Comment je suis devenue une tête flottante: la repousse des racines – Partie 2

Au mois de mai, ça n’allait pas.

Je vous parlais de mon sentiment d’être désincarnée, d’avoir perdu le contact avec ma base à force de vouloir faire taire toutes les «méchantes» émotions qui m’envahissaient.

Bien que ce ne soit pas encore le beau fixe à chaque égard, ça va clairement mieux, et bien sûr, ça s’est mis à aller mieux quand je suis sortie de ma tête.

Il y a peu, je disais à quelqu’un qui suranalyse tout (comme moi!) :  «Ce qui ne va pas, ce qui fait que tu n’arrives pas à franchir un nouveau cap dans ta progression, c’est parce que tu sais et comprends beaucoup beaucoup beaucoup de choses sur comment ton cerveau fonctionne, et tu intellectualises très bien, mais tu n’appliques pas.»

Ça l’a fâché, comme moi ça m’a dérangé de me le faire dire. La surintellectualisation est une arme redoutable pour se couper de ses problèmes, c’est même un mécanisme de défense reconnu. Les personnes qui sont très fières de leur gros cerveau (comme moi, encore) tombent souvent dans ce piège pourtant banal. On comprend tout, très bien, en profondeur, mais seulement en théorie.  C’est alors que l’action doit se mettre au service de la pensée, c’est en faisant qu’on apprend. Mais pour les têtes flottantes, c’est souvent là qu’on «détèle». On se dit que puisqu’on comprend, on doit être ok. Mais non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Ce n’est pas comme ça que quoi que ce soit marche, d’ailleurs.   Acquérir des concepts est certes une étape très importante dans tout processus d’apprentissage ou d’évolution, mais si on ne rend pas ceux-ci concrets, ils s’envolent. Ils ne s’impriment pas dans les circuits mentaux.

La façon dont ceux-ci vont s’imprimer a l’air simple, mais ça ne se fait pas en criant ciseaux, car il faut accepter de renoncer à comprendre-approfondir-trouver un sens à TOUTTTEEE TOUT DE SUITEEEEEE.

Pour moi, ça passe beaucoup par faire ce qui me tente, sans me demander ce que ça va donner, ni pourquoi je fais ça. C’est très dur, parfois. Ça l’air complètement fou de dire ça, mais quand on est une tête flottante, le lâcher-prise mental n’est pas évident. C’est une bataille sans fin entre le cerveau et le coeur (figurativement, bien sûr), comme dans ces fantastiques BD. 

Les derniers mois, j’ai: fait des semis- raté mes semis – planté un mini potager – laissé mon mini potager s’Occuper de lui tout seul – observé les oiseaux – marché – lu beaucoup de livres sur la spiritualité, notamment sur le paganisme – paressé sans rien faire (un véritable exploit!) – écrit dans mon journal – chanté à tue-tête dans mon char – inventé des recettes – raté des recettes – suivi un cours de fabrication de capteur de rêve – pris un atelier de yoga – recommencé à nager – me suis fait un tour de rein – changé de tête – décidé de partir en voyages de filles avec ma mum trois jours cet été – suis allée au resto – vu des amis que ça faisait longtemps – organisé un potluck au travail – arrêté de boire de l’alcool pour une période indéterminée – essayé beaucoup de fois de méditer, sans succès – amélioré le décor de ma maison – rénové – travaillé – décidé de prendre l’été off de l’université – fini ma thérapie – me suis inscrite à un groupe d’entraide pour les proches aidants – écrit beaucoup de textes que j’ai presque tous jetés – mis mes limites à certaines personnes – me suis inscrite à un groupe d’entraide pour les gens qui ont des phobies (j’ai peur des bébittes et je jardine pour me dépasser, jugez-moi pas) – visité ma grand-mère – commencé à apprendre le japonais – nettoyé et repeint le lettrage de la tombe de mon grand-père maternel – décidé de terminer définitivement deux relations d’amitié – réfléchi aux autres relations que j’ai qui vont mal et à celles qui vont bien – etc.

Méchant débloquage!

Et tout ça… parce que j’ai arrêté de me demander POURQUOI je faisais ça. J’ai arrêté de me dire que je faisais de la fuite en avant, arrêté de me taper sur la tête pour mon insatiable curiosité de multipotentialite qui change d’intérêts comme elle change de bobettes. J’ai accepté de ne pas correspondre à ma propre image de perfection, d’être une jolie grosse femme impatiente, drôle et changeante, dure à suivre et désordonnée. J’ai accepté que c’était possible que je n’aie pas nécessairemenent OMG UNE MISSION DANS LA VIE UNE VOCATION OMG, que le moment présent était une raison suffisante à l’existence. Et, mes émotions ont commencé à revenir. Tout croche, parfois pas celle qui était adaptée à la situation, parfois trop fort, parfois pas assez fort. Mais je m’entends rire aux éclats aussi souvent que je pleure. Je RESSENS. DES. CHOSES. et je n’essaie pas de les arrêter. Ça ne m’a pas rendue folle. Ça me permet de redevenir authentique, car cette fois, je peux monter le volume, mais en sachant que je peux le redescendre et j’ai les outils pour le faire. Je dirais pas que je «croque dans la vie»  mais j’en prends certainement une tite-bouchée-apéritive de temps en temps. Je vais beaucoup mieux, même si beaucoup de choses brassent encore pas mal mon bateau.

Je sais que c’est vraiment galvaudé, que vous avez lu ça mille millions de fois. Mais pour vrai, c’est beaucoup plus complexe à faire que ce que ça en a l’air.  J’ai dû réapprendre à mettre du gris. À dire «Je te reviens là-dessus» – «Pas tout de suite» – «On s’en reparle», des non-réponses comme je les appelais avant, avant d’avoir assez d’indulgence envers moi-même et les autres pour reconnaître que se donner du temps, du «buffer», c’est important.  Je me suis aussi donné le droit d’annuler des plans, de changer des plans, de refuser des choses que ça ne me tentait pas de faire. Je ne dis pas de ne jamais tenir ses engagements quand ça ne nous tente plus, mais parfois, c’est plutôt anodin et ça se discute. J’ai beaucoup de gens autour de moi qui m’apprennent que la Terre ne cesse pas de tourner et que mes proches ne se mettent pas subitement à m’haïr quand je change d’idée ou que je dis non. J’apprends à suivre mon propre itinéraire, de plus en plus, et à accepter que des fois je déplais et je déçois. Ça fait partie de ce qui arrive quand on décide de se prioriser.

Je peux pas m’empêcher de trouver ça d’un symbolisme très significatif que ma grand-maman, après que j’aie restauré la tombe de mon grand-père, m’ait remis une chaîne en or lui ayant appartenu qui représente une ancre et un gouvernail. Au-delà d’être une fille qui aime l’eau (nager, faire du bateau, voir des phares et des quais, observer les vagues… name it), c’est surtout un beau clin d’oeil à ma recherche de direction et d’ancrages, et aussi à ma future profession de C.O. (si une autre sirène ne m’appelle pas d’ici là…).

Je pense que je barre dans une bonne direction.

 

Panorama péristaltique

Il y a quelques semaines, je vous écrivais pour vous parler de mon régime.  Ce que je m’apprête à vous dire concerne moi, et moi seule, et ne s’applique en aucun cas à tous. Je n’aurai plus jamais la prétention de dire aux autres ce qu’ils devraient faire sur ce sujet, que je sois d’accord où pas avec leurs choix. Il n’y a pas de solution «one-size-fits-all». Me voici donc, aujourd’hui: 

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Ça me fait encore tout drôle d’écrire sur ce sujet… je ressens encore la même dissonance cognitive.  J’ai encore l’impression d’avoir trahi le mouvement de la Size Acceptance et mon idéologie Health at Every Size, qui m’ont sorti du trou noir de la haine de soi.  Cependant, des personnes merveilleuses m’ont aidé à comprendre que ce n’était qu’une impression.   Je reste intimement, profondément convaincue qu’on peut être heureux et en santé à une vaste variété de tailles, et que les diktats de l’image parfaite sont à jeter aux poubelles. Je m’en fais encore et toujours le porte-voix et je suis chargée d’émotion quand je vois toutes les initiatives Québécoises qui vont dans le même sens.  Je réagis toujours aussi fort quand je vois des généralisations indues au sujet des personnes de taille forte, et quand j’entends des choses sur la discrimination qu’elles subissent sur une base quotidienne.  Je ne changerai pas d’avis là-dessus.

Au cours des dernières semaines, j’ai pu réfléchir à un tas de trucs intéressants sur ma relation à la nourriture, mon image corporelle, mes attentes, mes raisons personnelles pour entreprendre une telle démarche, les raccourcis mentaux que mon cerveau prend souvent pour expliquer des choses complexes, et aussi les regards. Ceux de la société, ceux des autres femmes, ceux des hommes.

Digérer, dire, gérer

Tout d’abord, laissez-moi vous dire que ce que j’ai fait, je ne le recommande à personne. Un régime restrictif, en général, échoue dans 95% des cas. Les raisons pour cet échec sont nombreuses et variées; reprise des comportements alimentaires nocifs, adaptation métabolique, manque d’activité physique, maladie, effets secondaires des médications, etc.  J’ai trouvé l’aventure, qui se terminera dans deux semaines, excessivement difficile. Pour l’épicurienne que je suis qui était abonnée au bon vin, aux mets glucidélicieux,  à l’onctuosité du fromage et de la crème, la chute a été brutale. J’ai été obligée de prendre conscience que je ne mangeais pas aussi bien que je le pensais. Certes, une variété très intéressante, mais sûrement trop et certainement déséquilibrée. J’ai dû «flusher» tout ce que j’aimais pour me contenter de légumes, de viandes, et de nourriture chimique parfois acceptable, souvent exécrable.  Pas de fruits, de produits céréaliers ou laitiers, d’alcool… je devais prendre plein de vitamines. Je me sentais toujours la tête ennuagée, fatiguée.  J’ai eu plein de boutons, des maux de tête, des douleurs musculaires. Mon corps a réagi. Je parlerais presque d’une détox, mais le corps n’a pas besoin de se désintoxiquer , c’est un mythe. Je dirais plus qu’il a eu un peu de mal à s’adapter au changement. La cétose a été difficile.  Je continue d’affirmer qu’à moins d’avoir besoin de changer les choses rapidement pour des raisons thérapeutiques, ce qui était le cas pour moi  ce n’est jamais une bonne idée de faire ce genre de chose.  C’est venu jouer dans tous mes points sensibles, réveiller des conflits intérieurs rattachés à mon trouble alimentaire que je croyais guéris. J’ai eu des moments de découragement total où je refusais de sortir de mon lit pour quelques heures, durant lesquelles je me battais avec ces démons. J’ai eu FAIM. (Si on vous dit que vous ne devez pas avoir faim en cétose… c’est FAUX.) 

Sur certains points, ça a presque été une expérience spirituelle; j’étais obligée de GÉRER mes émotions, de DIGÉRER les «mottons», de DIRE les choses comme elles étaient plutôt qu’avaler, avaler, avaler. Je n’avais aucun refuge pour me cacher, le comfort food m’était interdit, et je ne pouvais pas m’engourdir dedans.  Je ne pouvais pas faire vraiment de sport car je n’avais pas assez de carburant pour le faire; mais j’ai eu ENVIE de bouger pour sortir le méchant. Je l’ai fait pareil, quelques fois. Ça faisait du bien, mais je le payais en ayant faim de plus belle; je n’ai pas pu le faire autant que je le souhaitais. Durant mes sessions d’exercice léger, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment mis en action les outils que j’avais reçus en thérapie pour faire face à mes émotions autrement que dans l’excès.  Aujourd’hui, je comprends mieux comment ils fonctionnent, et je les fais.  

J’ai constaté une remise à zéro de mes goûts. Ce n’est pas de la poutine, des chips, du chocolat ou de la friture dont j’ai envie, mais de fruits frais, de délicieux pain, de bons produits laitiers frais, de gruau, de noix, de courges et de betteraves. La langue engourdie par les aliments ultra gras et sucrés du commerce, on perd le contact avec les délices de la nature… après tout ce temps aux légumes verts et à la viande, j’ai retrouvé ces envies.  Je ne dis pas que la crème glacée et les brioches ne me font pas de l’œil, mais j’ai l’impression que le rapport que j’ai avec les aliments plaisir va changer. On verra rendu là.

Il y a aussi eu des effets négatifs, hormis la fatigue et la faim. J’ai recommencé à me peser chaque jour, et à réagir selon le poids que je vois. Il va falloir que je travaille là-dessus car ce n’est pas vrai que je vais retomber dans l’obsession.  J’ai maintenant une crainte intense de reprendre le poids perdu, et, élément très important, je n’aime pas plus ce que je vois dans le miroir. Je vois maintenant ce qui est flasque, et je me rends compte que la petite voix dans ma tête qui dit «encore un peu… pour passer en dessous de 200 lbs… ah et peut-être récupérer tes mensurations de 16 ans… ah et pourquoi pas essayer de rentrer dans du 8 ans une fois dans ta vie…» et ça, c’est dangereux. Je dois, plus que jamais, mettre tout en œuvre pour continuer à apprendre à m’aimer et m’accepter pour éviter la dérive. C’était un risque à prendre, et je l’ai pris. Ce que je craignais est arrivé. Par contre, j’ai la chance de savoir comment y réagir.

Je suis présentement au début de la dernière phase restrictive, et j’ai peur des glucides. J’ai mangé deux délicieuses rôties avec du beurre, un  yogourt grec au miel, des framboises, et un café avec du vrai lait 2% dedans ce matin. C’était tellement bon, mais tout de suite après j’avais un petit pincement au cœur, même si j’y avais droit, à ce déjeuner. La mentalité de la diète était en train de gagner. Je lui ai dit de fermer sa gueule, et j’ai savouré le tout lentement, je suis même partie plus tard pour déguster tout mon saoul. J’espère être capable de le faire encore longtemps. On ne peut pas tomber en bas du train s’il n’y a pas de train duquel tomber. 

À mon plus haut poids à vie, je pesais 246 lbs. Plusieurs raisons pouvaient expliquer le gain de poids en dehors des habitudes, je n’entrerai pas dans les détails, mais disons que dans mon cas un cœur brisé et une dépression ça a fait engraisser. Beaucoup.  Après avoir découvert le yoga, j’avais réussi à baisser à 231. Ma fasciite plantaire ne me quittant pas, j’ai arrêté la plupart de mes activités sous recommandation de mon équipe traitante, et j’ai vite remonté à 241.  J’étais stable depuis.

Aujourd’hui, je pèse 208 lbs, et j’ai perdu 3 tailles de vêtements.  Mais je suis la même fille, aussi insécure de son image, aussi folle et intense. Maigrir, ça n’a pas réparé mon cerveau. ^^ Par contre, je peux vous dire avec bonheur que ma fasciite plantaire s’est améliorée à 85%, grâce à cet allègement, à mon assiduité sur mes étirements et à des bonnes orthèses et chaussures. Dans mes projets futurs, je rêve de commencer à faire de la randonnée, du kayak et peut-être refaire de la danse. Je veux reprendre le yoga. Je veux m’entraîner avec mon chum, et j’aimerais un jour courir un 5km. Le jour où je vais faire ma première color run, je vais vous le dire. 

Mon regard, et celui de la société, me conduisent à souhaiter voir l’aiguille passer sous les 200. Comme si c’était un chiffre magique. Je ne peux même pas répondre à la question «qu’est-ce que ça changerait dans ta vie» car ça ne changerait RIEN.  Rendu en dessous de 200, je voudrais baisser à 180. Et à 180, je voudrais me rendre à 160, et à 160, à 135.  Par rapport à la perte de poids, je suis une droguée. Ça me prend toujours plus de perte et ça me fait toujours moins d’effet. C’est pourquoi je vais «tirer la plug» dans deux semaines et retrouver mon alimentation intuitive autant que possible. Je ne crois pas aux combinaisons alimentaires. L’exclusion de groupes alimentaires complets n’est pas durable, et le comptage de calories est extrêmement fastidieux et souvent inutile. Je vais travailler sur mes signaux de faim, et de satiété, et je vais bouger.  

Regards

La deuxième partie de ma réflexion porte sur le regard social et sur celui des gens face à moi-même, et face aux gros en général.

Tout d’abord, durant mon processus, je dois dire que j’ai eu beaucoup d’encouragements, et à mon grand plaisir, aucun commentaire déplacé ou qui m’a dérangé.

Mes collègues féminines m’ont soutenu en me soulignant combien je «fondais à vue d’œil». J’appréciais ces petites tapes dans le dos, car j’avais été transparente sur mes objectifs et j’avais mentionné avoir besoin de soutien. Des commentaires sur le poids ne sont en général jamais les bienvenus, surtout qu’on ne sait pas pourquoi la personne maigrit (deuil, chimiothérapie, consommation de drogues stimulantes, débalancement de la thyroïde, période de manie, ce sont toutes des raisons qui peuvent amener une perte de poids. L’anorexie aussi, et les commentaires positifs dans ces contextes risquent de faire beaucoup plus de tort que de bien. )

Nous sommes toutes conditionnées à penser que toute femme qui est grosse veut nécessairement maigrir, et désapprendre ce script est très, très difficile.  C’est pourquoi il importe de faire attention à ce qu’on dit à ce sujet.  Dans mon contexte, je souhaitais qu’on me souligne mes réussites à ce sujet. Même si à la base ce n’était pas une question d’apparence, le regard appréciatif des femmes me faisait du bien. 

J’ai observé la grande délicatesse de mes collègues masculins qui n’ont pas soufflé mot sur le sujet, sauf pour l’occasionnel «tu as l’air en super-forme!» ou pour ceux que j’avais mis «dans le secret des Dieux». Ils ne voulaient pas m’offenser, donc ils ne disaient rien,  et franchement le contraire aurait été déplacé. Je suis contente que ça se soit passé ainsi. J’avais un peu peur, car je savais que le jugement existe.  Je vais illustrer mon opinion avec un petit exemple : après avoir assisté à une séance d’essayage durant laquelle un gars, saisissant un t-shirt de la taille que je portais, s’était exclamé «2x? Mais qui qui porte ça?»  J’avais brutalement réalisé que ce qui ne se dit pas à la face des gens se dit allègrement dans leur dos. J’avais rétorqué «c’est vrai que c’est gros en tabarnack, hein?» Ton coupant, visage fermé, yeux laser. Les autres personnes présentes étaient mortifiées, mais ce collègue n’a pas eu l’air de se rendre compte de sa bourde.  Tout ceci me renvoie à la réaction panique qu’on a souvent quand une personne qu’on apprécie est grosse.  «Mais je ne te vois pas comme grosse!» «Non mais toi, tu fais attention!» «Ce n’est pas de toi que je parlais.»    Autant de jugements et de maladresses qui contribuent à ajouter au malaise.

Dire ces choses à quelqu’un efface son expérience, et nie la responsabilité que les gens ont d’assumer ce qu’ils pensent. 241 lbs, c’est gros sur moi, sur d’autres.  Que je fasse attention ou pas, personne n’a le droit de me juger sur mon apparence, et je ne dois la santé ou la minceur à PERSONNE. Et oui, c’est de MOI que tu parles quand tu dis «les gros».  Que je te connaisse ne m’exclut pas de ton jugement.  

 Tout ce qu’on peut dire d’une personne grosse en la voyant, c’est qu’elle est grosse et les autres détails physiques apparents. On peut constater la couleur de sa peau, de ses cheveux, si elle est handicapée ou non, comment elle est habillée. On ne peut pas dire qu’elle est malheureuse, seule, incomprise, sale, perdue, paresseuse, fourbe. On ne le sait pas. Notre biais nous pousse à tirer des conclusions qu’on ne tirerait pas dans les mêmes circonstances avec des personnes minces, et il faut s’en méfier.Tel que je l’ai souvent dit, les médecins sont particulièrement enclins à sauter aux conclusions et aux conseils non-sollicités à cause de ce biais. J’ai hâte de voir la tronche du prochain médecin qui me dira de maigrir, quand je lui assénerai ma vérité. 

J’ai parlé, plus tôt, que j’avais le sentiment d’être en porte-à-faux avec les idéologies que je prône depuis quelques années concernant la gestion du poids corporel. Des amies précieuses rompues aux principes de cette philosophie m’ont aidé à remettre mon choix en perspective.  Health at Every Size, c’est viser la santé par des comportements faisant la promotion de celle-ci; le poids auquel j’étais ne me permettait même plus d’adopter les comportements santé que je souhaitais car j’étais toujours en douleur. Maintenant que je peux davantage les pratiquer, je le ferai.  Le chiffre sur la balance ne devrait plus avoir rapport à mes yeux; c’est mon bien-être global qui compte. J’espère que mes bottines vont suivre mes babines à ce sujet.

Le regard des hommes, lui aussi, a changé. J’ai commencé à remarquer des regards, des sourires, des coups d’oeils qui n’étaient pas là auparavant. J’ai eu de l’attention non sollicitée d’hommes que je trouvais louches et douteux. Je me suis sentie dégoûtée à certains moments, pour la raison suivante : maintenant, certains hommes me voient autrement que comme «une boule de suif».  Je suis de nouveau, dans leur regard, un être sexué (lire ici «baisable»).  Ils n’auraient plus honte d’être vus à mon bras.  Je suis toujours ronde, mais je ne suis plus dans la catégorie de ronde qu’ils refusent de considérer. Je ne suis presque plus une cible de «fat jokes».  Tout d’un coup, Minie, en plus d’être brillante, chaleureuse, drôle et «edgy», est belle! Peut-être pas encore sexy, mais belle. Ça vaut maintenant le coup de s’essayer, non?

FUCK THAT. Si tu me considérais comme un sous-être parce que j’étais une taille forte, et que maintenant je suis une femme parce que je suis plus mince, il n’y a absolument AUCUNE chance que j’accepte de l’attention de ta part, ou que je considère ta candidature au poste d’amant ou de conjoint.

L’homme avec qui je vis m’a connue grosse, très grosse. Il  me trouvait aussi très belle et désirable, et pas «malgré» mon poids. Il est tombé en amour avec mon gros Q.I., dit-il. (haha!)

Il me trouve toujours aussi belle aujourd’hui, même s’il est parfois surpris de constater qu’il peut toucher à ses coudes en me prenant dans ses bras, qu’il peut sentir mes côtes en pressant un peu mon ventre, que ma taille présente maintenant un creux marqué pour y mettre son bras.  Que je sois ainsi, ou autrement, il aimait mon corps et la fille dedans.  

Son regard a lui aussi a changé; parfois inquiet que je ne mange plus comme avant, parfois admiratif de mes efforts, parfois protecteur quand je suis trop vulnérable pour faire face aux commentaires des autres, parfois fier et encourageant quand je continue de foncer, de réussir et d’avancer dans mes projets. Mais plus souvent qu’autrement, ce regard s’adresse à mon intérieur. Je suis chanceuse de l’avoir, et je le remercie d’avoir fait cette bataille avec moi et de ne pas m’avoir jeté par la fenêtre quand j’étais une vieille râleuse irritable et fatigante parce que je ne pouvais rien faire/manger de ce que je voulais.

Ce regard est un des plus précieux du monde pour moi, avec celui de mes proches et amis. Cette façon de voir pourrait aussi changer le monde si tout le monde se décidait à l’adopter. Voir les gens de l’intérieur, c’est le plus beau cadeau que la société pourrait se faire à elle-même. Arrêter de prétendre sur l’image, et capitaliser sur le contenu.  

Ce que le yoga a fait pour moi

Je n’ai jamais été sportive. Jamais, comme dans jamais. Plusieurs de mes écrits peuvent en témoigner, d’ailleurs. J’ai toujours fait de l’activité physique seulement pour maigrir. Je ne rentrerai pas dans le laïus interminable de mes mésaventures avec le sport, c’est du réchauffé : maladroite, peu en forme, toujours choisie la dernière dans les équipes, provenant d’une famille de gens qui n’aiment pas non plus l’activité physique en général, etc. Mon poids a fait l’accordéon au rythme de mes «efforts», ainsi que mon moral.

J’ai fait :

• du baladi (2 ans)
• de la zumba (deux cours…)
• de l’entraînement en salle (plusieurs fois en tranches de quelques mois – plusieurs abandons car ça consommait trop de temps, je n’aimais pas cela, et la pression de maigrir dans les centres pour femmes seulement était intenable)
• de la marche (mon moyen de transport)
• de la natation (par intermittence un peu comme l’entraînement, mais j’aime bien)
• du badminton (à trois reprises pendant quelques mois)

J’ai eu l’intention de faire :
• du kayak (trop compliqué logistiquement)
• de la marche nordique/ du ski de fond/ de la raquette (j’ai choké car difficile de trouver un partenaire/équipement dispendieux)
• du ski alpin (trop maladroite, et trop cher)
• de l’aïkido (faiblesse au pied gauche, je ne peux pas faire quelque chose qui se pratique exclusivement en station verticale pieds nus)

And so on. Le yoga, j’y avais pensé quelque fois, mais de loin… je ne me sentais vraiment pas à ma place avec toutes ces nymphes athlétiques en léotard soyeux. Mon cerveau compétitif et échaudé par d’autres expériences ne voulait même pas y penser. C’est sûr que je côtoyais un peu plus les philosophies orientales dans le bouddhisme, et que le yoga fait souvent partie intégrante du bouddhisme, mais ça ne suffisait pas à ce que je développe un intérêt réel pour le yoga. Je me disais que je ne pourrais jamais me plier comme un pretzel comme ça, et que je ne m’exposerais certainement pas à être la pire de mon cours. Ça non!

Pourtant… après trois ans de travail sur mon mental pour d’autres raisons, j’en avais vraiment marre d’entraîner mon psychologique. Je savais que j’avais à trouver une forme de mouvement que j’aimais, mais je voyais cela comme une tâche tellement impossible… j’avais peur. Mon gros ego m’empêchait de m’essayer à autre chose. Toute forme d’activité était un catalyseur D’émotions négatives; je n’ai jamais eu «l’addition aux endorphines» dont on me parlait tant. Pour moi, ce n’était que de la douleur, de l’inconfort, de la sueur, des mauvaises odeurs, et un moyen de forcer mon corps dans une taille plus petite/ de le punir de ne pas être ce que je voulais.

Heureusement, à force de lectures sur Health At Every Size, je me suis rendu compte que je n’étais pas OBLIGÉE d’avoir mal pour que ça vaille la peine. Que mon succès ne se mesurerait pas nécessairement en kilos/cm perdus. Que j’avais le droit de n’être capable que de faire 5 minutes pour commencer. Que si j’avais de la douleur, de l’épuisement, arrêter n’était pas abandonner. Il y a cette phrase qui m’est tellement utile…«Rouleriez-vous avec une voiture dont tous les voyants du tableau de bord seraient allumés? Non? Eh bien lorsque vous avez de la douleur, de l’épuisement, ce sont les voyants lumineux de votre corps. Écoutez-les. Adressez-les avant toute chose, ne les ignorez pas; c’est peut-être ce qui fera la différence entre un départ en lion qui finit en mouton, et une habitude durable.»

J’ai oublié de qui est la phrase mais elle a changé mon rapport à l’activité physique du tout au tout.
J’ai aussi commencé le guide «The Fat Chick’s exercise» de Jeanette DePatie, pour réapprendre la manière de progresser :10% et/ou un paramètre à la fois. Il y a trois paramètres : le nombre de fois par semaine, l’intensité et la durée.

Par exemple : si je m’entraîne trois fois par semaine durant 35 minutes, je pourrais :
– M’entraîner 4 fois par semaine
– Augmenter mon temps de séance à 38,5 minutes
– Augmenter un peu l’inclinaison de mon tapis/ augmenter de dix pour cent le poids de mes haltères

MAIS PAS LES TROIS EN MÊME TEMPS. Un.petit.pas.à.la.fois.

Dans mon cas, c’était essentiel. J’avais tellement renoncé, que le plus petit effort me mettait en nage. Je n’étais pas malade, mes indicateurs de santé étaient tous bons, mais mon cardio et certains muscles, ouh là là, ce n’était pas très bon!
Beaucoup de lecture, de larmes, de frustrations, de questionnements, de réflexion et de personnes inspirantes plus tard (vous savez qui vous êtes/you know who you are!) alors que j’étais assise dans l’autobus j’ai vu, au-dessus de l’endroit où j’ai fait faire mon premier tatouage, un nouveau studio de Yoga : Soham Yoga bis.

J’ai pris les informations auprès de l’enseignante, par courriel. Nous avons correspondu un peu, je lui ai fait part de toutes mes craintes, de mes mauvaises expériences, de ma fasciite plantaire, etc. Elle m’a répondu positivement, patiemment.
J’ai payé ma première session, et j’ai manqué le premier cours, au chevet de ma mère qui se faisait opérer. Elle a très bien compris que je ne pouvais pas être présente.

Au deuxième cours de la session d’introduction je suis arrivée trente minutes en avance. Tout de suite j’ai apprécié l’ambiance du studio; calme, zen, avec un petit salon pour boire du thé plein de coussins par terre et de beaux livres, chandelles, encens. Catherine, mon enseignante, a pris le temps de s’asseoir avec moi et de faire le tour de mes objectifs. Elle m’a bien écouté.
Mon premier cours s’est mal passé. J’ai tout de suite songé à abandonner, je me comparais avec la plus belle et la plus mince de la classe pour me rendre compte plus tard…. Qu’elle était enseignante et qu’elle prenait le cours novice en stage d’observation. =_=

En allant porter ma tasse vide dans le petit salon, j’ai lu sur le tableau : «Yoga is the practice of tolerating the consequences of being yourself». –Bhagavad-Gita … autant pour moi. Je suis repartie chez moi songeuse.
J’ai suivi tous mes cours d’introduction. J’ai acheté une carte de douze cours. Je suis même allée à un cours gratuit sur l’heure du midi… et un jour en allant à mon cours la professeure a poinçonné mon douzième cours. Ma première carte. Finie. 18 cours. 4 mois et demie.

J’avais «toffé» quatre mois et demie. Et J’aimais Cela. Même si j’étais la seule dans la classe qui avait besoin de tous les boosters/adapteurs/modifications de pose. Pour reprendre les paroles de Catherine, «on va où c’est disponible». Et même si mon disponible ne l’est pas toujours beaucoup, j’en découvre un peu plus à chaque fois.
J’ai signé pour un challenge de 5 fois par semaine pendant trois semaines. (bon j’avoue que j’ai peut-être ignoré ma loi des paramètres… mais j’étais trop tentée.) J’y vais. Des fois j’ai mal, des fois non; des fois je fais une nouvelle posture, je vais plus loin, ou je réussis quelque chose que ça fait longtemps que je bûche pour faire. Des fois je pleure parce que mon ego me fait me comparer aux autres. Je «journale» mon expérience sur FacedeBouc parce que j’ai le goût de parler de mon expérience à tout le monde.

Curieusement, au travers tout cela j’ai recommencé à faire de l’elliptique sans détester cela. À cesser d’éviter de marcher le plus possible. Je me crée des activités avec mes amis qui impliquent de bouger. Piscine, promenade… je ne me sens plus aussi fermée à essayer des activités, sauf les sports d’équipe qui ne me disent encore absolument rien, trop traumatisée des cours d’éduc, je pense.

Le yoga, m’a réuni avec mon corps, et m’aide à le détester un peu moins chaque jour. Il complète mon travail d’acceptation tout en me conduisant à désirer m’assouplir, m’alléger, repousser mes limites. Il me nourrit aussi spirituellement, psychologiquement, ce qu’aucune autre activité physique n’a pu faire pour moi. Je me surprends tous les jours à citer quelque chose que j’ai entendu, à transférer une compétence que j’ai acquise, à avoir hâte à mon prochain cours, à ne pas renoncer.
J’espère un moment donné, avoir l’espace pour pratiquer chez moi; avoir assez confiance pour cela. Je lis beaucoup d’autres professeurs spécialisés pour le yoga des personnes rondes, et ça m’aide personnellement à modifier ce qu’il faut, le temps qu’il faut. Je sens la plante fragile d’une passion pour une activité physique qui pousse. J’essaie de ne pas la noyer.
J’ai encore peur que ce soit un feu de paille, mais pour le moment, cela est. Je suis cela. Soham.

Om! Shanti!

Il était une fois des gens heureux

J’ai eu 27 ans vendredi dernier. J’ai vécu beaucoup d’émotions, et j’ai été complètement désarçonnée par l’intensité et l’ampleur des manifestations d’appréciation que j’ai reçues.   J’ai vécu un insight, une prise de conscience très forte le soir, en rentrant chez moi : je ne peux PAS dire que ma vie va mal, que je suis malheureuse, que rien ne se passe comme je le veux.  J’ai le DEVOIR d’être pleine de gratitude pour la chance que j’ai d’être globalement en bonne santé, tellement bien entourée , choyée, gâtée-pourrie d’attention et de douceur.  J’ai la tâche de me reconnaître telle quelle, avec mon potentiel, et de l’exploiter. 

J’ai dit à ma moitié, en marchant vers mon nouvel appartement :  «Je suis flabbergastée. La prochaine fois que je te dis que ma vie, c’est d’la marde…» et j’ai laissé le tout en suspens, honteuse d’avoir déjà proféré ces paroles, en proie à une profonde lassitude.

J’ai respiré l’air vif du soir, toléré mes pieds qui protestaient contre les chaussures trop grandes, et j’ai haussé le pas.  Je me suis dit, en montant l’escalier… «JE. SUIS.HEUREUSE.»  Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie comme ça. Pas béate, pas inconsciente, pas débonnaire. Heureuse, du type satisfaite avec ce que j’ai.   D’une façon à laquelle ni les voyages, ni l’argent, ni le jet-set ne changeaient quelque chose.   

Heureuse, dans la maturité. Consciente de mes bons coups et de mes mauvais, dans la tolérance de mes deuils et de mes malaises, prête à me battre pour mes idéaux, mais en choisissant mes combats.  Impressionnée par la vivacité de la petite flamme qui était presque morte il y a presque trois ans.  Attendrie par les bons soins de mes amis, de ma famille, et de mon doux.

À ce moment-là, j’ai été capable de regarder mes deuils, mes pertes et mes regrets en pleine face, et de les accueillir.  De me dire que moi, Dominique, à 27 ans, j’avais une très grosse valise de vécu derrière moi, mais que j’avais encore tout à apprendre.  Que je vivrais avec mes choix non linéaires et différents, et que j’allais essayer, le plus possible, que mon moi idéal et que mon moi rée  se rencontrent, et fassent leur «deal».  Chacun d’eux devra céder du terrain. Je serai l’arbitre, et on trouvera un compromis.

Dans tout cela, beaucoup de personnes m’ont inspiré. Je  poste ici quelques bouts de  pensées, à vous de vous y reconnaître.  La liste n’est pas exhaustive…

« Elle a obéi à son propre mouvement, et quand elle a été prête, elle a décidé de faire confiance et de faire un grand plongeon.»

«Elle a fait fi de l’opinion de tous et est restée avec celui qu’elle aime, en prouvant leur tort à tous. Trois ans plus tard,  elle rayonne.»

« Lui, il peut bien porter son chandail «impossible is nothing» : il a épaté tout le monde. »

«Elle a défié le chemin tout tracé pour elle, et qui a refusé de rentrer dans le petit moule étriqué du 40h / semaine extraconsommation.»

« Elle  a mené une barque impossible de deux-trois emplois et une maîtrise, et elle touche maintenant à son rêve du bout des doigts.»

«  Elle,  qui a toujours suivi sa propre voie, dans toutes les difficultés.»

«Elle  rencontre le contentement et tire le meilleur de chaque chose. »

«Il  a renoncé à un gros salaire et un gros prestige parce qu’il en a eu marre de l’instabilité, du changement, et  a embrassé son destin sans résister au courant. »

« Il supporte toute la part incertaine de ses projets pour mieux s’actualiser»

«Elle m’a appris que demander de l’aide n’est pas un acte de faiblesse.»

« Elle a foncé vers son objectif de carrière. »

« Vous tous qui me lisez, et qui croyez en ma capacité et ma créativité … Vous saupoudrez des sourires et de l’espoir sur ma vie partout…»

Tous ces gens inspirants… vous m’inspirez, parce que vous savez être heureux.   Nous avons tous nos hauts et nos bas… mais vous avez trouvé l’endroit où votre bonheur réside. Vous l’avez pisté, et maintenant que vous l’avez déniché, vous vous en occupez tant et si bien, qu’il pousse.  Pour dire comme le grand Félix, votre «bonheur a fleuri, il a fait des bourgeons».   Eh bien, c’est ça qu’il faut que je fasse.   Mes boutures sont faites.  Je vois des racines.   Bientôt, on va transplanter la nouveauté, rempoter ce qui étouffe.

On va apprendre à avoir le pouce vert!

 

http://www.youtube.com/watch?v=NkUpzoMwIsk

http://www.youtube.com/watch?v=IOmZ_pF_XFI

http://www.youtube.com/watch?v=0uMYr2tWQYw

http://www.youtube.com/watch?v=q0BzubcT0dQ

http://www.youtube.com/watch?v=3t5xR80_hoQ

 

«Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire»…

*** attention – contient du langage explicite- parle d’émotions fortes et de malaises ***

Chaque jour, je m’asseois devant mon écran.  Je fais le tour de mes dossiers, je retourne mes appels, je trie tout, je classe tout. J’écoute les doléances du monde, je reçois leur stress et leur mauvaise humeur, mais je reçois aussi leurs sourires.  Je les entends tripper à l’idée de leur prochain voyage dans le sud, s’extasier sur les pipi-caca de leur dernier rejeton, parler de la réfection de la salle de bain, de la pièce de théâtre qu’ils iront voir.

Moi, pendant ce temps, je pourris sur ma chaise.   Ma tête est pleine d’idées, de courants, de façons de refaire le monde.   Mon énergie est forte, ma détermination est grande, mais aucune fenêtre ne s’ouvre.    Mais il ne me reste plus que l’envie de pousser un grand soupir, et de me demander de quelle façon je vais occuper tout ce temps.  Ça ne me sert à rien d’ouvrir le mur à la hache, il faut que j’attende qu’il y ait une craque, avant.   Les possibilités. POS-SI-BI-LI-TÉS.  J’vous cherche, mes câlisse, vous êtes où!!

Je me  vois en yogini très zen, en épicurienne au –dessus de ses fourneaux, en artisane du pain et du fil, en auteure à succès, parfois en femme d’affaires.  Je me demande si j’aurais vraiment aimé le métier que j’avais choisi au départ. Plus souvent qu’autrement la réponse est NON. Question d’attentes, j’imagine. Et de POS-SI-BI-LI-TÉS.

Je ne pense pas que ça suffit, de «vouloir». Et puis c’est quoi, vouloir? Travailler 80 heures pendant cinq ans sans rechigner, pour avoir peut-être quelque part dans l’infinité de l’univers, une chance de faire 2000$ de plus par année ?  Vivre avec douze colocs pour faire un peu de musique? Je ne sais pas.      Vouloir  est une chose, mais l’issue, c’est d’autre chose. C’est  selon les circonstances, les conditions, l’environnement.

Un fils de médecin, à qui on paie ses études, qui reçoit une voiture en cadeau de 18 ans, honnêtement… il a toute une longueur d’avance.   Je crois que la différence maîtresse entre un destin et un autre, c’est simplement la possibilité d’arrêter cinq minutes sans que tout s’enchaîne dans une cavalcade de besoins, de délais, et de responsabilités.  L’argent peut souvent acheter cela.  Avoir le temps, c’est un luxe.

Avant, j’étais le genre de fille qui disait aux quêteux dans la rue de se trouver une job au lieu de me demander 25 cents. Que c’était pas dur d’aller faire des sandwiches au salaire minimum, pi de se pogner  une chambre dans un huit et demie avec d’autres crottés.

Maintenant, j’essaie de me demander qu’est-ce que qui a pu les amener là, et qu’est-ce qui les empêche de s’en sortir.  Ça me met toujours autant le feu au cul quand ils mentent, par contre.  Câlisse, si tu veux un 2$ pour t’acheter une grosse Molson tablette, raconte-moi pas l’histoire de ton fils handicapé, pis de son chien malade. Assume.   Dis-moi pourquoi tu t’es ramassé là. Je ne veux pas savoir si tu trouves que la police ou la Curatelle ce sont des enfants de pute.

Savez-vous une phrase que je ne suis plus fucking capable d’entendre?

«Quand on veut, on peut».

BULLSHIT.   J’ai beau vouloir, essayer du mieux que je peux, ça ne marche pas.  J’ai pris un hostie de paquet de mauvaises décisions, je dois les subir.   Ça vous remet les perspectives à la bonne place.  C’est pour ça que le prochain quêteux, j’pense qui va recevoir une piasse ronde, pi un morceau de sandwich.

Ark, j’ai mal au coeur.  J’ai un goût de bile dans la bouche, et j’ai tellement honte, aussi.  J’ai honte de «chier sur la chance que j’ai» d’avoir de quoi gagner ma vie, pis un toit sur la tête.   Avez-vous déjà vécu ça, vous?  Des moments ou l’essentiel paraît accessoire, et où l’accessoire devient, apparemment , l’essentiel?

C’est pas compliqué : tu veux tout ce qui te fait défaut. Mais ce que tu as déjà, tu ne le vois plus.

« Si tu ne fais pas ce que tu aimes, aimes ce que tu fais.»

« À défaut de pain on mange de la galette»

«Quand on a pas ce que l’on veut, on chérit ce que l’on a.»

… je ne suis PLUS capable de cette poutine proverbiale, de ces phrases préfabriquées qu’on garroche pour se conforter dans notre sort. Ce qui me lève encore plus le cœur c’est qu’en plus, ces mots, au fond, sont vrais.  Ben… pas tant vrais, que pleins de sens.

Des fois, j’ai des bulles au cerveau où je suis parfaitement heureuse.  Dehors, sur un banc, la face au soleil même si c’est l’hiver.   Tranquille, emballée dans une couverture chauffante.  Excitée, après avoir combattu une grosse peur.  Mais le gris, le beige, le drabe, ça finit toujours par me rattraper.  Je me cherche un but dans la vie, pi j’sais pas encore ça va être quoi. À 27 ans. Toutes mes dents.

Faut que je retrouve comment on fait pour baisser le volume quand la toune est plate, et comment le mettre  DANS LE TAPIS en me swinguant les cheveux quand c’est de l’estie de bon beat.

Une chance que je me rappelle encore comment avoir du fun, des fois.