se «contentait», tout en se donnant des conditions optimales pour obtenir de très bonnes notes et références pour son stage, car n’ayant pas à se soucier de sa subsistance et étant dans un environnement familier, ce serait beaucoup plus confortable pour elle. Qui plus est, elle pourrait plus librement personnaliser ses activités de stage et avoir des gens plus attentifs à ses besoins d’apprentissage, contrairement à une grande boîte ou elle aurait pu aligner les soixante heures semaines à ne rien faire d’autre que gratter du papier et jouer les petites mains. 

Le fait qu’elle se soit automatiquement comparée à ses collègues, et qu’elle remette en question une si belle opportunité sur le principe que c’était paresseux et un geste de résignation d’accepter une offre obtenue par cooptation m’a porté à réfléchir et à méditer sur la nature du contentement et la valeur de la souffrance.

Dans une telle condition, penser plus petit, plus proche, est peut-être la voie à suivre. Lorsque quelque chose nous est offert gracieusement, l’accepter est un signe de gratitude envers la vie; ce n’est pas de la résignation.  Trop souvent, et à tort, nous avons l’impression que quelque chose ne peut avoir de valeur que si nous avons souffert et travaillé très fort pour l’obtenir. Ce faisant, obnubilés par le mérite, nous passons à côté d’opportunités qui auraient pu nous faire grandir, nous transformer et nous enrichir. 

Cette idéologie provient de notre vieux fond judéo-chrétien, qui nous porte à croire que rien qui nous vient naturellement ne peut être valable. Une tradition laborieuse a ses bons côtés en incitant les gens au travail, mais elle comporte sa part d’ombre dans le masque qu’elle impose au contentement. Il n’y a pas, je répète, il n’y a pas de valeur ajoutée à souffrir pour obtenir quelque chose.  Cela ne rend pas l’obtention plus glorieuse ou plus justifiée. En contrepartie dévouement, l’effort juste et l’attention juste portée à une cause nous élèvent. Cependant, si les parvenus et opportunistes de ce monde nous semblent parfois privilégiés et inconscients, ce n’est pas toujours le cas. Comme nous sommes rapides pour dégainer le spectre de la perte de valeur par facilité!

Chaque moment de notre vie, nous sommes submergés par des messages qui nous intiment de «Viser plus haut! Vivre notre rêve! Suivre nos cœurs et nos passions!» C’est merveilleux, mais n’est-ce pas là une négation de la possibilité d’être satisfait?  Parfois, la résignation et le contentement se ressemblent beaucoup, à un point tel qu’on ne fait plus la différence.  Le contentement n’est pas mauvais en lui-même, et il s’apprend. Se contenter, c’est se libérer un peu plus de l’emprise de nos désirs, parfois inatteignables, même si on les souhaite tellement du plus profond de notre cœur. 

La phrase «Quand on veut, on peut» m’apparaît de plus en plus comme une fausseté relevant de la pensée magique. Je ne dis pas cela emportée par un élan de pessimisme, mais plutôt de clarté mentale; vouloir, ça ne fait pas tout. Nous devons vivre avec les chances qui nous sont données aussi, et l’ensemble des possibles qui nous est offert. Il faut prendre la responsabilité de notre bonheur, soit; mais plutôt que se fixer un idéal après lequel courir sans arrêt, pourquoi ne pas regarder tout près?  À force de plisser les yeux pour voir au loin, on ne voit pas que notre bonheur est assis sur notre nez.

Se contenter, c’est avoir assez de respect pour soi-même et ses accomplissements pour s’en reconnaître la valeur. Loin de moi l’idée de laisser tomber des ambitions positives, mais il me paraît primordial de voir davantage ce que nous possédons déjà et d’en être satisfait. À partir du moment où nous sommes satisfaits, nous libérons notre esprit de la soif du «plus», et lui donnons plus d’espace pour les «comment» et les «pourquoi» qui jalonnent notre existence.

Mes chers lecteurs, je vous souhaite d’agréables fêtes de fin d’année, et de trouver la satisfaction, la paix d’esprit et le contentement dans vos vies de tous les jours. Que votre existence vous permette de les atteindre, et de les garder.

Paix, amour et sérénité!

Dominique

B.A.

B.A. Bonjour docteur. Vous allez bien? Pas moi. Pas étonnant, vous dites, puisque je suis dans votre bureau. Ah, mais étonné, vous allez l’être. Parce qu’aujourd’hui, je viens pour vous soigner. Vous avez, je pense, une maladie grave. Non? Vous me trouvez effrontée? Vous pensez que je suis mythomane? Fort bien.

 

Aujourd’hui, docteur, je suis dans votre bureau pour vous aider à soigner votre grossophobie. Avant de me jeter dehors, laissez-moi la chance de m’exprimer.

 

Vous souvenez-vous de moi, docteur? J’avais douze ans. J’étais arrivée dans votre bureau parce que je me sentais fortement fatiguée depuis plusieurs semaines. Sans plus d’autres mesures formelles, vous m’aviez pesée, et déclarée obèse morbide, au nom du père, et du fils, et du sacro-saint IMC. Vous m’aviez dit que je mourrais tôt. À l’âge canonique de 28 ans, je viens vous dire que vous avez tort.

 

Pardon? Ce n’est pas ce que vous avez dit? Oui, c’est ce que vous avez dit. Je me souviens de tout jusqu’à la couleur de votre chemise, et votre allure supposément bienveillante quand vous m’avez sentencé de mort et de paresse.

 

D’autres parangons de tact et de bonté se sont chargés de poursuivre votre bon travail. À tel point, qu’aujourd’hui j’ai peut être vraiment une maladie incurable, hors du verdict G.R.O.S.S.E. et je ne le sais pas, parce qu’à moins d’être déjà partiellement morte, je ne vais plus chez le médecin. Ça vous surprend? Donner le bâton pour me faire battre n’est pas dans mes intentions, docteur.

 

Une de vos consoeurs me disait, il y a quelques années, que je manquais de volonté. Savez-vous ce qu’on entend, quand on a un trouble alimentaire, et qu’on se fait dire cela? On se sent comme une grosse limace salée. Ça fait mal. On se sent invalidé. Et on se sent floué, parce que la personne qui devrait délivrer l’antidote nous a filé le poison. On apprend à se détester un peu plus.

 

Assumer sans validation qu’un être est gravement malade parce qu’il est corpulent, est un symptôme de grossophobie classique, déguisé sous une bonne intention. Annoncer à un obèse qu’il est gros, en plus d’être une lapalissade, fait plus de tort que de bien. Un gros en visite pour une otite n’a pas besoin de se faire chauffer les oreilles de plus belle par ces mots qui vous semblent peut-être banals, et issus de votre devoir de «réveiller les patients». La société lui renvoie à coeur de jour le fait que son corps n’est pas souhaitable, pas désirable, pas adéquat, et qu’il est à risque de mourir au coin de la rue. Non docteur, pas besoin de lui donner un dépliant sur la chirurgie bariatrique. Il connaît déjà toutes ses options de mutilation du tube digestif et ne veut pas forcément de votre anneau, bien qu’il apprécierait sans doute être traitée en seigneur dans votre bureau. Pour ce symptôme, je vous suggère une dose d’anti-préjugique, et une friction d’ouverture d’esprit. Vous pouvez également prendre une petite pilule de compassion.

 

Un autre symptôme marquant de votre affliction, docteur, est la confusion entre les termes «obèse» et «stupide». Vous n’êtes pas d’accord avec moi? Je vous explique… chaque fois que vous vous lancez dans un discours sur le sport et l’alimentation avec un gros, ça finit toujours par sonner comme une suspicion d’imbécilité. Honnêtement, il faudrait être coupé du monde et de la société pour ne pas savoir que le fast-food, à long terme, ce n’est pas bon. Idem pour le fait de consommer plus de fruits et de légumes, moins de viande et de gras, moins d’aliments transformés, et de diminuer les portions. Franchement! Ils savent tout cela. Ils sont gros, pas ignares. Quelques milligrammes d’anti-stéréotype avec une petite goutte de lucidité de plus pourront vous sauver.

 

La grossophobie s’accompagne souvent du syndrome toulemondesé. Toulemondesé qu’être gros c’est mauvais. Toulemondesé que l’obésité cause le diabète. Toulemondesé qu’il suffit d’absorber moins d’énergie qu’on en dépense. Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que ces énoncés sont des mythes. Il existe des obèses métaboliquement sains, l’obésité est corrélée au diabète mais dans un dilemme d’oeuf et de poule, et nous ne sommes pas tous égaux devant les calories, qui sont une mesure arbitraire. Documentez-vous. Sortez de vos pantoufles, docteur. Une mesure d’actualisation des connaissances et une autre d’objectivité intellectuelle comme remède.

 

Questionnez-vous, docteur, de grâce (sans mauvais jeu de mot.) L’obèse en face de vous existe en dehors de son gras. C’est une personne, avec un historique, un vécu, des sentiments, qui mérite d’être traitée de la même façon qu’une autre plus frêle. Gros, ce n’est pas un diagnostic. «Maigrissez» ce n’est pas une prescription. Prescririez-vous un médicament qui a un taux d’échec de 95%? Non? Eh bien, c’est la situation pour la plupart des gens qui perdent du poids; celui-ci revient au galop. Pensez-y, docteur. Avant de dire que c’est facile et simple… Passeriez-vous votre vie à compter des points, vous? Avez-vous une heure et plus par jour pour suer sur un tapis, sans relâche? Sérieusement. Ah, peut-être que vous n’avez jamais pensé que les gros font du sport, et parfois plus que les minces…et qu’ils mangent souvent moins mal car plus conscients des impacts directs sur leur santé de la malbouffe. Je crois que nous avons là un autre symptôme. Une petite piqûre de réalisme pour vous.

 

En partie grâce à vos bons soins et ceux de vos collègues, docteur, j’ai eu le bonheur de développer un trouble alimentaire. Je mangeais la nuit. En cachette, parce que j’avais honte d’être une grosse truie morbide. Je voulais me cacher. Je ne voulais pas qu’on sache. Je voulais être un B.A, un bourrelet anonyme. Mais plus maintenant.

 

Aujourd’hui, je vis avec mes bourrelets assumés, et je viens vous soigner.