Plaidoyer pour le zen au volant

«POUUUUUUUUUUUUUUTTTTT!!»

Sursaut, haut-le-cœur, palpitations, frein, jurons.  C’est presque toujours ainsi quand je me fais klaxonner.  C’est une sorte de micro-agression, qui me micro-traumatise à petits bruits de trompette, ou à grande lamentation de corne de brume.   Pourquoi fallait-il que de toutes les options de communication possible, celle choisie pour le contexte automobile soit un bruit exclamatoire et intempestif comme le klaxon?  Même le mot m’horripile : K-L-A-X-O-N.   Pourtant, c’est un joli mot-valise, assez parlant : claque-son! Tu donnes une claque, ça fait un son. Ou encore, un son qui fait l’effet d’une claque, pour bien réveiller son destinataire.

Dans la situation qui nous intéresse, un représentant du paléolithique moyen s’outrage intensément du ralentissement que je lui impose.  Bien sûr, la rognure de fromage qui lui sert de cerveau ne lui a pas permis de s’apercevoir que je cherchais à éviter de faucher, dans le stationnement qui m’intéressait, une maman et son fiston qui poussaient un chariot de victuailles d’une taille comparable à l’Everest.   Le Sieur de Pickuptown ne souffrait pas qu’on le retarde; sa grosse paluche malhabile s’est donc abattue sur le criard pour me signifier mon manque de civilité. Je n’aurais rien aimé plus que d’aller le voir et lui demander s’il avait remarqué la petite famille, et si ça lui avait fait perdre quelque chose d’attendre une demi-seconde de plus que d’habitude.

Ulcérée, j’ai quand même fait un sourire suave à la maman. Elle me faisait penser à la mienne avec ses provisions et son p’tit loup qui la suivait, comme un petit poussin.  Reste qu’à l’intérieur, je me sentais encore enragée. Peut-être que cela peut sembler anodin, et que j’ai l’air de sur-réagir.   Je connais beaucoup de personnes qui sont promptes sur le klaxon, et qui ne se froissent pas outre mesure de se faire avertir de la sorte.  Cependant, ce n’est pas mon cas. Pas après avoir été témoin d’un cas probant de rage au volant la semaine précédente, et encore moins dans le stationnement de l’épicerie ou travaillait un jeune homme qui a perdu la vie à cause d’un jeune chauffard sur la route dans la nuit de jeudi.

Je vous relate rapidement les deux événements dont je viens de vous faire part, peut-être que ma réaction sera plus compréhensible ainsi.  Bien sûr, mes perceptions et mes valeurs ont pu teinter la lecture que j’en fais;  je peux me tromper, mais de toutes les façons, les situations que je vais vous exposer sont inacceptables.

La semaine dernière, une jeune fille a du faire une manœuvre dangereuse près de l’Église St-Charles-Borromée. De ce que j’ai compris de la situation, un piéton lui a coupé le chemin inopinément, et cela a fait en sorte qu’elle a accroché un peu le derrière de la voiture en face d’elle. Je n’ai pas observé de dommages visibles, mais j’étais loin. Par contre, j’ai bien vu l’espère d’imbécile violent qui est sorti en beau fusil de son auto en hurlant «TU SAIS-TU CONDUIRE TOÉ CRISSE! CÂLISSE DE FOLLE!» à la pauvre fille. Celle-ci balbutiait qu’elle ne l’avait pas fait exprès, et voulait lui expliquer ce qui venait de se produire, mais il ne lui laissait pas une chance. Elle avait beau hausser le ton, ça n’était que de pire en pire. Il tapait même sur le capot de sa voiture et se penchait de manière menaçante vers elle, comme une espèce de Hulk à un seul neurone. Un point pour la violence, un point pour la misogynie, un point pour l’agression, et un point pour l’image émétique des hommes et de la société en général que tu viens de produire, mon estie de vidange abjecte.   Penses-tu vraiment que c’est intelligent, ce que tu fais?   Ah non, c’est vrai, ce que tu fais c’est un gros show de domination. Tu es content de la voir se recroqueviller sur son siège. Ce que tu ne penses pas, c’est que ça pourrait être ta sœur, ta fille, ta tante. Ça pourrait aussi être un individu de sexe masculin mais je doute que tu l’aurais autant abîmé de bêtises, peut-être parce que tu aurais eu peur qu’il te sacre son poing dans le front, pauvre dégât à deux pattes.

Cette même semaine, deux jeunes hommes ont péri dans un accident de voiture sur l’autoroute Laurentienne, par la faute d’un chauffard qui circulait à grande vitesse et qui a heurté le rempart. Il a survécu, mais les deux autres victimes, non.  Pour l’instant, personne ne connaît les raisons qui l’ont poussé à agir de la sorte, mais son comportement a entraîné la mort de deux innocents, et il aurait pu y passer lui aussi. Je ne pense pas qu’il est fier de lui, mais il est quand même un pur idiot de première, doublé d’un irresponsable patenté, pour avoir posé de tels gestes. Bravo, connard.  Tu as ruiné la vie de trois familles, incluant la tienne, et tu devras composer le reste de tes jours avec le fait d’avoir causé la mort à deux reprises parce que tu as été trop cave pour te lever le pied de sur l’accélérateur.

Pour des raisons intimes et personnelles, plus que jamais je suis sensible à la sécurité routière, et même si ce texte a commencé de manière loufoque, la chute en demeure tragique.  C’est le même chemin qui se passe dans la tête de certains chauffards : sans vraiment réfléchir, et en pensant juste à leur petit nombril, ils prennent des décisions stupides au mieux, criminelles au pire.  Quand on les entend parler de cela, ils sont les premiers à avouer qu’ «ils ne pensaient pas que ce serait si grave», ou que «c’était pour s’amuser».  Ou encore, qu’ils étaient «correct pour prendre leur char».   Je n’y peux rien, quand je vois de telles horreurs se produire, la rage me submerge. J’en veux aux chauffards, aux agresseurs, et à l’obsession de la vitesse.  Alors, pour moi, un petit klaxon pour les mauvaises raisons, c’est juste un rappel que je ne suis JAMAIS en sécurité sur la route. Je suis toujours à risque de subir un événement malheureux ou fatal, en grande partie à cause de l’agressivité qui règne sur le bitume. Oui, je suis d’avance une conductrice nerveuse et insécure; cependant je ne trouve pas que cela enlève de la légitimité à ma façon de penser.

Bien sûr, la société a un rôle à jouer en termes de prévention et de réglementation. Par exemple, on pourrait mettre de l’avant une vignette pour nouveau conducteur comme en France,  assortie de l’obligation de rouler 20 kilomètres/heure sous la limite permise. On pourrait abaisser la limite acceptable du taux d’alcoolémie, bien que cette mesure soit très impopulaire. Personnellement, je suis pour : personne n’a BESOIN de boire de l’alcool. C’est un privilège, pas un droit.   Et si on se trouve brimé de ne pas pouvoir consommer de l’alcool, peut-être qu’on a des questions à se poser. Mais, au-delà de tout ça, des routes plus sécuritaires, ça commence au niveau individuel, à l’aide du gros bon sens.  C’est pour cela que je plaide aujourd’hui pour des comportements plus sécuritaires et détendus sur la route.

Avant de nous impatienter parce que quelqu’un roule au-dessous de la limite de vitesse, réfléchissons. Respirons par le nez au lieu de crier, klaxonner, dépasser par la droite, invectiver.

Ralentissons quand il pleut ou qu’il neige, ou dans le brouillard.

Abstenons-nous de consommer de l’alcool si nous devons conduire; non, même pas une bière. Aucune pinte ne goûte aussi bon que la vie, qu’un câlin de quelqu’un qu’on aime en rentrant le soir.  Ceux qui prennent d’autres intoxicants que l’alcool sont priés de s’abstenir également. Méfions-nous des médicaments qui peuvent troubler nos réflexes et notre jugement.

Arrêtons dans les haltes routières pour faire une sieste si nous sommes fatigués.

Cessons de vouloir toujours être un peu au-delà de la limite permise.

Entretenons bien nos voitures, ne soyons pas négligents.

Déneigeons nos toits pour éviter d’être des igloos roulants et de nuire à la visibilité des autres.

Tentons d’éviter les trous d’eau et d’arroser copieusement les piétons sur le trottoir.

Ne craignons pas de prendre le transport en commun, de co-voiturer, de prendre un taxi, de s’abstenir de sortir si les conditions routières l’imposent.

Éteignons nos maudits cellulaires, et foutons-les dans la boîte à gants lorsque nous sommes au volant.

Soyons zen au volant.  Ça sauverait bien des soucis, et des vies aussi.

 À la mémoire de Jean-Philippe Rochette et William Bureau

À la mémoire de Cédrick Saint-Pierre

Au nom de tous ceux qui ont perdu un être cher sur la route. 

La valeur d’un lobster roll

Salut à toi, cher lecteur.  Mon rapport plus que sporadique avec mon blog atteint des sommets.  Aujourd’hui, mon sujet du jour est une critique resto. Comme je suis une gourmande accomplie,  j’ai le goût de te parler de mes découvertes bouffe, sans toutefois devenir «un autre crisse de blogue de foodie». Je vais te parler d’une récente expérience que j’ai eue, qui m’a laissé perplexe, et qui me fait remettre en question ma «foodieness» assumée.  

 

Mise en contexte: Dimanche, comme à l’habitude avec Chéri on ne savait pas qui faire, alors on a décidé d’aller faire les galeries d’art et d’aller au resto. Les galeries c’était créatif, mais le resto, c’est toujours ce qu’on fait quand on ne sait pas quoi faire. De galerie il n’y eut point, parce que nous sommes partis beaucoup trop tard de la maison.  Comme Piteurpanne ici présente n’aime pas être une cliente fatigante, elle a eu beaucoup de mal à se décider sur un endroit, et à bout de ressources, a décidé d’aller au Cochon Dingue sur le boulevard Champlain, à la suggestion de son doux. 

 

Pour mettre la table (!) je n’ai jamais été une fan de cet endroit faussement rustique, qui se dit «cochon» mais manque cruellement de «dingue» à mes yeux et à mes papilles.  

 

C’était la troisième, et dernière chance que je donnais à cet endroit de me suprendre et/ou de me satisfaire. Malheureusement, ça n’a pas passé le test.  

 

Ça faisait un bon bout de temps que j’avais le goût de manger des lobster rolls. C’est donc cela que j’ai pris. Comme l’assiette était au-dessus de 18$, je me suis imaginé, à tort, une assiette plantureuse qui conviendrait à ma grand’faim du moment. Malheureusement, ce que j’ai reçu était un petit roll très ordinaire sur un pain sans caractère, une poignée de frites, de la mayo qui goûtait vraiment la mayo industrielle, et environ deux cuillers à soupe de coleslaw. 

 

Ouin. Si vous me connaissez IRL, vous savez déjà que quelques épithètes plus ou moins religieux me sont passées par la tête à ce moment-là. Je déteste ce genre de fausse représentation. Mais au-delà de ça, plutôt qu’être vraiment fâchée, je me suis dit qu’il était plus que temps que je remette mon rapport avec la restauration et la nourriture en tant que divertissement en question.

 

Est-ce qu’on est vraiment rendus, dans la vie, à trouver ça correct de payer 20$ pour une «boîte à lunch» tout simplement parce qu’elle annonce «du terroir», où qu’elle met en vedette un ingrédient rare? Qu’elle se dit «cochonne», «épicurienne», «décadente», quand au fond c’est rien qu’une câlisse de «samouiche» en robe du dimanche? D’la bouette dans un vase Ming, ça reste d’la bouette, non?  

 

Avec le prix du homard à la baisse, en plus, cela me laisse un peu perplexe.  J’ai de la difficulté à concevoir que ce genre de prix outrancier soit devenu la norme, à un point tel qu’on est tous un peu gênés de dire notre déception au serveur. Pauvre gars, qu’est-ce qu’il aurait pu faire, au fond; il est juste là pour gagner sa croûte, et à part créer un silence «awkward» et risquer un crachat dans mon assiette, je ne pense pas que ça aurait fait quoi que ce soit que je lui dise. Je ne fais pas exception, je ne l’ai pas dit. Mais sitôt sortie de là, je suis allée manger un gros dessert, parce que non seulement j’avais encore faim,  mais j’avais l’impression d’avoir fait rire de moi. Donc, autant pousser le ridicule au bout en se faisant un petit «binge» de sucre sympathique! 

 

De la même façon, le dessert que j’ai mangé a coûté 7 dollars, pour un bout de pâte frite tartiné de sauce au chocolat cheap et de beurre de peanut. 

 

Vraiment? 

 

Je me rends compte du privilège que j’ai de pouvoir casquer tout ça sans sourciller. Cependant, je viens d’une famille modeste, et je connais la valeur de l’argent.  Et, au fond, je perçois de plus en plus le ridicule des sorties au resto que j’ai déjà tant aimées.   De plus en plus, ce que je mange me déçoit. Pas de caractère, pas assez de nourriture, ou pis encore, trop de nourriture pour rattraper une piètre qualité… des assiettées de gras frit qui se font des glorioles de risquer de boucher nos artères… Je pense que la balle a peut-être été échappée quelque part. 

 

À quel moment me suis-je mise à trouver cela correct de payer un prix de fou pour un sandwich, juste pour le manger hors de chez moi, et ne pas le faire moi-même? Est-ce que j’ai déguisé une paresse et un manque de curiosité sous une belle étiquette à la mode?

 

Le prix que j’ai payé ce jour-là en nourriture, dessert et boissons hors de la maison aurait pu m’acheter certainement un gros sac de victuailles fraîches qui m’auraient duré beaucoup plus qu’un repas.  Même, en faisant vraiment attention et en choisissant judicieusement, je me souviens avoir déjà mangé presque une semaine sur un tel budget. 

 

À quel moment c’est devenu acceptable ce cirque? Honnêtement, la prochaine fois que je voudrai faire une niaiserie pareille, j’essaierai de m’en rappeler. Je me demanderai à quel besoin je veux répondre, et je le ferai correctement. Si je m’ennuie, je me désennuie; si je suis curieuse, je me cultive; si mes oreilles sont vides, je plongerai dans la musique; si je veux m’évader, je sortirai et je lirai; et si j’ai faim, je mangerai, mais selon MES termes.  Ma façon de vivre la bouffe a changé; manger au resto pour manger au resto, ça va faire. Je veux le faire au juste prix, selon une réelle envie, pas juste pour faire quelque chose. 

 

Quand on voudra me vendre un lobster roll à 18$, ça sera non. Non à l’embourgeoisement et aux faux-semblants créés par une culture foodie qui a un peu perdu ses repères, et qui a érigé la bouffe en dieu insatiable qu’on vénère à grands coups de dollars. 

Entorse sociale

Vendredi dernier, j’ai pris une moyenne débarque en descendant de l’autobus. Je me suis foulé le pied droit, en voulant faire bien attention à mon pied gauche.

Pour faire une histoire courte, personne ne m’a aidé, même pas le chauffeur, même pas le mec qui attendait impatiemment que j’arrête de souffrir assise sur le plancher de l’autobus avec mon orteil sanguinolent. Même pas tous les gens assis sur la terrasse qui buvaient de la bière en ce beau vendredi après-midi précédent un week-end de trois jours.
En plus d’être en ********* parce que je venais de me blesser au début de ce congé bien mérité, j’étais dégoûtée par l’indifférence générale des gens.

Pas de craquement sourd de l’astragale, ni de bout d’os au travers la peau translucide de mon peton? Pas d’aide! Relève-toi, grosse maladroite.

Je suis certaine que si j’étais une belle fille, une belle «pitoune» délicate et gracile, 10 personnes se seraient précipitées pour me venir en aide, dont un généreux lot de princes sauveurs en devenir.
Mais là c’était différent. Je suis obèse morbide, et de toute façon ça me prenait trop de temps à descendre du bus, donc souffre, grosse truie. Autant assumer mon statut de self-rescuing princess.
Nevermind que j’essayais de protéger mon pied gauche, que j’avais blessé en reprenant l’entraînement trop vite.

J’ai attendu que ma brûlure d’orgueil s’apaise. La tarte à l’arrêt d’autobus qui prenait deux bancs avec ses sacs ne m’a même pas offert de m’asseoir.

J’ai clopiné jusque chez moi et j’ai lutté dans l’escalier. Mon pied, qui vient juste de subir une torsion presque complète dans un angle inhumain, a protesté et détesté chaque marche. J’ai fait les manœuvres d’usage : désinfecter la plaie, bien laver, assécher, vérifier la présence de corps étranger, mettre un pansement, surélever la jambe, mettre de la glace.
J’ai enfin pu pleurer de douleur et de rage.

Fast forward samedi matin, visite à l’urgence car pas de soulagement. Chance dans ma malchance, en deux heures et demie, je suis vue-radiographiée-conseillée-sortie. Une belle entorse. Game over : annule tous tes projets ma grande, tu as dorénavant un plan écroule pour trois jours.

Ma mère, dans toute la patience et grandeur d’âme dont elle est capable, m’amène manger du poulet. Nous n’avons rien mangé depuis ce matin. Ensuite, elle m’amène, en autobus, dans les magasins ou elle emprunte une chaise roulante pour que je puisse au moins me divertir. Durant le trajet, j’ai claudiqué entre les arrêts, j’ai eu peur de tomber à nouveau. Cependant, je me sentais vraiment impressionnée par ma mère. Je la trouvais bonne. Gentille. Elle aurait pu aller profiter du beau soleil. Je suis une sale peste qui râle, mais elle a de l’entraînement dans son métier. Je l’admire.
En sortant d’un grand magasin à rayons, une vieille conne sur le retour me demande si je n’ai pas peur de devenir paresseuse à me faire pousser comme ça. Sans l’ombre d’un sourire.

«C’est quoi ton ***** de problème?»

Jamais elle n’aurait osé si j’avais été mince. Ou âgée. Je lui brandis mon bracelet d’hôpital sous le nez alors que ma maman-tigre lui fait le regard le plus glacial que j’ai jamais vu en lui disant d’un calme olympien comme elle est une pauvre conne. Que sa fille a le droit de vivre, et qu’elle est une vraie combattante, mais qu’aujourd’hui, la gravité lui est tombée dessus.
La bougresse rit nerveusement et dit que c’était une blague, mais nous sommes déjà parties. Ma mère me roule dans une boutique beauté afin que je m’abrutisse le cerveau dans les bonnes odeurs et les petits pots.

La conasse nous rattrape pour se confondre à nouveau en excuses mais je ne l’écoute pas. Je l’éconduis vertement. Sérieusement, aujourd’hui, fuck la compréhension, ça ne me tente pas «pentoute». C’est alors qu’elle me dit qu’elle travaille comme préposée aux bénéficiaires avec des déficients intellectuels. J’ai envie de lui demander si elle pense que je suis déficiente mais je pense qu’elle est une cause perdue.

Maman – tigre lui demande si elle pense que je fais exprès, et si elle pense que ça me plaît de vivre cela, plus le regard des autres, à l’âge que j’ai. Elle lui dit mon malaise, ma gêne, et lui démontre du tac au tac comment faire une blague là-dessus est TOUJOURS une mauvaise idée. L’épaisse, qui nous fait face, bafouille qu’elle croyait que ce n’était QU’UNE cheville brisée. Je lui dis, avec un ton 0 Kelvin, que oui, c’est une cheville brisée. J’attends sa justification. Elle continue à vouloir nous conter sa vie, alors je lui dis en bon français de me «crisser patience» alors que maman-tigre, en me roulant distraitement et un peu dans le mur, lui dit qu’elle devrait clairement réviser sa façon de parler aux gens car elle en a grandement besoin pour sa carrière. Je souris en coin.

Mon visage brûle. La crétine s’en va. Je dépense du fric en retail therapy et j’apprécie infiniment la main protectrice de ma mère sur mon épaule. Elle me dit tranquillement qu’on voit bien qu’elle est juste inconsciente, etc. Mais je n’écoute plus ma petite maman pendant quelques instants, flabbergastée par la maladresse, l’inconscience et la stupidité du monde. Par le regard ingrat, et plein de jugement, que certaines personnes ont porté et porteront sur moi, parce que je daigne me divertir alors que je suis une grosse blessée. Je devrais me cacher, sans doute.

En s’en allant vers la librairie, ma mère réfléchit à voix haute sur l’expérience sociale que nous sommes en train de vivre. Je me jure silencieusement de continuer à ne jamais rire des personnes handicapées, et je regarde mon pied enflé sans chaussure. La docteure a raison, c’est une belle entorse. Sociale.

Ah, pis mange donc un char … !

À Québec, on a un réseau de transport en commun. Certes cher, certes pas toujours efficace, mais nous en avons un. Depuis plusieurs années, une hausse de l’achalandage a démontré l’intérêt d’une tranche des gens de Québec vers des moyens de transport alternatifs et durables. Bien sûr, le Réseau de Transport de la Capitale ne cesse d’augmenter ses tarifs, s’en prenant à une population majoritairement captive, et ça nous met en rogne, sans compter que si c’est si populaire comme ils le disent, je ne comprends pas pourquoi on doit payer plus cher. C’est l’un des rares domaines où je crois qu’une certaine concurrence serait saine. Il y a toujours bien des maudites limites! Si on veut que les gens sortent de leur mentalité de «charreux», il faudrait avoir des prix vraiment attractifs et une meilleure distribution de services; dans certains quartiers l’autobus ne passe qu’aux heures, la plupart des gros cinémas sont inaccessibles, et j’en passe. Cela dit, ce dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est justement du «charrisme», de tout ce qui s’y rapporte et de ce qui m’horripile.

 

Commençons par dire que j’ai 27 ans et que je n’ai pas le permis. Je suis en train de le faire, et je l’obtiendrai à l’automne. La raison principale qui fait que je souhaitais le faire, est qu’il est impossible de se déplacer décemment et à un coût honnête entre les localités du Québec. Aucun réseau de train digne de ce nom n’est présent. (Non, Via ne compte pas. Des locomotives au diesel qui puent, et qui se déplacent moins vite qu’un autobus, pour encore plus cher, non merci.) Le co-voiturage est parfois hasardeux (animaux – voyages fumeur – musique atroce – ti’mononcle qui veut discuter de son dernier parcours de golf) et par-dessus tout, je suis tannée de me faire regarder comme une extra-terrestre parce que je ne sais pas conduire. Pis encore, certaines personnes ont osé me dire qu’elles ne me croyaient pas capable de décrocher le permis. Ceux qui me connaissent , savent comment je réagis à un «tu n’es pas capable de…»; ça me fend royalement le cul et je n’endure pas cela. La seule personne qui peut décider que je ne suis pas capable de… c’est moi. Ce qui signifie que j’ai le pouvoir et la capacité de décider que je suis capable.

 

Je me bats fort, avec peu de possibilités de pratique, peu de temps, et beaucoup de peur au ventre. Mais, je vais l’avoir, ou mon nom est cochon. Et quand je vais l’avoir eu, je vais rapporter le char chez moi, le stationner tranquillement, rentrer chez moi et boire la bouteille de Chocolate Block que mon frère m’a offert. Mais non, je ne conduirai pas après. Néanmoins, durant tout ce temps où je n’ai pas le permis et où je deviens moi aussi atteinte de «charrite aigüe» (c’était pas une allergie à Jean Charest, ça?) je réfléchis à ce que ça signifie, sur Charropolis, de ne pas avoir son permis de conduire.

 

Ne pas avoir le permis…

 

C’est limitatif, car il y a des emplois auxquels on ne peut même pas postuler lorsqu’on a pas le permis. On ne sait parfois pas si c’est parce que c’est atrocement mal desservi (*tousse – boulevard Hamel et parcs industriels – tousse* ) ou parce qu’on doit s’improviser livreur une fois de temps à autre.

 

C’est chiant, parce que tu es cantonné dans ton petit coin du monde, ici sur le continent du char. C’est presque rendu plus dispendieux de ne pas l’avoir, au prix où sont l’autobus Orléans, la passe mensuelle et les services Amigo et Allo Stop de ce monde.

C’est de la marde, quand tu veux aller à quelque part qui n’est pas desservi, que tu dépends du «lift» de quelqu’un qui te fait dans les mains à la dernière minute ou qui t’amène, mais qui ne veut pas décoller alors que tu bâilles aux corneilles depuis deux heures.

C’est poche, quand tu veux voir des amis à toi, mais là, il pleut ou il neige, et ils ne veulent pas ou peuvent pas prendre l’auto. Et là… HORREUR – tu leur suggères de prendre le bus. Tu entends presque le sanglot horrifié dans leur voix. Le bus? LE BUS??? Ils ne savent pas lequel prendre. Ça va prendre 1h au lieu de 15 minutes. Ils n’ont pas de billets. Et tu ne les blâmes pas, parce que tu te dis qu’avoir un maudit char, tu ne prendrais plus le maudit bus. (Jusqu’à ce que tu découvres que tu as une peur maladive de conduire, mais ça c’est pour une autre chronique.)

C’est de la grosse bouette sale, quand tu attends à la pluie battante ou à la neige, et que trois bus accordéon bondés te passent dans la face parce que c’est le Festival d’Été ou le Carnaval. «Sortez plus, prenez le bus!» Qu’ils disaient. Bien sûr, sauf quand le prix est aussi élevé, le service aussi mal organisé, les bus pleines de monde bizarre qui sent du t’sour.

C’est triste, pour le monde «green» et zen comme moi qui n’ont pas le goût de s’accrocher le boulet du char à la patte, parce que malgré tout ça, le char, c’est un trou à cash. L’acheter, l’entretenir, le faire vivre, les plaques, le permis, les assurances, ça vous revient parfois à tout près du prix d’un autre loyer. Pour certains malchanceux comme moi, il n’y a pas de stationnement où l’on habite, et il faut soit se garer dans la rue, soit prendre une vignette, et encore, avec toutes les opérations déneigement l’hiver… c’est vraiment gossant.

En plus, ça complique tellement les choses… tu veux aller quelque part en ville, tous tes amis te disent non parce qu’il n’y a pas de TAB*** de parking. Ou encore, tu veux aller quelque part, et tu te laisses décourager parce qu’il n’y a pas de TAB*** de parking. C’est grave pareil : les gens ont tellement le transport en commun en aversion qu’ils aiment mieux ne pas aller à quelque part que le faire en autobus. Remarquez, il y a aussi plusieurs cas où ce n’est même pas possible de le faire.

 

N’est-ce pas exaspérant, tout ça? Le «charrisme», pour moi, est causé par le fait d’ avoir tout ce qu’il faut pour construire du transport vert,durable et efficace, mais ne pas le faire. À cause de cela, même les infinis résistants de la bagnole comme moi n’ont pas beaucoup le choix de se convertir, parce que c’est encore un handicap de ne pas avoir de voiture. Nous sommes engoncés dans une mentalité de char=indépendance dont on est pas près de s’affranchir, visiblement.

En outre, je soupçonne certains compagnies, main dans la main avec le lobby pétrolier, de s’installer expressément loin des accès en transports alternatifs pour faire brûler plus de gaz aux gens (*tousse – mégacentres- tousse*).

 

Moi, je suis tannée en crisse d’être obligée de savoir manipuler une boîte de tôle à 110 km/h dans les intempéries pour pouvoir aller partout avec toute la liberté souhaitée. Et je dis 110, parce si on ose respecter les limites de vitesse ou même, ô infâme acte de rébellion, être en-dessous de celles-ci, on se fait passer, agresser, klaxonner, traiter de «pépère à chapeau» par des énarvés de l’exhaust qui ne peuvent pas tolérer d’arriver 5 minutes plus tard à la lumière rouge, où ils tambourinent de rage et d’impatience sur leur steering. Mais je vais le faire pareil, parce que je me suis fait poigner dans le «charrisme» moi aussi. Pis je vais faire ma rebelle et être membre de Communauto, et repousser l’achat d’une minoune au moment le plus lointain possible.

 

Vroum-vroum, pis coudon’c… ça ben l’air, que c’est le char qui nous a mangés, finalement.

script frenzy

Bonjour fidèles lecteurs,

je me fais plutôt rare ces jours-ci. Je suis embarquée dans le Script Frenzy, et je ne reproduis pas ce que j’écris ici parce que pour le moment c’est trop sombre et je n’ai pas envie de divulguer mon côté ombrageux pour le moment. Mais, si je finis par produire un morceau de scénario convaincant qui n’est pas aussi passionnant qu’un spectacle de mousses de nombril qui volent dans un rai de lumière, je me risquerai peut-être à l’envoyer ici.

Pour ceux qui aimeraient savoir ce qu’est le Script Frenzy, voici: http://www.scriptfrenzy.org/fr. C’est un challenge à la NaNoWrimo, mais le but est d’écrire un script de 100 pages en un mois, en suivant les règles de l’écriture d’un script.  Jusqu’ici, je dois dire que je n’aime pas beaucoup ça, et que je ne pense pas me réessayer l’an prochain. Je trouve sans cesse des bonnes raisons de ne pas écrire, je trouve la forme trop contraignante, et l’impossibilité de parler des pensées et des sentiments m’horripile au plus haut point. Cela dit, j’ai rarement fait un exercice d’écriture aussi formateur que celui-là. Ça m’apprend à parler de ce que l’on VOIT, plutôt que ce que l’on devine et ressent.

Curieusement, malgré mes inclinaisons naturelles à militer, je ne me suis pas installée dans le cinéma engagé. Le sujet que j’aurais abordé est présentement  surmédiatisé et m’enflamme beaucoup trop pour que je puisse en faire un sujet objectif, sans relent d’opinion, qui me vaudrait d’être taxée de propagandiste. Comme je suis allergique à la propagande, j’ai décidé de ne pas en parler.  Suffira d’en dire que j’ai le coeur à gauche, très à gauche, que je crois en l’égalité d’accès pour tous, que je suis profondément opposée à l’idée de l’argent comme moyen d’écrémage, et que je suis débectée par les sornettes que l’administration gouvernementale en place nous sert pour justifier son comportement et son choix de payeur. Peut-être oserais-je rajouter que je vomis les radios-poubelles, leur pensée unique réductrice et le manque de culture, d’ouverture, de réflexion et de pragmatisme de ses animateurs.  J’en profiterai pour condamner TOUTE violence en passant, de quelque côté que ce soit. Et je terminerai en disant que non, je ne veux pas qu’on s’égosille sur la GR*** dans mon blogue.  Même si vous aurez tous compris que je suis un quadrilatère carmin, cet espace est dédié à mes opinions personnelles, à mes textes, ma littérature et à mes pensées; je ne souhaite pas en débattre ici, donc.

Pour en revenir à mes moutons,  l’écriture n’est pas quelque chose qui vient naturellement, contrairement à ce que je croyais. Moi qui pensais qu’être auteur était une partie de plaisir de A à Z, non, pas du tout. Le fameux syndrome de la page blanche a tôt fait de nous rattrapper, et parfois on devient tellement empêtré dans notre histoire et dans l’endroit où l’on veut l’amener qu’on a de profondes envies de «garrocher» le tout au bout de nos bras.  Plus on avance dans quelque chose de touffu et descriptif, plus on a tendance à avoir besoin de donner du «fuel» à notre écriture et c’est là que ça se corse, du moins si comme moi vous avez la recherche documentaire en horreur.   Il serait donc faux de dire que l’écriture relève seulement de la créativité; elle est aussi analytique, cérébrale, demandante, et ce, même si nous créons un univers à partir de zéro.

Justement, parallèlement à mon Script Frenzy, je travaille à une nouvelle de science-fiction pour une de mes amies, et je peux vous dire que c’est TRÈS difficile. Je ne sais pas par quel bout commencer, c’est long… on se sent un peu comme un Dieu, en train de créer l’Univers. Mais, par moments, on a quand même plus hâte au 7e jour qu’autre chose… 🙂

À bientôt, j’espère.