Déconnection, silences et flocons de neige

Bien le bonjour, lecteurs.

Au début de 2017, j’ai eu besoin de prendre une pause numérique. Paraît que c’est la mode, ces temps-ci, de vouloir se «déploguer». On a tous nos raisons pour vouloir prendre ses distances avec les médias sociaux. Pour ma part, ça été un accrochage avec une blogueuse sur une incompréhension d’un de mes commentaires. Je m’étais piètrement exprimée, et je l’ai reconnu; mais malheureusement, mon interlocutrice s’est complètement boquée et il m’a été impossible d’avoir un dialogue productif avec elle. Cet événement m’a forcé à réfléchir aux personnes avec qui j’avais été aussi rigide, tuant du même coup dans l’oeuf toute chance de conversation saine pouvant permettre de comparer des points de vue. Ça a aussi provoqué chez moi un ras-le-bol de perdre de l’énergie à argumenter avec des gens de qui je ne partage pas l’opinion.

Dans ce havre de fausses interprétations, d’impressions, de tone-policing et de prises de positions que constituent les médias sociaux, il arrive souvent que des disputent éclatent. J’observe que de moins en moins, nous sommes capables de faire preuve de tolérance et d’ouverture aux idées différentes, que l’on saute vite aux conclusions en prenant tout personnel, moi y compris. Je m’explique.

Il y a des supposées opinions que je ne respecte aucunement car elles enfreignent carrément la charte des droits et libertés ou elles oppriment carrément un groupe donné de la population, directement ou indirectement.  Il y en a aussi que je ne respecte pas parce qu’elles me semblent manquer d’humanité. Selon l’analyse psycho-sociale, je commets ici de graves fautes de moralisation et de sociologisation. C’est sûrement vrai, et je ne m’en cache pas. Mais, je trouve quand même important de m’exprimer, de réclamer le spotlight cinq minutes, et oui, de demander un peu de validation.

Il y a  des choses sur lesquelles je ne suis absolument pas négociable. Ce n’est pas une grosse surprise pour quiconque que je dise que je suis de gauche, anti pseudo-science, pour la logique et la méthode scientifique,  féministe, pour la fat acceptance, pour la diversité culturelle, pro-choix, écologiste , alliée LGBTQIA+. Sur ces sujets, je ne me battrai pas pour que ceux qui ont des opinions différentes de la mienne puissent la dire, sans toutefois prôner la censure; le monde a besoin de savoir que de telles idées existent pour efficacement les combattre.  Par ailleurs, ça me fait un chagrin infini quand quelqu’un que j’aime et que j’estime adopte une de ces opinions. Moi aussi, dans ces moments, je saute à des conclusions pas très jojo, mais la plupart du temps, je n’attaque plus; je laisse tomber et je change de sujet.

Pour certains de ces sujets, j’observe que le climat médiatique qui règne dans ma ville contribue à diviser la population, à valoriser une sorte de pensée unique populiste qui joue sur la peur, la méconnaissance et une manipulation à l’aide de demi-vérités répétées jusqu’à plus soif, et ça me choque.

Paradoxalement, je trouve de plus en plus difficile de me taire quand je lis et quand j’entends des propos qui me font réagir. Je me sens mue par une force difficile à mâter, par le goût d’ouvrir ma grande gueule, voire de m’indigner. Mais, le plus souvent, je me tais. Je me tais parce j’ai appris de mes prises de position antérieures et des moments ou j’ai fait preuve de leadership que c’est toujours le porte-parole qui se fait ramasser, qui se fait dire qu’il est hystérique, qu’on discrédite soi-disant parce qu’il est «dominé par ses émotions» et que je trouve ce genre de message extrêmement invalidant.

Par le passé, j’ai assumé des postures de leader dans plusieurs situations. J’ai été sur des conseils étudiants, j’ai été au «batte» pour défendre des idées et des personnes, pour chiâler contre de l’injustice, j’ai pris part à des manifestations, j’ai voulu lancer des mouvements et des organismes, etc. Mais maintenant? Plus maintenant. Ça ne me semble plus possible, ni productif. La flamme y est toujours, mais bien encadrée par des murs ignifuges, et alimentée à petites brindilles pour ne pas que ça devienne trop gros.

Depuis plusieurs mois, je réfléchis à une situation particulière et j’en suis venue à me forger l’opinion suivante: de plus en plus, on parle du fait de demander l’attention comme d’un geste répréhensible.  Pourtant, il n’y a jamais eu autant de moyens de se faire voir et entendre! Blogues, médias sociaux,  vidéos, sites de streaming, radios numériques… Paradoxalement, on affirme que le besoin d’être vu, entendu, validé dans ses perceptions est narcissique. Plus particulièrement, on dit qu’il s’agit d’une tare de la génération Y et des millenials qui se prennent donc bien pour de jolis flocons de neige spéciaux et qui sont trop sensibles et centrés sur leur nombril etc. À mes yeux, il s’agit de l’arbre qui cache la forêt.

Pendant qu’on s’enfarge dans les proverbiales fleurs du tapis et qu’on se crêpe le chignon entre générations, insidieusement, ceux qui n’ont aucune gêne à propager des messages haineux et dégradants le font.  Pendant qu’un groupe fait preuve de mollesse et vit avec l’idée toxique de la peur de déranger, de faire du bruit, l’autre groupe gueule de plus en plus fort, ayant même réussi à placer un parangon d’intolérance crasse et oui, je vais le dire, de stupidité, d’anti-intellectualisme et de démagogie à la tête d’une des plus grandes puissances mondiales.

Ceci m’amène à approfondir ma réflexion, en particulier au niveau des gens qui partagent mes visions et valeurs: se pourrait-il que malgré la prolifération des tribunes d’opinion, nous subissions une extrême difficulté à se faire entendre? Moi, il me semble que oui.

Nous sommes partout, nos idées sont autant affichées que celles des autres. C’est pourquoi je crois que c’est la façon dont nos idées sont représentées par l’appareil médiatique populaire actuel qui est le plus problématique.  Nous ne sommes pas sans tache, nous avons tendance à nous emporter et du coup, manquer à la sacro-sainte religion des chiffres et du concret/utilitaire. Toutefois, la question demeure. Comment se fait-il que nous soyons taxés sans arrêt d’être offensés pour rien, réduits à l’image de bébés-lala-braillards qui en demandent toujours plus plus plus?

Devant une telle hostilité, souvent, on renonce. Et selon moi, cette attitude est profondément ancrée chez nous, les petits flocons de neige spéciaux. On n’aime pas ça, la chicace. On se dit que nous ne sommes pas les hommes et les femmes qui murmurent à l’oreille des connards.   On lâche prise, souvent pour se protéger, et le fossé se creuse de plus en plus.  On est souvent épuisés, parce que porter son coeur sur sa manche comme ceci demande un énorme courage, et demande de savoir tolérer qu’on marche sur ce dernier sans scrupules et sans arrêt.

Je fais partie des petits flocons de neige spéciaux qui ont choisi le silence. Je suis, ainsi, complice de la mollesse ambiante.  Je filtre énormément l’information que je reçois et j’évite de m’exposer aux propos inflammatoires. Je me sens un peu comme les enfants qui mettent leur mains sur les oreilles en hurlant LA LA LA LA LA LA LA JE NE T’ÉCOUTE PAS. Je me suis tannée et j’ai estimé que l’activisme dont je tentais de faire preuve était devenu toxique et épuisant, sans donner de grands résultats.

Je pourrais me vanter d’avoir, moi, choisi la tolérance, mais c’est une tolérance d’apparence. Parce que je grince encore des dents devant la mauvaise foi et les idées extraordinairement étroites, si conflictuelles avec mes valeurs, que je rencontre trop fréquemment.

Je suis souvent un petit flocon de neige spécial qui n’ose pas partir la tempête du siècle. Je reste sagement assise sur mon banc de neige de banlieue, en espérant que quand le vent va se lever, je ne serai pas emportée trop loin.

Donc, je reprends du début: J’ai eu besoin de me déconnecter ,et j’ai toujours ce besoin. J’ai comme… un besoin de silence. Peut-être que dans le dialogue de sourds que j’observe présentement autour de moi, c’est ce qui manque. C’est la variable inconnue de l’équation. Est-ce qu’un peu de silence ne permet pas de progresser, parfois? D’entendre le fond de sa propre pensée? Et oui, parfois, de mettre un peu d’eau dans son vin, ou de trouver le courage d’arrêter de se taper de la bibine coupée à 75% d’eau quand on est prêt pour un grand ballon de bourgogne bien carac’?  Dans tout ce bruit, toute cette agitation, se déconnecter paraît être la panacée, l’ultime bouton «mute» à tout ce caquetage.

Durant ma brève pause, j’ai fait plusieurs réalisations, dont la principale étant: ma pause était trop courte. J’ai eu besoin de mon opinium et de mon spotlight assez vite merci. Je suis une junkie de bruit informationnel. Et me revoilà, petit flocon de neige spécial largué qui crie à tue-tête sur un mur virtuel bien insonorisé.  J’espère avoir le courage de vous redire «à plus tard» bientôt, mais pas pour le moment. Mon silence et celui de mes confrères et consoeurs d’opinion est trop assourdissant.

 

 

 

 

 

 

Game over. Try again.

Ça fait plusieurs mois, années mêmes, que vous m’entendez militer pour la santé à toutes les tailles, contre la discrimination des gros, contre le modèle de beauté unique, pour la diversité corporelle. Ça fait depuis toujours que je suis une épicurienne qui mange et boit sa vie, qui se laisse tourner la tête par l’odeur du bon pain comme d’autres par une charmante personne.  Ça fait ma dixième journée de régime.

 

HEIN!

Non. Ce n’est pas possible. Dominique, au régime? Incroyable. 

Certains sont en train de se dire que j’ai enfin retrouvé le bon sens. D’autres que je trahis les causes auxquelles je suis fidèle depuis plusieurs années et que je soutiens de mon temps et de mon argent. Il y en aura peut-être qui vont penser que je suis retombée dans le cycle du yo-yo. Il y aura sans doute des médecins frémissants de bonheur quand je leur dirai que «j’ai déjà perdu X» lorsqu’ils m’asséneront leur habituelle tirade sur l’obésité.

Mais, le fond de l’histoire, c’est que je maigris parce que j’ai mal aux pieds.  Et aussi pour m’aimer un peu plus.

J’ai une fasciite plantaire chronique. Si vous ne savez pas ce que c’est, je vous laisse «googler» ça allègrement avant de me revenir… ça fait longtemps que je vous en parle.  Disons juste que ça m’handicape. Je ne peux pas rester debout longtemps, je ne peux pas marcher longtemps, on oublie la course, et toutes activités se pratiquant pieds nus. (donc : plus de yoga non plus.) Même la nage me faisait mal, à un certain moment. Inutile de vous dire qu’être «pognée» ainsi à moins de trente ans, je ne la trouvais pas drôle.

Après avoir investi plusieurs milliers (oui, vous avez bien lu) de dollars dans des traitements inefficaces ou au succès mitigé, à mon corps défendant, je me trouve devant la dernière solution possible : maigrir. M’alléger. C’est de la physique, c’est simple : moins de poids = moins de pression.

Et, je suis en TABARNAQUE d’être dans cette galère. Oui, un gros mot de même, pour marquer mon désarroi. Je me sens perdue.

Moi qui est si prompte à dire à tout le monde que oui, on peut être en santé à toutes les tailles; que tous les problèmes que les gros ont, les minces les ont aussi; que la corrélation entre le poids corporel élevé et les maladies chroniques sont une corrélation, PAS un lien de cause à effet et que le facteur «évitement du docteur qui me rabâche les oreilles» influence très fort la santé des patients obèses, moi la grosse qui a l’air de s’assumer… il a fallu que le problème que j’avais refuse obstinément de se régler, tant et si bien que je m’en suis  vidé les poches sur toutes les alternatives possibles, avec un maigre (pardon!) taux de succès. Et que la solution finale… soit la perte de poids.

Laissez-moi juste vous dire que la dissonance cognitive que j’expérimente actuellement est assourdissante.  Je ne m’entends plus penser parmi le vacarme que font mes pensées envahissantes. J’ai l’impression d’échouer à deux millions de niveaux en même temps.  

J’ai vécu de la thérapie pour mes compulsions alimentaires. Je les ai vaincues. J’ai été conseillée par des thérapeutes, des nutritionnistes. J’ai essayé autant comme autant de faire ma vie en grosse.  Mais, j’avais comme… une épine au pied.  Je me disais que je pouvais manger ce que je voulais, quand je voulais. Que je viendrais à bout de toutes mes obsessions alimentaires comme ça. J’ai presque réussi, bien qu’il y ait encore des aliments qui me feraient perdre les pédales. 

J’ai vécu un moment d’insight après avoir pris la décision de maigrir. La belle phrase que je dis souvent, «il n’existe pas de recette universelle de la santé», je ne me la suis pas appliquée à moi. Après mes thérapies, je me suis élevée contre toute sorte de contrôle alimentaire. Mon ancienne mentalité de «serial dièteuse», mon cœur meurtri par les commentaires désobligeants sur mon poids, je voulais les laisser en arrière. J’ai même cassé ma balance en thérapie. Cependant… je pense que j’ai peut-être manqué de lucidité ou des conseils; entourée d’autres patientes qui devaient pour la plupart arrêter de se restreindre, j’ai essayé de dire non à toutes les restrictions. Malheureusement,  moi, je ne peux pas faire ça.

Eh oui : non, Dominique, tu ne pourras jamais manger ce que tu veux en tout temps ET être en santé parce que ton corps engraisse trop vite, trop facilement, et malheureusement, NON, tu ne fais pas partie des personnes qui sont en parfaite santé quand tu es trop grosse.

Oui, je mangeais bien mieux depuis deux ans.  Mon cholestérol était  beau, ma pression artérielle était belle. Mais, j’avais toujours mal à MON MAUDIT PIEDJe ne pouvais pas faire de sport parce que j’étais toujours blessée. C’était un cercle vicieux : je ne peux pas faire de sport parce que je suis blessée, donc je m’alourdis, donc je me blesse encore plus. J’avais réussi à me stabiliser et même perdre de la graisse au cours des derniers mois mais l’aiguille ne bougeait pas. De toute façon je m’en fichais éperdument, c’est-à-dire j’essayais de m’en ficher. Mais je n’y parvenais pas. Par ailleurs,  je recevais certains signaux d’alarmes que mon corps m’envoyait depuis un bout par rapport à mon sucre sanguin, si je suis complètement honnête.

Au travers de tout ça, malgré les thérapies à la douzaine, je ne m’aimais pas. Je n’arrivais pas à accepter que je sois, oui, aussi grosse que cela. Mon image me dégoûtait. Je faisais croire que je n’en avais rien à foutre, mais il y avait une petite voix qui me disait que je mentais, et elle avait raison.

C’est donc le cœur lourd et l’esprit confus que j’ai décidé de faire ma dernière diète, celle qui me permettra de perdre rapidement, pour recommencer à faire du sport et à bouger, marcher partout, danser, ne plus paniquer ou changer de trajet d’autobus quand je ne peux pas avoir de place assise. Celle qui me permettra d’avoir un résultat rapidement, et ensuite de me stabiliser par la bonne alimentation et l’exercice régulier. Je n’entrerai pas dans les détails mais ça me coûte cher, c’est drastique, et ce n’est pas facile. Entre autres choses découvertes, je me suis rendu compte que je suis une «abstentionniste» plutôt qu’une «modératrice», c’est-à-dire que je trouve plus facile de m’abstenir totalement de quelque chose plutôt que d’en consommer modérément. Eh oui. Malgré tout ce qu’on m’a dit, malgré tout ce qu’on entend que s’interdire quelque chose c’est lui donner encore plus de pouvoir… je ne sais même pas pourquoi je suis surprise, j’ai toujours été une fille d’extrêmes. Peut-être qu’il faut que je repasse par là pour réussir à me satisfaire davantage avec des petites quantités, je ne sais pas. Par après, je ne pourrai JAMAIS recommencer à manger comme je le faisais. Oui je mangeais bien, mais sûrement trop, et trop de sucres, d’alcool, de resto.  Ma vie sociale est articulée autour des restos et des cafés; il m’appartiendra de trouver une solution hybride qui me permettra de les aimer encore, mais de les fréquenter moins, en les remplaçant par d’autres activités. C’est là que mes habitudes d’alimentation en pleine conscience , de déguster, reviendront en jeu, saupoudrées de quelques structures nécessaires à ce que mon corps soit dans une zone qui lui convient à lui aussi.

Il y a quelque chose, cependant, que je veux clarifier : je vais TOUJOURS être une supporter de Health at Every Size, de la size acceptance, de la diversité corporelle. Ce n’est pas parce que moi, je n’avais pas la possibilité d’être en santé et heureuse au poids où j’étais, que c’est la même chose pour tous les autres. Je ne commencerai pas à faire de l’évangélisme de diète, à vous dire combien je me sens mieux depuis que j’ai perdu X, à vous gaver de photos avant et après.  Alors, svp, si ce que vous êtes en train de penser c’est «évidemment, elle a enfin compris qu’on ne peut pas être gros et heureux, etc. » bien passez votre chemin. Je vais toujours être grosse, au sens clinique du terme, aussi. Je n’ai pas le désir de la minceur absolue. J’ai juste envie de revenir à un poids qui me permet d’avoir ma vitalité, mon énergie, tout en conservant une part de gourmandise et d’hédonisme.  J’espère que ce n’est pas trop demander.

Il n’existe pas de solution toute faite pour les problèmes complexes, point barre. La diversité humaine ne permet pas une telle utopie. Il appartient à chacun de décider ce qui est bon pour lui en toute connaissance de cause.  En bon français : CHACUN EST LE BOSS DE SES PROPRES BOBETTES.  

Si j’écris cela aujourd’hui, c’est parce qu’en plus d’être fatiguée, effrayée, confuse, et d’avoir peur de me faire taxer d’hypocrisie, je pense aussi aux autres personnes comme moi qui vivent ce genre de conflit interne, et qui cherchent un peu au fond d’eux le courage de prendre les moyens qui s’imposent, et ce, sur quelque sujet que ce soit.  

Ça m’a pris beaucoup d’humilité pour écrire ça. J’en profite pour vous dire que si vous voulez m’envoyer un petit mot d’encouragement par courriel, ou un petit commentaire positif… ils seront les bienvenus.

 

Spécial de Noël: le contentement vu par une bouddhiste.

Chers lecteurs, en cette période des fêtes, j’aimerais vous faire part d’une petite réflexion que j’ai entamée il y a un certain temps. En tant que bouddhiste, je respecte les autres traditions, et ayant grandi dans une tradition chrétienne, Noël est quand même une période importante pour moi, un moment où je souhaite être plus proche de ceux que j’aime et qui m’aiment. C’est aussi un moment où je me sens plus introspective.

Tout récemment, je discutais avec une amie qui se questionnait à savoir si elle n’était pas paresseuse en acceptant une offre de stage rémunéré dans une ville qu’elle connaissait à l’étranger, offert par le biais de connaissances. Elle voyait tous ses amis aller dans des boîtes de renom très importantes, et avait peur de «se résigner» en acceptant l’offre qu’elle avait eu.  Je lui ai répondu qu’elle ne se «résignait» pas, mais se «contentait», tout en se donnant des conditions optimales pour obtenir de très bonnes notes et références pour son stage, car n’ayant pas à se soucier de sa subsistance et étant dans un environnement familier, ce serait beaucoup plus confortable pour elle. Qui plus est, elle pourrait plus librement personnaliser ses activités de stage et avoir des gens plus attentifs à ses besoins d’apprentissage, contrairement à une grande boîte ou elle aurait pu aligner les soixante heures semaines à ne rien faire d’autre que gratter du papier et jouer les petites mains. 

Le fait qu’elle se soit automatiquement comparée à ses collègues, et qu’elle remette en question une si belle opportunité sur le principe que c’était paresseux et un geste de résignation d’accepter une offre obtenue par cooptation m’a porté à réfléchir et à méditer sur la nature du contentement et la valeur de la souffrance.

Dans une telle condition, penser plus petit, plus proche, est peut-être la voie à suivre. Lorsque quelque chose nous est offert gracieusement, l’accepter est un signe de gratitude envers la vie; ce n’est pas de la résignation.  Trop souvent, et à tort, nous avons l’impression que quelque chose ne peut avoir de valeur que si nous avons souffert et travaillé très fort pour l’obtenir. Ce faisant, obnubilés par le mérite, nous passons à côté d’opportunités qui auraient pu nous faire grandir, nous transformer et nous enrichir. 

Cette idéologie provient de notre vieux fond judéo-chrétien, qui nous porte à croire que rien qui nous vient naturellement ne peut être valable. Une tradition laborieuse a ses bons côtés en incitant les gens au travail, mais elle comporte sa part d’ombre dans le masque qu’elle impose au contentement. Il n’y a pas, je répète, il n’y a pas de valeur ajoutée à souffrir pour obtenir quelque chose.  Cela ne rend pas l’obtention plus glorieuse ou plus justifiée. En contrepartie dévouement, l’effort juste et l’attention juste portée à une cause nous élèvent. Cependant, si les parvenus et opportunistes de ce monde nous semblent parfois privilégiés et inconscients, ce n’est pas toujours le cas. Comme nous sommes rapides pour dégainer le spectre de la perte de valeur par facilité!

Chaque moment de notre vie, nous sommes submergés par des messages qui nous intiment de «Viser plus haut! Vivre notre rêve! Suivre nos cœurs et nos passions!» C’est merveilleux, mais n’est-ce pas là une négation de la possibilité d’être satisfait?  Parfois, la résignation et le contentement se ressemblent beaucoup, à un point tel qu’on ne fait plus la différence.  Le contentement n’est pas mauvais en lui-même, et il s’apprend. Se contenter, c’est se libérer un peu plus de l’emprise de nos désirs, parfois inatteignables, même si on les souhaite tellement du plus profond de notre cœur. 

La phrase «Quand on veut, on peut» m’apparaît de plus en plus comme une fausseté relevant de la pensée magique. Je ne dis pas cela emportée par un élan de pessimisme, mais plutôt de clarté mentale; vouloir, ça ne fait pas tout. Nous devons vivre avec les chances qui nous sont données aussi, et l’ensemble des possibles qui nous est offert. Il faut prendre la responsabilité de notre bonheur, soit; mais plutôt que se fixer un idéal après lequel courir sans arrêt, pourquoi ne pas regarder tout près?  À force de plisser les yeux pour voir au loin, on ne voit pas que notre bonheur est assis sur notre nez.

Se contenter, c’est avoir assez de respect pour soi-même et ses accomplissements pour s’en reconnaître la valeur. Loin de moi l’idée de laisser tomber des ambitions positives, mais il me paraît primordial de voir davantage ce que nous possédons déjà et d’en être satisfait. À partir du moment où nous sommes satisfaits, nous libérons notre esprit de la soif du «plus», et lui donnons plus d’espace pour les «comment» et les «pourquoi» qui jalonnent notre existence.

Mes chers lecteurs, je vous souhaite d’agréables fêtes de fin d’année, et de trouver la satisfaction, la paix d’esprit et le contentement dans vos vies de tous les jours. Que votre existence vous permette de les atteindre, et de les garder.

Paix, amour et sérénité!

Dominique

B.A.

B.A. Bonjour docteur. Vous allez bien? Pas moi. Pas étonnant, vous dites, puisque je suis dans votre bureau. Ah, mais étonné, vous allez l’être. Parce qu’aujourd’hui, je viens pour vous soigner. Vous avez, je pense, une maladie grave. Non? Vous me trouvez effrontée? Vous pensez que je suis mythomane? Fort bien.

 

Aujourd’hui, docteur, je suis dans votre bureau pour vous aider à soigner votre grossophobie. Avant de me jeter dehors, laissez-moi la chance de m’exprimer.

 

Vous souvenez-vous de moi, docteur? J’avais douze ans. J’étais arrivée dans votre bureau parce que je me sentais fortement fatiguée depuis plusieurs semaines. Sans plus d’autres mesures formelles, vous m’aviez pesée, et déclarée obèse morbide, au nom du père, et du fils, et du sacro-saint IMC. Vous m’aviez dit que je mourrais tôt. À l’âge canonique de 28 ans, je viens vous dire que vous avez tort.

 

Pardon? Ce n’est pas ce que vous avez dit? Oui, c’est ce que vous avez dit. Je me souviens de tout jusqu’à la couleur de votre chemise, et votre allure supposément bienveillante quand vous m’avez sentencé de mort et de paresse.

 

D’autres parangons de tact et de bonté se sont chargés de poursuivre votre bon travail. À tel point, qu’aujourd’hui j’ai peut être vraiment une maladie incurable, hors du verdict G.R.O.S.S.E. et je ne le sais pas, parce qu’à moins d’être déjà partiellement morte, je ne vais plus chez le médecin. Ça vous surprend? Donner le bâton pour me faire battre n’est pas dans mes intentions, docteur.

 

Une de vos consoeurs me disait, il y a quelques années, que je manquais de volonté. Savez-vous ce qu’on entend, quand on a un trouble alimentaire, et qu’on se fait dire cela? On se sent comme une grosse limace salée. Ça fait mal. On se sent invalidé. Et on se sent floué, parce que la personne qui devrait délivrer l’antidote nous a filé le poison. On apprend à se détester un peu plus.

 

Assumer sans validation qu’un être est gravement malade parce qu’il est corpulent, est un symptôme de grossophobie classique, déguisé sous une bonne intention. Annoncer à un obèse qu’il est gros, en plus d’être une lapalissade, fait plus de tort que de bien. Un gros en visite pour une otite n’a pas besoin de se faire chauffer les oreilles de plus belle par ces mots qui vous semblent peut-être banals, et issus de votre devoir de «réveiller les patients». La société lui renvoie à coeur de jour le fait que son corps n’est pas souhaitable, pas désirable, pas adéquat, et qu’il est à risque de mourir au coin de la rue. Non docteur, pas besoin de lui donner un dépliant sur la chirurgie bariatrique. Il connaît déjà toutes ses options de mutilation du tube digestif et ne veut pas forcément de votre anneau, bien qu’il apprécierait sans doute être traitée en seigneur dans votre bureau. Pour ce symptôme, je vous suggère une dose d’anti-préjugique, et une friction d’ouverture d’esprit. Vous pouvez également prendre une petite pilule de compassion.

 

Un autre symptôme marquant de votre affliction, docteur, est la confusion entre les termes «obèse» et «stupide». Vous n’êtes pas d’accord avec moi? Je vous explique… chaque fois que vous vous lancez dans un discours sur le sport et l’alimentation avec un gros, ça finit toujours par sonner comme une suspicion d’imbécilité. Honnêtement, il faudrait être coupé du monde et de la société pour ne pas savoir que le fast-food, à long terme, ce n’est pas bon. Idem pour le fait de consommer plus de fruits et de légumes, moins de viande et de gras, moins d’aliments transformés, et de diminuer les portions. Franchement! Ils savent tout cela. Ils sont gros, pas ignares. Quelques milligrammes d’anti-stéréotype avec une petite goutte de lucidité de plus pourront vous sauver.

 

La grossophobie s’accompagne souvent du syndrome toulemondesé. Toulemondesé qu’être gros c’est mauvais. Toulemondesé que l’obésité cause le diabète. Toulemondesé qu’il suffit d’absorber moins d’énergie qu’on en dépense. Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que ces énoncés sont des mythes. Il existe des obèses métaboliquement sains, l’obésité est corrélée au diabète mais dans un dilemme d’oeuf et de poule, et nous ne sommes pas tous égaux devant les calories, qui sont une mesure arbitraire. Documentez-vous. Sortez de vos pantoufles, docteur. Une mesure d’actualisation des connaissances et une autre d’objectivité intellectuelle comme remède.

 

Questionnez-vous, docteur, de grâce (sans mauvais jeu de mot.) L’obèse en face de vous existe en dehors de son gras. C’est une personne, avec un historique, un vécu, des sentiments, qui mérite d’être traitée de la même façon qu’une autre plus frêle. Gros, ce n’est pas un diagnostic. «Maigrissez» ce n’est pas une prescription. Prescririez-vous un médicament qui a un taux d’échec de 95%? Non? Eh bien, c’est la situation pour la plupart des gens qui perdent du poids; celui-ci revient au galop. Pensez-y, docteur. Avant de dire que c’est facile et simple… Passeriez-vous votre vie à compter des points, vous? Avez-vous une heure et plus par jour pour suer sur un tapis, sans relâche? Sérieusement. Ah, peut-être que vous n’avez jamais pensé que les gros font du sport, et parfois plus que les minces…et qu’ils mangent souvent moins mal car plus conscients des impacts directs sur leur santé de la malbouffe. Je crois que nous avons là un autre symptôme. Une petite piqûre de réalisme pour vous.

 

En partie grâce à vos bons soins et ceux de vos collègues, docteur, j’ai eu le bonheur de développer un trouble alimentaire. Je mangeais la nuit. En cachette, parce que j’avais honte d’être une grosse truie morbide. Je voulais me cacher. Je ne voulais pas qu’on sache. Je voulais être un B.A, un bourrelet anonyme. Mais plus maintenant.

 

Aujourd’hui, je vis avec mes bourrelets assumés, et je viens vous soigner.

 

 

La valeur d’un lobster roll

Salut à toi, cher lecteur.  Mon rapport plus que sporadique avec mon blog atteint des sommets.  Aujourd’hui, mon sujet du jour est une critique resto. Comme je suis une gourmande accomplie,  j’ai le goût de te parler de mes découvertes bouffe, sans toutefois devenir «un autre crisse de blogue de foodie». Je vais te parler d’une récente expérience que j’ai eue, qui m’a laissé perplexe, et qui me fait remettre en question ma «foodieness» assumée.  

 

Mise en contexte: Dimanche, comme à l’habitude avec Chéri on ne savait pas qui faire, alors on a décidé d’aller faire les galeries d’art et d’aller au resto. Les galeries c’était créatif, mais le resto, c’est toujours ce qu’on fait quand on ne sait pas quoi faire. De galerie il n’y eut point, parce que nous sommes partis beaucoup trop tard de la maison.  Comme Piteurpanne ici présente n’aime pas être une cliente fatigante, elle a eu beaucoup de mal à se décider sur un endroit, et à bout de ressources, a décidé d’aller au Cochon Dingue sur le boulevard Champlain, à la suggestion de son doux. 

 

Pour mettre la table (!) je n’ai jamais été une fan de cet endroit faussement rustique, qui se dit «cochon» mais manque cruellement de «dingue» à mes yeux et à mes papilles.  

 

C’était la troisième, et dernière chance que je donnais à cet endroit de me suprendre et/ou de me satisfaire. Malheureusement, ça n’a pas passé le test.  

 

Ça faisait un bon bout de temps que j’avais le goût de manger des lobster rolls. C’est donc cela que j’ai pris. Comme l’assiette était au-dessus de 18$, je me suis imaginé, à tort, une assiette plantureuse qui conviendrait à ma grand’faim du moment. Malheureusement, ce que j’ai reçu était un petit roll très ordinaire sur un pain sans caractère, une poignée de frites, de la mayo qui goûtait vraiment la mayo industrielle, et environ deux cuillers à soupe de coleslaw. 

 

Ouin. Si vous me connaissez IRL, vous savez déjà que quelques épithètes plus ou moins religieux me sont passées par la tête à ce moment-là. Je déteste ce genre de fausse représentation. Mais au-delà de ça, plutôt qu’être vraiment fâchée, je me suis dit qu’il était plus que temps que je remette mon rapport avec la restauration et la nourriture en tant que divertissement en question.

 

Est-ce qu’on est vraiment rendus, dans la vie, à trouver ça correct de payer 20$ pour une «boîte à lunch» tout simplement parce qu’elle annonce «du terroir», où qu’elle met en vedette un ingrédient rare? Qu’elle se dit «cochonne», «épicurienne», «décadente», quand au fond c’est rien qu’une câlisse de «samouiche» en robe du dimanche? D’la bouette dans un vase Ming, ça reste d’la bouette, non?  

 

Avec le prix du homard à la baisse, en plus, cela me laisse un peu perplexe.  J’ai de la difficulté à concevoir que ce genre de prix outrancier soit devenu la norme, à un point tel qu’on est tous un peu gênés de dire notre déception au serveur. Pauvre gars, qu’est-ce qu’il aurait pu faire, au fond; il est juste là pour gagner sa croûte, et à part créer un silence «awkward» et risquer un crachat dans mon assiette, je ne pense pas que ça aurait fait quoi que ce soit que je lui dise. Je ne fais pas exception, je ne l’ai pas dit. Mais sitôt sortie de là, je suis allée manger un gros dessert, parce que non seulement j’avais encore faim,  mais j’avais l’impression d’avoir fait rire de moi. Donc, autant pousser le ridicule au bout en se faisant un petit «binge» de sucre sympathique! 

 

De la même façon, le dessert que j’ai mangé a coûté 7 dollars, pour un bout de pâte frite tartiné de sauce au chocolat cheap et de beurre de peanut. 

 

Vraiment? 

 

Je me rends compte du privilège que j’ai de pouvoir casquer tout ça sans sourciller. Cependant, je viens d’une famille modeste, et je connais la valeur de l’argent.  Et, au fond, je perçois de plus en plus le ridicule des sorties au resto que j’ai déjà tant aimées.   De plus en plus, ce que je mange me déçoit. Pas de caractère, pas assez de nourriture, ou pis encore, trop de nourriture pour rattraper une piètre qualité… des assiettées de gras frit qui se font des glorioles de risquer de boucher nos artères… Je pense que la balle a peut-être été échappée quelque part. 

 

À quel moment me suis-je mise à trouver cela correct de payer un prix de fou pour un sandwich, juste pour le manger hors de chez moi, et ne pas le faire moi-même? Est-ce que j’ai déguisé une paresse et un manque de curiosité sous une belle étiquette à la mode?

 

Le prix que j’ai payé ce jour-là en nourriture, dessert et boissons hors de la maison aurait pu m’acheter certainement un gros sac de victuailles fraîches qui m’auraient duré beaucoup plus qu’un repas.  Même, en faisant vraiment attention et en choisissant judicieusement, je me souviens avoir déjà mangé presque une semaine sur un tel budget. 

 

À quel moment c’est devenu acceptable ce cirque? Honnêtement, la prochaine fois que je voudrai faire une niaiserie pareille, j’essaierai de m’en rappeler. Je me demanderai à quel besoin je veux répondre, et je le ferai correctement. Si je m’ennuie, je me désennuie; si je suis curieuse, je me cultive; si mes oreilles sont vides, je plongerai dans la musique; si je veux m’évader, je sortirai et je lirai; et si j’ai faim, je mangerai, mais selon MES termes.  Ma façon de vivre la bouffe a changé; manger au resto pour manger au resto, ça va faire. Je veux le faire au juste prix, selon une réelle envie, pas juste pour faire quelque chose. 

 

Quand on voudra me vendre un lobster roll à 18$, ça sera non. Non à l’embourgeoisement et aux faux-semblants créés par une culture foodie qui a un peu perdu ses repères, et qui a érigé la bouffe en dieu insatiable qu’on vénère à grands coups de dollars.