Spécial de Noël: le contentement vu par une bouddhiste.

Chers lecteurs, en cette période des fêtes, j’aimerais vous faire part d’une petite réflexion que j’ai entamée il y a un certain temps. En tant que bouddhiste, je respecte les autres traditions, et ayant grandi dans une tradition chrétienne, Noël est quand même une période importante pour moi, un moment où je souhaite être plus proche de ceux que j’aime et qui m’aiment. C’est aussi un moment où je me sens plus introspective.

Tout récemment, je discutais avec une amie qui se questionnait à savoir si elle n’était pas paresseuse en acceptant une offre de stage rémunéré dans une ville qu’elle connaissait à l’étranger, offert par le biais de connaissances. Elle voyait tous ses amis aller dans des boîtes de renom très importantes, et avait peur de «se résigner» en acceptant l’offre qu’elle avait eu.  Je lui ai répondu qu’elle ne se «résignait» pas, mais se «contentait», tout en se donnant des conditions optimales pour obtenir de très bonnes notes et références pour son stage, car n’ayant pas à se soucier de sa subsistance et étant dans un environnement familier, ce serait beaucoup plus confortable pour elle. Qui plus est, elle pourrait plus librement personnaliser ses activités de stage et avoir des gens plus attentifs à ses besoins d’apprentissage, contrairement à une grande boîte ou elle aurait pu aligner les soixante heures semaines à ne rien faire d’autre que gratter du papier et jouer les petites mains. 

Le fait qu’elle se soit automatiquement comparée à ses collègues, et qu’elle remette en question une si belle opportunité sur le principe que c’était paresseux et un geste de résignation d’accepter une offre obtenue par cooptation m’a porté à réfléchir et à méditer sur la nature du contentement et la valeur de la souffrance.

Dans une telle condition, penser plus petit, plus proche, est peut-être la voie à suivre. Lorsque quelque chose nous est offert gracieusement, l’accepter est un signe de gratitude envers la vie; ce n’est pas de la résignation.  Trop souvent, et à tort, nous avons l’impression que quelque chose ne peut avoir de valeur que si nous avons souffert et travaillé très fort pour l’obtenir. Ce faisant, obnubilés par le mérite, nous passons à côté d’opportunités qui auraient pu nous faire grandir, nous transformer et nous enrichir. 

Cette idéologie provient de notre vieux fond judéo-chrétien, qui nous porte à croire que rien qui nous vient naturellement ne peut être valable. Une tradition laborieuse a ses bons côtés en incitant les gens au travail, mais elle comporte sa part d’ombre dans le masque qu’elle impose au contentement. Il n’y a pas, je répète, il n’y a pas de valeur ajoutée à souffrir pour obtenir quelque chose.  Cela ne rend pas l’obtention plus glorieuse ou plus justifiée. En contrepartie dévouement, l’effort juste et l’attention juste portée à une cause nous élèvent. Cependant, si les parvenus et opportunistes de ce monde nous semblent parfois privilégiés et inconscients, ce n’est pas toujours le cas. Comme nous sommes rapides pour dégainer le spectre de la perte de valeur par facilité!

Chaque moment de notre vie, nous sommes submergés par des messages qui nous intiment de «Viser plus haut! Vivre notre rêve! Suivre nos cœurs et nos passions!» C’est merveilleux, mais n’est-ce pas là une négation de la possibilité d’être satisfait?  Parfois, la résignation et le contentement se ressemblent beaucoup, à un point tel qu’on ne fait plus la différence.  Le contentement n’est pas mauvais en lui-même, et il s’apprend. Se contenter, c’est se libérer un peu plus de l’emprise de nos désirs, parfois inatteignables, même si on les souhaite tellement du plus profond de notre cœur. 

La phrase «Quand on veut, on peut» m’apparaît de plus en plus comme une fausseté relevant de la pensée magique. Je ne dis pas cela emportée par un élan de pessimisme, mais plutôt de clarté mentale; vouloir, ça ne fait pas tout. Nous devons vivre avec les chances qui nous sont données aussi, et l’ensemble des possibles qui nous est offert. Il faut prendre la responsabilité de notre bonheur, soit; mais plutôt que se fixer un idéal après lequel courir sans arrêt, pourquoi ne pas regarder tout près?  À force de plisser les yeux pour voir au loin, on ne voit pas que notre bonheur est assis sur notre nez.

Se contenter, c’est avoir assez de respect pour soi-même et ses accomplissements pour s’en reconnaître la valeur. Loin de moi l’idée de laisser tomber des ambitions positives, mais il me paraît primordial de voir davantage ce que nous possédons déjà et d’en être satisfait. À partir du moment où nous sommes satisfaits, nous libérons notre esprit de la soif du «plus», et lui donnons plus d’espace pour les «comment» et les «pourquoi» qui jalonnent notre existence.

Mes chers lecteurs, je vous souhaite d’agréables fêtes de fin d’année, et de trouver la satisfaction, la paix d’esprit et le contentement dans vos vies de tous les jours. Que votre existence vous permette de les atteindre, et de les garder.

Paix, amour et sérénité!

Dominique

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La valeur d’un lobster roll

Salut à toi, cher lecteur.  Mon rapport plus que sporadique avec mon blog atteint des sommets.  Aujourd’hui, mon sujet du jour est une critique resto. Comme je suis une gourmande accomplie,  j’ai le goût de te parler de mes découvertes bouffe, sans toutefois devenir «un autre crisse de blogue de foodie». Je vais te parler d’une récente expérience que j’ai eue, qui m’a laissé perplexe, et qui me fait remettre en question ma «foodieness» assumée.  

 

Mise en contexte: Dimanche, comme à l’habitude avec Chéri on ne savait pas qui faire, alors on a décidé d’aller faire les galeries d’art et d’aller au resto. Les galeries c’était créatif, mais le resto, c’est toujours ce qu’on fait quand on ne sait pas quoi faire. De galerie il n’y eut point, parce que nous sommes partis beaucoup trop tard de la maison.  Comme Piteurpanne ici présente n’aime pas être une cliente fatigante, elle a eu beaucoup de mal à se décider sur un endroit, et à bout de ressources, a décidé d’aller au Cochon Dingue sur le boulevard Champlain, à la suggestion de son doux. 

 

Pour mettre la table (!) je n’ai jamais été une fan de cet endroit faussement rustique, qui se dit «cochon» mais manque cruellement de «dingue» à mes yeux et à mes papilles.  

 

C’était la troisième, et dernière chance que je donnais à cet endroit de me suprendre et/ou de me satisfaire. Malheureusement, ça n’a pas passé le test.  

 

Ça faisait un bon bout de temps que j’avais le goût de manger des lobster rolls. C’est donc cela que j’ai pris. Comme l’assiette était au-dessus de 18$, je me suis imaginé, à tort, une assiette plantureuse qui conviendrait à ma grand’faim du moment. Malheureusement, ce que j’ai reçu était un petit roll très ordinaire sur un pain sans caractère, une poignée de frites, de la mayo qui goûtait vraiment la mayo industrielle, et environ deux cuillers à soupe de coleslaw. 

 

Ouin. Si vous me connaissez IRL, vous savez déjà que quelques épithètes plus ou moins religieux me sont passées par la tête à ce moment-là. Je déteste ce genre de fausse représentation. Mais au-delà de ça, plutôt qu’être vraiment fâchée, je me suis dit qu’il était plus que temps que je remette mon rapport avec la restauration et la nourriture en tant que divertissement en question.

 

Est-ce qu’on est vraiment rendus, dans la vie, à trouver ça correct de payer 20$ pour une «boîte à lunch» tout simplement parce qu’elle annonce «du terroir», où qu’elle met en vedette un ingrédient rare? Qu’elle se dit «cochonne», «épicurienne», «décadente», quand au fond c’est rien qu’une câlisse de «samouiche» en robe du dimanche? D’la bouette dans un vase Ming, ça reste d’la bouette, non?  

 

Avec le prix du homard à la baisse, en plus, cela me laisse un peu perplexe.  J’ai de la difficulté à concevoir que ce genre de prix outrancier soit devenu la norme, à un point tel qu’on est tous un peu gênés de dire notre déception au serveur. Pauvre gars, qu’est-ce qu’il aurait pu faire, au fond; il est juste là pour gagner sa croûte, et à part créer un silence «awkward» et risquer un crachat dans mon assiette, je ne pense pas que ça aurait fait quoi que ce soit que je lui dise. Je ne fais pas exception, je ne l’ai pas dit. Mais sitôt sortie de là, je suis allée manger un gros dessert, parce que non seulement j’avais encore faim,  mais j’avais l’impression d’avoir fait rire de moi. Donc, autant pousser le ridicule au bout en se faisant un petit «binge» de sucre sympathique! 

 

De la même façon, le dessert que j’ai mangé a coûté 7 dollars, pour un bout de pâte frite tartiné de sauce au chocolat cheap et de beurre de peanut. 

 

Vraiment? 

 

Je me rends compte du privilège que j’ai de pouvoir casquer tout ça sans sourciller. Cependant, je viens d’une famille modeste, et je connais la valeur de l’argent.  Et, au fond, je perçois de plus en plus le ridicule des sorties au resto que j’ai déjà tant aimées.   De plus en plus, ce que je mange me déçoit. Pas de caractère, pas assez de nourriture, ou pis encore, trop de nourriture pour rattraper une piètre qualité… des assiettées de gras frit qui se font des glorioles de risquer de boucher nos artères… Je pense que la balle a peut-être été échappée quelque part. 

 

À quel moment me suis-je mise à trouver cela correct de payer un prix de fou pour un sandwich, juste pour le manger hors de chez moi, et ne pas le faire moi-même? Est-ce que j’ai déguisé une paresse et un manque de curiosité sous une belle étiquette à la mode?

 

Le prix que j’ai payé ce jour-là en nourriture, dessert et boissons hors de la maison aurait pu m’acheter certainement un gros sac de victuailles fraîches qui m’auraient duré beaucoup plus qu’un repas.  Même, en faisant vraiment attention et en choisissant judicieusement, je me souviens avoir déjà mangé presque une semaine sur un tel budget. 

 

À quel moment c’est devenu acceptable ce cirque? Honnêtement, la prochaine fois que je voudrai faire une niaiserie pareille, j’essaierai de m’en rappeler. Je me demanderai à quel besoin je veux répondre, et je le ferai correctement. Si je m’ennuie, je me désennuie; si je suis curieuse, je me cultive; si mes oreilles sont vides, je plongerai dans la musique; si je veux m’évader, je sortirai et je lirai; et si j’ai faim, je mangerai, mais selon MES termes.  Ma façon de vivre la bouffe a changé; manger au resto pour manger au resto, ça va faire. Je veux le faire au juste prix, selon une réelle envie, pas juste pour faire quelque chose. 

 

Quand on voudra me vendre un lobster roll à 18$, ça sera non. Non à l’embourgeoisement et aux faux-semblants créés par une culture foodie qui a un peu perdu ses repères, et qui a érigé la bouffe en dieu insatiable qu’on vénère à grands coups de dollars. 

Ah, pis mange donc un char … !

À Québec, on a un réseau de transport en commun. Certes cher, certes pas toujours efficace, mais nous en avons un. Depuis plusieurs années, une hausse de l’achalandage a démontré l’intérêt d’une tranche des gens de Québec vers des moyens de transport alternatifs et durables. Bien sûr, le Réseau de Transport de la Capitale ne cesse d’augmenter ses tarifs, s’en prenant à une population majoritairement captive, et ça nous met en rogne, sans compter que si c’est si populaire comme ils le disent, je ne comprends pas pourquoi on doit payer plus cher. C’est l’un des rares domaines où je crois qu’une certaine concurrence serait saine. Il y a toujours bien des maudites limites! Si on veut que les gens sortent de leur mentalité de «charreux», il faudrait avoir des prix vraiment attractifs et une meilleure distribution de services; dans certains quartiers l’autobus ne passe qu’aux heures, la plupart des gros cinémas sont inaccessibles, et j’en passe. Cela dit, ce dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est justement du «charrisme», de tout ce qui s’y rapporte et de ce qui m’horripile.

 

Commençons par dire que j’ai 27 ans et que je n’ai pas le permis. Je suis en train de le faire, et je l’obtiendrai à l’automne. La raison principale qui fait que je souhaitais le faire, est qu’il est impossible de se déplacer décemment et à un coût honnête entre les localités du Québec. Aucun réseau de train digne de ce nom n’est présent. (Non, Via ne compte pas. Des locomotives au diesel qui puent, et qui se déplacent moins vite qu’un autobus, pour encore plus cher, non merci.) Le co-voiturage est parfois hasardeux (animaux – voyages fumeur – musique atroce – ti’mononcle qui veut discuter de son dernier parcours de golf) et par-dessus tout, je suis tannée de me faire regarder comme une extra-terrestre parce que je ne sais pas conduire. Pis encore, certaines personnes ont osé me dire qu’elles ne me croyaient pas capable de décrocher le permis. Ceux qui me connaissent , savent comment je réagis à un «tu n’es pas capable de…»; ça me fend royalement le cul et je n’endure pas cela. La seule personne qui peut décider que je ne suis pas capable de… c’est moi. Ce qui signifie que j’ai le pouvoir et la capacité de décider que je suis capable.

 

Je me bats fort, avec peu de possibilités de pratique, peu de temps, et beaucoup de peur au ventre. Mais, je vais l’avoir, ou mon nom est cochon. Et quand je vais l’avoir eu, je vais rapporter le char chez moi, le stationner tranquillement, rentrer chez moi et boire la bouteille de Chocolate Block que mon frère m’a offert. Mais non, je ne conduirai pas après. Néanmoins, durant tout ce temps où je n’ai pas le permis et où je deviens moi aussi atteinte de «charrite aigüe» (c’était pas une allergie à Jean Charest, ça?) je réfléchis à ce que ça signifie, sur Charropolis, de ne pas avoir son permis de conduire.

 

Ne pas avoir le permis…

 

C’est limitatif, car il y a des emplois auxquels on ne peut même pas postuler lorsqu’on a pas le permis. On ne sait parfois pas si c’est parce que c’est atrocement mal desservi (*tousse – boulevard Hamel et parcs industriels – tousse* ) ou parce qu’on doit s’improviser livreur une fois de temps à autre.

 

C’est chiant, parce que tu es cantonné dans ton petit coin du monde, ici sur le continent du char. C’est presque rendu plus dispendieux de ne pas l’avoir, au prix où sont l’autobus Orléans, la passe mensuelle et les services Amigo et Allo Stop de ce monde.

C’est de la marde, quand tu veux aller à quelque part qui n’est pas desservi, que tu dépends du «lift» de quelqu’un qui te fait dans les mains à la dernière minute ou qui t’amène, mais qui ne veut pas décoller alors que tu bâilles aux corneilles depuis deux heures.

C’est poche, quand tu veux voir des amis à toi, mais là, il pleut ou il neige, et ils ne veulent pas ou peuvent pas prendre l’auto. Et là… HORREUR – tu leur suggères de prendre le bus. Tu entends presque le sanglot horrifié dans leur voix. Le bus? LE BUS??? Ils ne savent pas lequel prendre. Ça va prendre 1h au lieu de 15 minutes. Ils n’ont pas de billets. Et tu ne les blâmes pas, parce que tu te dis qu’avoir un maudit char, tu ne prendrais plus le maudit bus. (Jusqu’à ce que tu découvres que tu as une peur maladive de conduire, mais ça c’est pour une autre chronique.)

C’est de la grosse bouette sale, quand tu attends à la pluie battante ou à la neige, et que trois bus accordéon bondés te passent dans la face parce que c’est le Festival d’Été ou le Carnaval. «Sortez plus, prenez le bus!» Qu’ils disaient. Bien sûr, sauf quand le prix est aussi élevé, le service aussi mal organisé, les bus pleines de monde bizarre qui sent du t’sour.

C’est triste, pour le monde «green» et zen comme moi qui n’ont pas le goût de s’accrocher le boulet du char à la patte, parce que malgré tout ça, le char, c’est un trou à cash. L’acheter, l’entretenir, le faire vivre, les plaques, le permis, les assurances, ça vous revient parfois à tout près du prix d’un autre loyer. Pour certains malchanceux comme moi, il n’y a pas de stationnement où l’on habite, et il faut soit se garer dans la rue, soit prendre une vignette, et encore, avec toutes les opérations déneigement l’hiver… c’est vraiment gossant.

En plus, ça complique tellement les choses… tu veux aller quelque part en ville, tous tes amis te disent non parce qu’il n’y a pas de TAB*** de parking. Ou encore, tu veux aller quelque part, et tu te laisses décourager parce qu’il n’y a pas de TAB*** de parking. C’est grave pareil : les gens ont tellement le transport en commun en aversion qu’ils aiment mieux ne pas aller à quelque part que le faire en autobus. Remarquez, il y a aussi plusieurs cas où ce n’est même pas possible de le faire.

 

N’est-ce pas exaspérant, tout ça? Le «charrisme», pour moi, est causé par le fait d’ avoir tout ce qu’il faut pour construire du transport vert,durable et efficace, mais ne pas le faire. À cause de cela, même les infinis résistants de la bagnole comme moi n’ont pas beaucoup le choix de se convertir, parce que c’est encore un handicap de ne pas avoir de voiture. Nous sommes engoncés dans une mentalité de char=indépendance dont on est pas près de s’affranchir, visiblement.

En outre, je soupçonne certains compagnies, main dans la main avec le lobby pétrolier, de s’installer expressément loin des accès en transports alternatifs pour faire brûler plus de gaz aux gens (*tousse – mégacentres- tousse*).

 

Moi, je suis tannée en crisse d’être obligée de savoir manipuler une boîte de tôle à 110 km/h dans les intempéries pour pouvoir aller partout avec toute la liberté souhaitée. Et je dis 110, parce si on ose respecter les limites de vitesse ou même, ô infâme acte de rébellion, être en-dessous de celles-ci, on se fait passer, agresser, klaxonner, traiter de «pépère à chapeau» par des énarvés de l’exhaust qui ne peuvent pas tolérer d’arriver 5 minutes plus tard à la lumière rouge, où ils tambourinent de rage et d’impatience sur leur steering. Mais je vais le faire pareil, parce que je me suis fait poigner dans le «charrisme» moi aussi. Pis je vais faire ma rebelle et être membre de Communauto, et repousser l’achat d’une minoune au moment le plus lointain possible.

 

Vroum-vroum, pis coudon’c… ça ben l’air, que c’est le char qui nous a mangés, finalement.