Comment je suis devenue une tête flottante, partie 1.

Cet article m’a demandé beaucoup de courage pour l’écrire. Je vous demande de rester gentils et sensibles dans les commentaires. C’est surtout pour me libérer et parce que c’est important d’en parler que je l’ai fait. Peut-être aussi pour avoir des encouragements, d’autres témoignages. Allez, je me lance. 

«J’ai tellement pleuré en écoutant ce film!»

«C’est vraiment une série dure à regarder… vraiment splendide!»

«Une série dramatique dont on ressort bouleversé.»

« Un roman percutant, qui exploite toute la gamme des émotions!»

 

Ceci n’est pas un extrait des dernières critiques littéraires et cinématographiques du journal.

C’est un exemple du genre d’annonce qui, pendant longtemps, me faisait systématiquement fuir une œuvre donnée. Je m’expliquais en fanfaronnant un peu : «Ah, moi le drama, la maudite guimauve dégoulinante romantique et autres dégâts de sentiments, ça m’intéresse pas.» J’étais fière d’être une de ces femmes qui détestent les films d’amour, les comédies romantiques et les drames.

J’ai toujours été une grande émotive. Je me sentais touchée par probablement tout ce qui peut être touchant, et même par ce qui était considéré banal par mes semblables

Il peut sembler paradoxal pour une personne hypersensible de se tenir loin de ces sources d’émotion vive, surtout si cette personne a un côté artistique fort.   Pourtant, ça n’est pas si farfelu quand on y pense;  au-delà de l’évitement, il peut aussi s’agir d’une façon de se protéger.  Ça peut aussi être un indice que quelque chose ne va pas, quand on ne peut plus s’exposer à cela.

On m’a souvent reflété que j’étais «mélodramatique». Trop intense.  Que j’exagérais. Que j’en mettais plus que le client demande. Pourtant, dans mon cœur et dans mon esprit, ces émotions étaient bien réelles, et vraiment, elles était aussi fortes que je le laissais transparaître.  Pour donner un exemple archi-galvaudé, je pouvais être émue aux larmes par un coucher de soleil. Ou encore, je pouvais me sentir vraiment appelée par tel ou tel mouvement spirituel, me sentir interpellée par la réalité d’autres cultures, me sentir profondément révoltée par les coutumes misogynes que je pouvais observer, etc.  De la même façon, je pouvais réellement me retrouver le cœur brisé après m’être pris un énième râteau. (Pour la petite histoire, je n’étais vraiment pas populaire avec les garçons, mais j’avais les tripes de «dire clairement mon intérêt». Quand je vois les belles phrases de mansplaining comme quoi ça serait tellement le fun si on faisait les premiers pas parfois, si on avouait simplement nos sentiments… ça me donne envie de hurler car la plupart du temps quand je le faisais, je me faisais copieusement ridiculiser ou insulter pour avoir proclamé mon intérêt, mais bon – ce n’est pas ça le sujet de mon article d’aujourd’hui. )

Bref, vous avez compris : j’avais le volume des émotions à + 10 000 tout le temps.

Naviguer ces eaux tumultueuses n’était pas évident car je recevais un double message : d’un côté, c’était bien d’être passionnée, authentique, transparente, mais de l’autre… pas trop. C’était mieux de se tenir tranquille, de ne pas faire de vagues, de ne pas parler des émotions trop intenses que je ressentais sous peine de me faire dire des choses que je trouvais infantilisantes ou invalidantes. Peut-être que dans le fond, les gens voulaient  juste alléger mon malaise, mais ça ne fonctionnait pas très bien.   Plus le temps passait, plus j’avais l’impression que quelque chose clochait chez moi.  C’était épuisant de toujours voler d’un extrême émotif à l’autre.  Quelque part dans ma vingtaine j’ai décidé de consulter parce que ça me sortait par tous les pores de la peau, et je me sentais malheureuse. Prise dans une tourmente qui comprenait une relation passionnelle à distance avec un européen, des études qui ne m’intéressaient pas vraiment, une identité à définir et des projets à bâtir, je me sentais dépassée. Après plusieurs rencontres différentes, l’ultime rencontre avec une psychiatre a eu lieu et on m’a donné un espèce de «pas-diagnostic» : je présentais «des traits limites et histrioniques mais sans trouble de la personnalité».  Ce que mon coeur a entendu, c’était encore «tu en mets plus que le client demande, tu es trop exigeante et émotive, excessive, etc.».  Donc j’ai décidé de me faire soigner.

Fast forward quelques années plus tard, avec une rupture atroce, un abandon d’études et plusieurs emplois plus ou moins satisfaisants derrière la cravate, je ne vais pas réellement mieux, mais je ne m’en rends pas compte car AU MOINS je ne suis plus hypersensible. Je suis une machine à rationaliser. Je ressens beaucoup de fierté à être perçue comme forte, cérébrale, intellectuelle, solide.   J’ai une nouvelle personne dans ma vie à qui je refuse de m’attacher et avec qui je prétends que ça restera simple, que je ne me laisserai certainement jamais prendre à tomber en amour à perdre le nord encore une fois. (pour faire court, ce quelqu’un est mon mari aujourd’hui. So much pour garder ça simple 😉 ) Je poursuis toujours mon chemin, une petite thérapie ici, une autre là, yoga, livres de self-help, changements d’alimentation, etc. J’achète une maison. Je change encore d’emploi. Je travaille à mon compte. Je trouve des clients, mais finalement ça ne tourne pas comme je voudrais. Je trouve ma job de rêve puis je la perds par manque de travail.  Je me marie.  Je trouve un nouvel emploi qui finalement s’avère excellent pour mes besoins actuels, et où je suis aimée et appréciée. Mais ça ne va toujours pas, au fond.

Je ne ressens pas grand chose. Je ne suis pas capable d’identifier ce que je veux. Pas beaucoup d’intérêts durables. Pas de passions, de rêves, de projets fous ou plus sérieux. Pas d’espoirs. Je vis au jour le jour, et pour ressentir vraiment des émotions il faut que celles-ci soient fortes en TA*****! (Ne vous inquiétez pas, j’ai pleuré le jour de mon mariage et je tremblais tellement que je ne réussissais pas à signer le registre!)

Mon cœur ne parle pas assez fort pour que je l’entende. Mon moral se détériore. Ma créativité est à zéro, ce qui me lance un sérieux signal d’alarme. Une autre pile de défis personnels me tombe dessus et je décide de retourner aux études et d’entreprendre plusieurs activités hors-travail pour être sûre de ne pas avoir le temps de penser.  Un peu plus tard,  l’énergie à zéro, je retourne consulter.  Après quelques rencontres, deux hypothèses principales émergent :

  • Est-ce que, par hasard, on aurait essayé de tuer une mouche avec un bazooka, avec la thérapie de 2 ans pour les hypersensibles/TPL qu’on m’a conseillé de suivre, est-ce que ça se peut qu’au lieu de baisser le volume des émotions… j’avais fermé la valve au complet?
  • Est-ce que ça se peut que mon identité diffuse, mon manque de goût de l’effort… aient le droit d’exister, mais que j’aie le droit de ne pas les écouter? Que je puisse décider de poser des gestes sans tout analyser à outrance, sans tout comprendre, et sans autre raison qu’avoir le désir de les poser?

Je revoyais dans ma tête cette fantastique bande dessinée d’Allie Brosh, et je comprenais des choses. J’ai eu peur. Je ne voulais pas me rendre dans le trou du désespoir où elle avait été. Je me sentais dépassée par un tas de nouveaux défis et problèmes qui étaient apparus tous en même temps. Il fallait que je réapprenne à ressentir, que j’arrête d’être juste une tête flottante désincarnée, détachée du reste de mon corps, incapable de poser des limites à qui que ce soit par peur de décevoir, incapable de me donner du temps et dévorée par la question «À quoi bon???»  J’en ai eu assez de mon angoisse existentielle, de ce gros «rien» qui habitait dans mon ventre et qui cachait TOUTTTTTTTTTTEEEEEEEEEEEEEE les émotions que j’avalais.

Et j’ai décidé d’ouvrir la porte.    À suivre…

Prétendre

Chers lecteurs… il me semble que je commence chaque chose que je poste ici par des excuses de ne pas avoir posté depuis si longtemps. Eh bien, ce temps est désormais révolu. Aujourd’hui, je ne m’excuserai pas. Je vais assumer mon silence et mon absence. L’inspiration ne se commande pas, et il est hors de question que je laisse mon rapport avec l’écriture se détériorer car j’en fais une obligation ou une course à la performance.

J’ai décidé de venir vous écrire aujourd’hui. Je ne sais pas si la prochaine publication sera dans deux heures, trois semaines, deux ans. Je vais rester dans l’ici maintenant.

Récemment, j’ai repensé à un livre dont j’avais vu le titre, et que je n’ai finalement jamais acheté. «Cessez d’être gentil, soyez vrai!» par Thomas d’Ansembourg. Peut-être n’étais-je pas prête à le lire jusqu’à aujourd’hui, mais toujours est-il que j’ai la ferme intention de me le procurer.

Je suis un être de performance. Depuis toute jeune, j’ai saisi assez vite que si j’étais excellente dans quelque chose, ça me valait de la reconnaissance de mes pairs, de l’attention. Ma soif de reconnaissance, de validation et d’acceptation m’ont nui.

Pendant de longues années, j’ai été l’oreille et la conseillère de tout le monde, et j’ai été entourée de gens qui avaient toujours besoin de moi, mais jamais de temps ou d’empathie pour moi. Lorsque j’ai changé, assez drastiquement, on m’a reflété que je n’étais plus la bienvenue dans mon cercle d’amis d’alors.  J’ai donc changé de cercle d’amis, et ce fut chose du passé. J’eus la chance de changer de niveau scolaire en même temps et d’intégrer un programme ou je pouvais me rouler dans l’admiration de mes pairs car j’y étais naturellement douée.  Ensuite, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon premier chum sérieux. Je buvais ses paroles et j’étais prête à tout pour exister dans son regard, pour qu’il voit d’autre chose que «one of the guys». J’ai fini par gagner son coeur en partant avec un de ses amis. Après avoir laissé  l’ami en question et avoir passé plus d’un an avec le gars que je croyais parfait, la relation s’est terminée assez laidement. J’avais fait de bien mauvais choix, perdu de vue toutes mes amies, alors je devais recommencer une nouvelle campagne de séduction et de performance. Vous voyez un peu le pattern?

Encore aujourd’hui, je me rends compte que mon estime personnelle est intimement liée à l’acceptation des autres, mais aussi à ma capacité à me différencier. J’ai perdu, quelque part, mon aptitude à trouver mes besoins aussi importants que ceux des autres. J’ai toujours l’impression que c’est égoïste.

Suite à une conversation que j’ai eue avec une personne dont l’opinion possède une certaine valeur à mes yeux, j’ai ressenti une grande frustration. Oui, c’est vrai que j’ai besoin de me différencier, d’être unique, de briller pour sentir que j’existe réellement. Mais est-ce si mal? Là où je ne  suis pas d’accord, c’est lorsque les prétentions embarquent. Je crois avoir le droit d’être telle que je suis, et je crois que personne d’autre que moi-même ne peut réellement savoir ce que je ressens, ce que je vis et ce que je souhaite. Mais alors, pourquoi l’opinion des autres, leur vision de moi m’importe tant? Le simple fait que je sois si préoccupée par ce que j’estime être des prétentions non avérées démontre tout de même que la personne qui m’a confronté raison sur un point: je laisse beaucoup trop rentrer d’influence, et je ne me respecte parfois pas assez pour mettre des limites sans en concevoir une culpabilité énorme. Chiotte! Toujours choquant quand quelqu’un a raison n’est-ce pas.

Tant qu’à être en début d’année, aussi bien prendre une résolution: celle d’être moins gentille, mais d’être davantage vraie. Je vais aussi prendre celle de développer ma maîtrise de l’art ancien du So What. Je ne sais pas encore combien de temps ça va  m prendre, mais je vais me donner assez d’importance pour faire cela. Je vais me respecter assez pour ne pas rester dans des situations qui ne conviennent pas; assez pour clore proprement les relations dont je ne veux plus; assez apprendre à tolérer l’inconfort de ne pas être adorée par tout le monde et pour vivre avec le fait que des gens seront parfois fâchés contre moi, qu’ils ne seront ni d’accord,ni  admiratifs.  Je vais essayer d’apprendre à m’aimer assez moi-même pour me donner du temps, de l’importance, du repos ou un coup de pied dans le cul, si c’est requis.

Je vais prendre la place qui me revient, c’est-à-dire la mienne, et je vais tenter de cesser d’être plus plus plus. Je vais essayer d’être juste assez.

Good enough.

Panorama péristaltique

Il y a quelques semaines, je vous écrivais pour vous parler de mon régime.  Ce que je m’apprête à vous dire concerne moi, et moi seule, et ne s’applique en aucun cas à tous. Je n’aurai plus jamais la prétention de dire aux autres ce qu’ils devraient faire sur ce sujet, que je sois d’accord où pas avec leurs choix. Il n’y a pas de solution «one-size-fits-all». Me voici donc, aujourd’hui: 

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Ça me fait encore tout drôle d’écrire sur ce sujet… je ressens encore la même dissonance cognitive.  J’ai encore l’impression d’avoir trahi le mouvement de la Size Acceptance et mon idéologie Health at Every Size, qui m’ont sorti du trou noir de la haine de soi.  Cependant, des personnes merveilleuses m’ont aidé à comprendre que ce n’était qu’une impression.   Je reste intimement, profondément convaincue qu’on peut être heureux et en santé à une vaste variété de tailles, et que les diktats de l’image parfaite sont à jeter aux poubelles. Je m’en fais encore et toujours le porte-voix et je suis chargée d’émotion quand je vois toutes les initiatives Québécoises qui vont dans le même sens.  Je réagis toujours aussi fort quand je vois des généralisations indues au sujet des personnes de taille forte, et quand j’entends des choses sur la discrimination qu’elles subissent sur une base quotidienne.  Je ne changerai pas d’avis là-dessus.

Au cours des dernières semaines, j’ai pu réfléchir à un tas de trucs intéressants sur ma relation à la nourriture, mon image corporelle, mes attentes, mes raisons personnelles pour entreprendre une telle démarche, les raccourcis mentaux que mon cerveau prend souvent pour expliquer des choses complexes, et aussi les regards. Ceux de la société, ceux des autres femmes, ceux des hommes.

Digérer, dire, gérer

Tout d’abord, laissez-moi vous dire que ce que j’ai fait, je ne le recommande à personne. Un régime restrictif, en général, échoue dans 95% des cas. Les raisons pour cet échec sont nombreuses et variées; reprise des comportements alimentaires nocifs, adaptation métabolique, manque d’activité physique, maladie, effets secondaires des médications, etc.  J’ai trouvé l’aventure, qui se terminera dans deux semaines, excessivement difficile. Pour l’épicurienne que je suis qui était abonnée au bon vin, aux mets glucidélicieux,  à l’onctuosité du fromage et de la crème, la chute a été brutale. J’ai été obligée de prendre conscience que je ne mangeais pas aussi bien que je le pensais. Certes, une variété très intéressante, mais sûrement trop et certainement déséquilibrée. J’ai dû «flusher» tout ce que j’aimais pour me contenter de légumes, de viandes, et de nourriture chimique parfois acceptable, souvent exécrable.  Pas de fruits, de produits céréaliers ou laitiers, d’alcool… je devais prendre plein de vitamines. Je me sentais toujours la tête ennuagée, fatiguée.  J’ai eu plein de boutons, des maux de tête, des douleurs musculaires. Mon corps a réagi. Je parlerais presque d’une détox, mais le corps n’a pas besoin de se désintoxiquer , c’est un mythe. Je dirais plus qu’il a eu un peu de mal à s’adapter au changement. La cétose a été difficile.  Je continue d’affirmer qu’à moins d’avoir besoin de changer les choses rapidement pour des raisons thérapeutiques, ce qui était le cas pour moi  ce n’est jamais une bonne idée de faire ce genre de chose.  C’est venu jouer dans tous mes points sensibles, réveiller des conflits intérieurs rattachés à mon trouble alimentaire que je croyais guéris. J’ai eu des moments de découragement total où je refusais de sortir de mon lit pour quelques heures, durant lesquelles je me battais avec ces démons. J’ai eu FAIM. (Si on vous dit que vous ne devez pas avoir faim en cétose… c’est FAUX.) 

Sur certains points, ça a presque été une expérience spirituelle; j’étais obligée de GÉRER mes émotions, de DIGÉRER les «mottons», de DIRE les choses comme elles étaient plutôt qu’avaler, avaler, avaler. Je n’avais aucun refuge pour me cacher, le comfort food m’était interdit, et je ne pouvais pas m’engourdir dedans.  Je ne pouvais pas faire vraiment de sport car je n’avais pas assez de carburant pour le faire; mais j’ai eu ENVIE de bouger pour sortir le méchant. Je l’ai fait pareil, quelques fois. Ça faisait du bien, mais je le payais en ayant faim de plus belle; je n’ai pas pu le faire autant que je le souhaitais. Durant mes sessions d’exercice léger, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment mis en action les outils que j’avais reçus en thérapie pour faire face à mes émotions autrement que dans l’excès.  Aujourd’hui, je comprends mieux comment ils fonctionnent, et je les fais.  

J’ai constaté une remise à zéro de mes goûts. Ce n’est pas de la poutine, des chips, du chocolat ou de la friture dont j’ai envie, mais de fruits frais, de délicieux pain, de bons produits laitiers frais, de gruau, de noix, de courges et de betteraves. La langue engourdie par les aliments ultra gras et sucrés du commerce, on perd le contact avec les délices de la nature… après tout ce temps aux légumes verts et à la viande, j’ai retrouvé ces envies.  Je ne dis pas que la crème glacée et les brioches ne me font pas de l’œil, mais j’ai l’impression que le rapport que j’ai avec les aliments plaisir va changer. On verra rendu là.

Il y a aussi eu des effets négatifs, hormis la fatigue et la faim. J’ai recommencé à me peser chaque jour, et à réagir selon le poids que je vois. Il va falloir que je travaille là-dessus car ce n’est pas vrai que je vais retomber dans l’obsession.  J’ai maintenant une crainte intense de reprendre le poids perdu, et, élément très important, je n’aime pas plus ce que je vois dans le miroir. Je vois maintenant ce qui est flasque, et je me rends compte que la petite voix dans ma tête qui dit «encore un peu… pour passer en dessous de 200 lbs… ah et peut-être récupérer tes mensurations de 16 ans… ah et pourquoi pas essayer de rentrer dans du 8 ans une fois dans ta vie…» et ça, c’est dangereux. Je dois, plus que jamais, mettre tout en œuvre pour continuer à apprendre à m’aimer et m’accepter pour éviter la dérive. C’était un risque à prendre, et je l’ai pris. Ce que je craignais est arrivé. Par contre, j’ai la chance de savoir comment y réagir.

Je suis présentement au début de la dernière phase restrictive, et j’ai peur des glucides. J’ai mangé deux délicieuses rôties avec du beurre, un  yogourt grec au miel, des framboises, et un café avec du vrai lait 2% dedans ce matin. C’était tellement bon, mais tout de suite après j’avais un petit pincement au cœur, même si j’y avais droit, à ce déjeuner. La mentalité de la diète était en train de gagner. Je lui ai dit de fermer sa gueule, et j’ai savouré le tout lentement, je suis même partie plus tard pour déguster tout mon saoul. J’espère être capable de le faire encore longtemps. On ne peut pas tomber en bas du train s’il n’y a pas de train duquel tomber. 

À mon plus haut poids à vie, je pesais 246 lbs. Plusieurs raisons pouvaient expliquer le gain de poids en dehors des habitudes, je n’entrerai pas dans les détails, mais disons que dans mon cas un cœur brisé et une dépression ça a fait engraisser. Beaucoup.  Après avoir découvert le yoga, j’avais réussi à baisser à 231. Ma fasciite plantaire ne me quittant pas, j’ai arrêté la plupart de mes activités sous recommandation de mon équipe traitante, et j’ai vite remonté à 241.  J’étais stable depuis.

Aujourd’hui, je pèse 208 lbs, et j’ai perdu 3 tailles de vêtements.  Mais je suis la même fille, aussi insécure de son image, aussi folle et intense. Maigrir, ça n’a pas réparé mon cerveau. ^^ Par contre, je peux vous dire avec bonheur que ma fasciite plantaire s’est améliorée à 85%, grâce à cet allègement, à mon assiduité sur mes étirements et à des bonnes orthèses et chaussures. Dans mes projets futurs, je rêve de commencer à faire de la randonnée, du kayak et peut-être refaire de la danse. Je veux reprendre le yoga. Je veux m’entraîner avec mon chum, et j’aimerais un jour courir un 5km. Le jour où je vais faire ma première color run, je vais vous le dire. 

Mon regard, et celui de la société, me conduisent à souhaiter voir l’aiguille passer sous les 200. Comme si c’était un chiffre magique. Je ne peux même pas répondre à la question «qu’est-ce que ça changerait dans ta vie» car ça ne changerait RIEN.  Rendu en dessous de 200, je voudrais baisser à 180. Et à 180, je voudrais me rendre à 160, et à 160, à 135.  Par rapport à la perte de poids, je suis une droguée. Ça me prend toujours plus de perte et ça me fait toujours moins d’effet. C’est pourquoi je vais «tirer la plug» dans deux semaines et retrouver mon alimentation intuitive autant que possible. Je ne crois pas aux combinaisons alimentaires. L’exclusion de groupes alimentaires complets n’est pas durable, et le comptage de calories est extrêmement fastidieux et souvent inutile. Je vais travailler sur mes signaux de faim, et de satiété, et je vais bouger.  

Regards

La deuxième partie de ma réflexion porte sur le regard social et sur celui des gens face à moi-même, et face aux gros en général.

Tout d’abord, durant mon processus, je dois dire que j’ai eu beaucoup d’encouragements, et à mon grand plaisir, aucun commentaire déplacé ou qui m’a dérangé.

Mes collègues féminines m’ont soutenu en me soulignant combien je «fondais à vue d’œil». J’appréciais ces petites tapes dans le dos, car j’avais été transparente sur mes objectifs et j’avais mentionné avoir besoin de soutien. Des commentaires sur le poids ne sont en général jamais les bienvenus, surtout qu’on ne sait pas pourquoi la personne maigrit (deuil, chimiothérapie, consommation de drogues stimulantes, débalancement de la thyroïde, période de manie, ce sont toutes des raisons qui peuvent amener une perte de poids. L’anorexie aussi, et les commentaires positifs dans ces contextes risquent de faire beaucoup plus de tort que de bien. )

Nous sommes toutes conditionnées à penser que toute femme qui est grosse veut nécessairement maigrir, et désapprendre ce script est très, très difficile.  C’est pourquoi il importe de faire attention à ce qu’on dit à ce sujet.  Dans mon contexte, je souhaitais qu’on me souligne mes réussites à ce sujet. Même si à la base ce n’était pas une question d’apparence, le regard appréciatif des femmes me faisait du bien. 

J’ai observé la grande délicatesse de mes collègues masculins qui n’ont pas soufflé mot sur le sujet, sauf pour l’occasionnel «tu as l’air en super-forme!» ou pour ceux que j’avais mis «dans le secret des Dieux». Ils ne voulaient pas m’offenser, donc ils ne disaient rien,  et franchement le contraire aurait été déplacé. Je suis contente que ça se soit passé ainsi. J’avais un peu peur, car je savais que le jugement existe.  Je vais illustrer mon opinion avec un petit exemple : après avoir assisté à une séance d’essayage durant laquelle un gars, saisissant un t-shirt de la taille que je portais, s’était exclamé «2x? Mais qui qui porte ça?»  J’avais brutalement réalisé que ce qui ne se dit pas à la face des gens se dit allègrement dans leur dos. J’avais rétorqué «c’est vrai que c’est gros en tabarnack, hein?» Ton coupant, visage fermé, yeux laser. Les autres personnes présentes étaient mortifiées, mais ce collègue n’a pas eu l’air de se rendre compte de sa bourde.  Tout ceci me renvoie à la réaction panique qu’on a souvent quand une personne qu’on apprécie est grosse.  «Mais je ne te vois pas comme grosse!» «Non mais toi, tu fais attention!» «Ce n’est pas de toi que je parlais.»    Autant de jugements et de maladresses qui contribuent à ajouter au malaise.

Dire ces choses à quelqu’un efface son expérience, et nie la responsabilité que les gens ont d’assumer ce qu’ils pensent. 241 lbs, c’est gros sur moi, sur d’autres.  Que je fasse attention ou pas, personne n’a le droit de me juger sur mon apparence, et je ne dois la santé ou la minceur à PERSONNE. Et oui, c’est de MOI que tu parles quand tu dis «les gros».  Que je te connaisse ne m’exclut pas de ton jugement.  

 Tout ce qu’on peut dire d’une personne grosse en la voyant, c’est qu’elle est grosse et les autres détails physiques apparents. On peut constater la couleur de sa peau, de ses cheveux, si elle est handicapée ou non, comment elle est habillée. On ne peut pas dire qu’elle est malheureuse, seule, incomprise, sale, perdue, paresseuse, fourbe. On ne le sait pas. Notre biais nous pousse à tirer des conclusions qu’on ne tirerait pas dans les mêmes circonstances avec des personnes minces, et il faut s’en méfier.Tel que je l’ai souvent dit, les médecins sont particulièrement enclins à sauter aux conclusions et aux conseils non-sollicités à cause de ce biais. J’ai hâte de voir la tronche du prochain médecin qui me dira de maigrir, quand je lui assénerai ma vérité. 

J’ai parlé, plus tôt, que j’avais le sentiment d’être en porte-à-faux avec les idéologies que je prône depuis quelques années concernant la gestion du poids corporel. Des amies précieuses rompues aux principes de cette philosophie m’ont aidé à remettre mon choix en perspective.  Health at Every Size, c’est viser la santé par des comportements faisant la promotion de celle-ci; le poids auquel j’étais ne me permettait même plus d’adopter les comportements santé que je souhaitais car j’étais toujours en douleur. Maintenant que je peux davantage les pratiquer, je le ferai.  Le chiffre sur la balance ne devrait plus avoir rapport à mes yeux; c’est mon bien-être global qui compte. J’espère que mes bottines vont suivre mes babines à ce sujet.

Le regard des hommes, lui aussi, a changé. J’ai commencé à remarquer des regards, des sourires, des coups d’oeils qui n’étaient pas là auparavant. J’ai eu de l’attention non sollicitée d’hommes que je trouvais louches et douteux. Je me suis sentie dégoûtée à certains moments, pour la raison suivante : maintenant, certains hommes me voient autrement que comme «une boule de suif».  Je suis de nouveau, dans leur regard, un être sexué (lire ici «baisable»).  Ils n’auraient plus honte d’être vus à mon bras.  Je suis toujours ronde, mais je ne suis plus dans la catégorie de ronde qu’ils refusent de considérer. Je ne suis presque plus une cible de «fat jokes».  Tout d’un coup, Minie, en plus d’être brillante, chaleureuse, drôle et «edgy», est belle! Peut-être pas encore sexy, mais belle. Ça vaut maintenant le coup de s’essayer, non?

FUCK THAT. Si tu me considérais comme un sous-être parce que j’étais une taille forte, et que maintenant je suis une femme parce que je suis plus mince, il n’y a absolument AUCUNE chance que j’accepte de l’attention de ta part, ou que je considère ta candidature au poste d’amant ou de conjoint.

L’homme avec qui je vis m’a connue grosse, très grosse. Il  me trouvait aussi très belle et désirable, et pas «malgré» mon poids. Il est tombé en amour avec mon gros Q.I., dit-il. (haha!)

Il me trouve toujours aussi belle aujourd’hui, même s’il est parfois surpris de constater qu’il peut toucher à ses coudes en me prenant dans ses bras, qu’il peut sentir mes côtes en pressant un peu mon ventre, que ma taille présente maintenant un creux marqué pour y mettre son bras.  Que je sois ainsi, ou autrement, il aimait mon corps et la fille dedans.  

Son regard a lui aussi a changé; parfois inquiet que je ne mange plus comme avant, parfois admiratif de mes efforts, parfois protecteur quand je suis trop vulnérable pour faire face aux commentaires des autres, parfois fier et encourageant quand je continue de foncer, de réussir et d’avancer dans mes projets. Mais plus souvent qu’autrement, ce regard s’adresse à mon intérieur. Je suis chanceuse de l’avoir, et je le remercie d’avoir fait cette bataille avec moi et de ne pas m’avoir jeté par la fenêtre quand j’étais une vieille râleuse irritable et fatigante parce que je ne pouvais rien faire/manger de ce que je voulais.

Ce regard est un des plus précieux du monde pour moi, avec celui de mes proches et amis. Cette façon de voir pourrait aussi changer le monde si tout le monde se décidait à l’adopter. Voir les gens de l’intérieur, c’est le plus beau cadeau que la société pourrait se faire à elle-même. Arrêter de prétendre sur l’image, et capitaliser sur le contenu.  

La valeur d’un lobster roll

Salut à toi, cher lecteur.  Mon rapport plus que sporadique avec mon blog atteint des sommets.  Aujourd’hui, mon sujet du jour est une critique resto. Comme je suis une gourmande accomplie,  j’ai le goût de te parler de mes découvertes bouffe, sans toutefois devenir «un autre crisse de blogue de foodie». Je vais te parler d’une récente expérience que j’ai eue, qui m’a laissé perplexe, et qui me fait remettre en question ma «foodieness» assumée.  

 

Mise en contexte: Dimanche, comme à l’habitude avec Chéri on ne savait pas qui faire, alors on a décidé d’aller faire les galeries d’art et d’aller au resto. Les galeries c’était créatif, mais le resto, c’est toujours ce qu’on fait quand on ne sait pas quoi faire. De galerie il n’y eut point, parce que nous sommes partis beaucoup trop tard de la maison.  Comme Piteurpanne ici présente n’aime pas être une cliente fatigante, elle a eu beaucoup de mal à se décider sur un endroit, et à bout de ressources, a décidé d’aller au Cochon Dingue sur le boulevard Champlain, à la suggestion de son doux. 

 

Pour mettre la table (!) je n’ai jamais été une fan de cet endroit faussement rustique, qui se dit «cochon» mais manque cruellement de «dingue» à mes yeux et à mes papilles.  

 

C’était la troisième, et dernière chance que je donnais à cet endroit de me suprendre et/ou de me satisfaire. Malheureusement, ça n’a pas passé le test.  

 

Ça faisait un bon bout de temps que j’avais le goût de manger des lobster rolls. C’est donc cela que j’ai pris. Comme l’assiette était au-dessus de 18$, je me suis imaginé, à tort, une assiette plantureuse qui conviendrait à ma grand’faim du moment. Malheureusement, ce que j’ai reçu était un petit roll très ordinaire sur un pain sans caractère, une poignée de frites, de la mayo qui goûtait vraiment la mayo industrielle, et environ deux cuillers à soupe de coleslaw. 

 

Ouin. Si vous me connaissez IRL, vous savez déjà que quelques épithètes plus ou moins religieux me sont passées par la tête à ce moment-là. Je déteste ce genre de fausse représentation. Mais au-delà de ça, plutôt qu’être vraiment fâchée, je me suis dit qu’il était plus que temps que je remette mon rapport avec la restauration et la nourriture en tant que divertissement en question.

 

Est-ce qu’on est vraiment rendus, dans la vie, à trouver ça correct de payer 20$ pour une «boîte à lunch» tout simplement parce qu’elle annonce «du terroir», où qu’elle met en vedette un ingrédient rare? Qu’elle se dit «cochonne», «épicurienne», «décadente», quand au fond c’est rien qu’une câlisse de «samouiche» en robe du dimanche? D’la bouette dans un vase Ming, ça reste d’la bouette, non?  

 

Avec le prix du homard à la baisse, en plus, cela me laisse un peu perplexe.  J’ai de la difficulté à concevoir que ce genre de prix outrancier soit devenu la norme, à un point tel qu’on est tous un peu gênés de dire notre déception au serveur. Pauvre gars, qu’est-ce qu’il aurait pu faire, au fond; il est juste là pour gagner sa croûte, et à part créer un silence «awkward» et risquer un crachat dans mon assiette, je ne pense pas que ça aurait fait quoi que ce soit que je lui dise. Je ne fais pas exception, je ne l’ai pas dit. Mais sitôt sortie de là, je suis allée manger un gros dessert, parce que non seulement j’avais encore faim,  mais j’avais l’impression d’avoir fait rire de moi. Donc, autant pousser le ridicule au bout en se faisant un petit «binge» de sucre sympathique! 

 

De la même façon, le dessert que j’ai mangé a coûté 7 dollars, pour un bout de pâte frite tartiné de sauce au chocolat cheap et de beurre de peanut. 

 

Vraiment? 

 

Je me rends compte du privilège que j’ai de pouvoir casquer tout ça sans sourciller. Cependant, je viens d’une famille modeste, et je connais la valeur de l’argent.  Et, au fond, je perçois de plus en plus le ridicule des sorties au resto que j’ai déjà tant aimées.   De plus en plus, ce que je mange me déçoit. Pas de caractère, pas assez de nourriture, ou pis encore, trop de nourriture pour rattraper une piètre qualité… des assiettées de gras frit qui se font des glorioles de risquer de boucher nos artères… Je pense que la balle a peut-être été échappée quelque part. 

 

À quel moment me suis-je mise à trouver cela correct de payer un prix de fou pour un sandwich, juste pour le manger hors de chez moi, et ne pas le faire moi-même? Est-ce que j’ai déguisé une paresse et un manque de curiosité sous une belle étiquette à la mode?

 

Le prix que j’ai payé ce jour-là en nourriture, dessert et boissons hors de la maison aurait pu m’acheter certainement un gros sac de victuailles fraîches qui m’auraient duré beaucoup plus qu’un repas.  Même, en faisant vraiment attention et en choisissant judicieusement, je me souviens avoir déjà mangé presque une semaine sur un tel budget. 

 

À quel moment c’est devenu acceptable ce cirque? Honnêtement, la prochaine fois que je voudrai faire une niaiserie pareille, j’essaierai de m’en rappeler. Je me demanderai à quel besoin je veux répondre, et je le ferai correctement. Si je m’ennuie, je me désennuie; si je suis curieuse, je me cultive; si mes oreilles sont vides, je plongerai dans la musique; si je veux m’évader, je sortirai et je lirai; et si j’ai faim, je mangerai, mais selon MES termes.  Ma façon de vivre la bouffe a changé; manger au resto pour manger au resto, ça va faire. Je veux le faire au juste prix, selon une réelle envie, pas juste pour faire quelque chose. 

 

Quand on voudra me vendre un lobster roll à 18$, ça sera non. Non à l’embourgeoisement et aux faux-semblants créés par une culture foodie qui a un peu perdu ses repères, et qui a érigé la bouffe en dieu insatiable qu’on vénère à grands coups de dollars. 

Ce que le yoga a fait pour moi

Je n’ai jamais été sportive. Jamais, comme dans jamais. Plusieurs de mes écrits peuvent en témoigner, d’ailleurs. J’ai toujours fait de l’activité physique seulement pour maigrir. Je ne rentrerai pas dans le laïus interminable de mes mésaventures avec le sport, c’est du réchauffé : maladroite, peu en forme, toujours choisie la dernière dans les équipes, provenant d’une famille de gens qui n’aiment pas non plus l’activité physique en général, etc. Mon poids a fait l’accordéon au rythme de mes «efforts», ainsi que mon moral.

J’ai fait :

• du baladi (2 ans)
• de la zumba (deux cours…)
• de l’entraînement en salle (plusieurs fois en tranches de quelques mois – plusieurs abandons car ça consommait trop de temps, je n’aimais pas cela, et la pression de maigrir dans les centres pour femmes seulement était intenable)
• de la marche (mon moyen de transport)
• de la natation (par intermittence un peu comme l’entraînement, mais j’aime bien)
• du badminton (à trois reprises pendant quelques mois)

J’ai eu l’intention de faire :
• du kayak (trop compliqué logistiquement)
• de la marche nordique/ du ski de fond/ de la raquette (j’ai choké car difficile de trouver un partenaire/équipement dispendieux)
• du ski alpin (trop maladroite, et trop cher)
• de l’aïkido (faiblesse au pied gauche, je ne peux pas faire quelque chose qui se pratique exclusivement en station verticale pieds nus)

And so on. Le yoga, j’y avais pensé quelque fois, mais de loin… je ne me sentais vraiment pas à ma place avec toutes ces nymphes athlétiques en léotard soyeux. Mon cerveau compétitif et échaudé par d’autres expériences ne voulait même pas y penser. C’est sûr que je côtoyais un peu plus les philosophies orientales dans le bouddhisme, et que le yoga fait souvent partie intégrante du bouddhisme, mais ça ne suffisait pas à ce que je développe un intérêt réel pour le yoga. Je me disais que je ne pourrais jamais me plier comme un pretzel comme ça, et que je ne m’exposerais certainement pas à être la pire de mon cours. Ça non!

Pourtant… après trois ans de travail sur mon mental pour d’autres raisons, j’en avais vraiment marre d’entraîner mon psychologique. Je savais que j’avais à trouver une forme de mouvement que j’aimais, mais je voyais cela comme une tâche tellement impossible… j’avais peur. Mon gros ego m’empêchait de m’essayer à autre chose. Toute forme d’activité était un catalyseur D’émotions négatives; je n’ai jamais eu «l’addition aux endorphines» dont on me parlait tant. Pour moi, ce n’était que de la douleur, de l’inconfort, de la sueur, des mauvaises odeurs, et un moyen de forcer mon corps dans une taille plus petite/ de le punir de ne pas être ce que je voulais.

Heureusement, à force de lectures sur Health At Every Size, je me suis rendu compte que je n’étais pas OBLIGÉE d’avoir mal pour que ça vaille la peine. Que mon succès ne se mesurerait pas nécessairement en kilos/cm perdus. Que j’avais le droit de n’être capable que de faire 5 minutes pour commencer. Que si j’avais de la douleur, de l’épuisement, arrêter n’était pas abandonner. Il y a cette phrase qui m’est tellement utile…«Rouleriez-vous avec une voiture dont tous les voyants du tableau de bord seraient allumés? Non? Eh bien lorsque vous avez de la douleur, de l’épuisement, ce sont les voyants lumineux de votre corps. Écoutez-les. Adressez-les avant toute chose, ne les ignorez pas; c’est peut-être ce qui fera la différence entre un départ en lion qui finit en mouton, et une habitude durable.»

J’ai oublié de qui est la phrase mais elle a changé mon rapport à l’activité physique du tout au tout.
J’ai aussi commencé le guide «The Fat Chick’s exercise» de Jeanette DePatie, pour réapprendre la manière de progresser :10% et/ou un paramètre à la fois. Il y a trois paramètres : le nombre de fois par semaine, l’intensité et la durée.

Par exemple : si je m’entraîne trois fois par semaine durant 35 minutes, je pourrais :
– M’entraîner 4 fois par semaine
– Augmenter mon temps de séance à 38,5 minutes
– Augmenter un peu l’inclinaison de mon tapis/ augmenter de dix pour cent le poids de mes haltères

MAIS PAS LES TROIS EN MÊME TEMPS. Un.petit.pas.à.la.fois.

Dans mon cas, c’était essentiel. J’avais tellement renoncé, que le plus petit effort me mettait en nage. Je n’étais pas malade, mes indicateurs de santé étaient tous bons, mais mon cardio et certains muscles, ouh là là, ce n’était pas très bon!
Beaucoup de lecture, de larmes, de frustrations, de questionnements, de réflexion et de personnes inspirantes plus tard (vous savez qui vous êtes/you know who you are!) alors que j’étais assise dans l’autobus j’ai vu, au-dessus de l’endroit où j’ai fait faire mon premier tatouage, un nouveau studio de Yoga : Soham Yoga bis.

J’ai pris les informations auprès de l’enseignante, par courriel. Nous avons correspondu un peu, je lui ai fait part de toutes mes craintes, de mes mauvaises expériences, de ma fasciite plantaire, etc. Elle m’a répondu positivement, patiemment.
J’ai payé ma première session, et j’ai manqué le premier cours, au chevet de ma mère qui se faisait opérer. Elle a très bien compris que je ne pouvais pas être présente.

Au deuxième cours de la session d’introduction je suis arrivée trente minutes en avance. Tout de suite j’ai apprécié l’ambiance du studio; calme, zen, avec un petit salon pour boire du thé plein de coussins par terre et de beaux livres, chandelles, encens. Catherine, mon enseignante, a pris le temps de s’asseoir avec moi et de faire le tour de mes objectifs. Elle m’a bien écouté.
Mon premier cours s’est mal passé. J’ai tout de suite songé à abandonner, je me comparais avec la plus belle et la plus mince de la classe pour me rendre compte plus tard…. Qu’elle était enseignante et qu’elle prenait le cours novice en stage d’observation. =_=

En allant porter ma tasse vide dans le petit salon, j’ai lu sur le tableau : «Yoga is the practice of tolerating the consequences of being yourself». –Bhagavad-Gita … autant pour moi. Je suis repartie chez moi songeuse.
J’ai suivi tous mes cours d’introduction. J’ai acheté une carte de douze cours. Je suis même allée à un cours gratuit sur l’heure du midi… et un jour en allant à mon cours la professeure a poinçonné mon douzième cours. Ma première carte. Finie. 18 cours. 4 mois et demie.

J’avais «toffé» quatre mois et demie. Et J’aimais Cela. Même si j’étais la seule dans la classe qui avait besoin de tous les boosters/adapteurs/modifications de pose. Pour reprendre les paroles de Catherine, «on va où c’est disponible». Et même si mon disponible ne l’est pas toujours beaucoup, j’en découvre un peu plus à chaque fois.
J’ai signé pour un challenge de 5 fois par semaine pendant trois semaines. (bon j’avoue que j’ai peut-être ignoré ma loi des paramètres… mais j’étais trop tentée.) J’y vais. Des fois j’ai mal, des fois non; des fois je fais une nouvelle posture, je vais plus loin, ou je réussis quelque chose que ça fait longtemps que je bûche pour faire. Des fois je pleure parce que mon ego me fait me comparer aux autres. Je «journale» mon expérience sur FacedeBouc parce que j’ai le goût de parler de mon expérience à tout le monde.

Curieusement, au travers tout cela j’ai recommencé à faire de l’elliptique sans détester cela. À cesser d’éviter de marcher le plus possible. Je me crée des activités avec mes amis qui impliquent de bouger. Piscine, promenade… je ne me sens plus aussi fermée à essayer des activités, sauf les sports d’équipe qui ne me disent encore absolument rien, trop traumatisée des cours d’éduc, je pense.

Le yoga, m’a réuni avec mon corps, et m’aide à le détester un peu moins chaque jour. Il complète mon travail d’acceptation tout en me conduisant à désirer m’assouplir, m’alléger, repousser mes limites. Il me nourrit aussi spirituellement, psychologiquement, ce qu’aucune autre activité physique n’a pu faire pour moi. Je me surprends tous les jours à citer quelque chose que j’ai entendu, à transférer une compétence que j’ai acquise, à avoir hâte à mon prochain cours, à ne pas renoncer.
J’espère un moment donné, avoir l’espace pour pratiquer chez moi; avoir assez confiance pour cela. Je lis beaucoup d’autres professeurs spécialisés pour le yoga des personnes rondes, et ça m’aide personnellement à modifier ce qu’il faut, le temps qu’il faut. Je sens la plante fragile d’une passion pour une activité physique qui pousse. J’essaie de ne pas la noyer.
J’ai encore peur que ce soit un feu de paille, mais pour le moment, cela est. Je suis cela. Soham.

Om! Shanti!