Dans un mois c’est Noël!

Déjà, je suis certaine d’avoir fait grimacer au moins la moitié de mes lecteurs.

Ça fait déjà 3 semaines que j’entends les récriminations au sujet de la maudite musique de Nowell le 1er novembre dans les centres d’achat, cette foutue fête commerciale, les fichus de cadeaux à acheter,  la frustration des parents quand leur enfant croit trop / ne croit plus au Père Noël, etc.

Laissez-moi vous dire que c’est difficile en tabouère de continuer à essayer d’aimer Noël, surtout avec quelqu’un qui travaille dans le commerce de détail, plus spécifiquement dans un magasin de jouets, à la maison.

C’est pas mêlant, j’entends JUSTE du négatif sur Noël. Je vois défiler les articles qui nous expliquent comment dealer avec les mononcles cochons, comment ne pas déclencher la 3e guerre mondiale en refusant la 5e pointe de pâté à la viande, comment acheter un cadeau à quelqu’un qui a tout-tout-tout, comment gérer les attentes de vos enfants, etc. Et moi? Cette année, je me sentais un peu glisser là-dedans moi aussi. J’étais écoeurée avant même que ça ait commencé.

Puis, j’ai reçu une excellente nouvelle qui m’a redonné le sourire, et ça a comme amorcé une réflexion. Ça m’a fait me rendre compte que c’est l’attitude qui détermine l’altitude.  J’ai fixé mon énergie sur cette belle nouvelle, et je me suis laissée remplir de joie par les petites choses. J’ai recommencé à écrire mes gratitudes, ou à les dire. Les moments où je réussis à méditer, je choisis délibérément de m’ancrer dans les moments où je me suis sentie en grande paix, dans le bonheur, ou tout simplement contente. Je n’ai pas envie en ce moment d’inviter du négatif dans ma pratique pour  »apprivoiser ces émotions »; j’ai décidé d’inviter la joie et le bonheur SANS chasser la tristesse ou la nostalgie. Je me suis rendue compte que ces émotions peuvent certainement cohabiter.

Assoyez-vous, les enfants, parce que Matante Minie va vous conter une histoire.

Quand Matante Minie était petite (pis pas de jokes sur mon 5 pieds 1, ok là!) Noël… c’était le meilleur moment de l’année. On parle de quand elle était vraiment un petit enfant et qu’elle était pas encore capable de se rendre compte des beaux-frères qui s’aiment pas pi du stress de recevoir.  Matante Minie avait hâte de déballer son beaucoup-trop-de-cadeaux, mais c’est pas ça que Matante Minie se souvient le plus. Elle se souvient surtout que Noël c’était une source d’excitation, de plaisir, d’émotions, et de beauté.

Je me souviens… je me souviens quand j’étais petite et que je me levais à l’heure des poules le 1er décembre pour gosser mes parents parce que je voulais faire le sapin de Noël tu-suiiiiiiiiiiite. Je trouvais ça tellement beau, toutes ces lumières… durant l’Avent, des fois avec mon père on allait faire un tour d’auto pour regarder les décorations dans le voisinage. On prenait un petit rallongis en revenant de faire les commissions, parce que c’était beau.  Je me souviens que je me cachais avec le catalogue Sears-Cadeaux de Rêve, que je marquais de centaines de petits X à toutes les pages où se trouvait quelque chose que je voulais avoir.   J’avais toujours mon calendrier de l’Avent avec des portes qu’on ouvrait chaque jour, qui comprenaient chacun un petit chocolat. L’an passé je m’en suis encore acheté un!  Je me rappelle de l’odeur du ragoût de boulettes et de la dinde, de la musique que mon père jouait, des deux familles élargies qui se côtoyaient. Les manteaux des madames qui sentaient le parfum, aussi. On aimait ça jouer dedans! Des fois je m’ennuyais un peu. Je trouvais ça trop bruyant. Je m’endormais sur le divan même si tout le monde parlait et riait fort autour. Ça ne me dérangeait pas; mon sommeil était encore plus profond dans toute cette activité, comme si j’en avais trop eu et qu’il fallait que mon cerveau se mette sur le screensaver quelques heures.  Sûrement qu’il y avait des tensions, des malaises, des événements irritants, mais le beau de mon cerveau d’enfant c’est qu’il ne les voyait pas. Il était fixé sur «le beau-bon-juste». Bon bon, Matante Minie radote un peu les enfants. Elle se sent un peu comme si elle avait 112 ans avec son rabâchage de vieilles histoires.  Mais quand même, elle va pas s’arrêter en si bon chemin!

Aussi, on allait à la messe. Pas à minuit, c’était trop tard. Souvent à 19 heures. Je trouvais souvent ça plate, la messe, je ne comprenais pas ce que le curé disais puis je m’en foutais un peu. Mais je me souviens qu’on se souhaitait «la paix du Christ» en se serrant les mains, avec des gens qu’on ne connaissait pas, et qu’il y avait de la sincérité dans leurs regards et leurs voix.  Mais quand même, j’aimais mieux quand mon père chantait la messe de Noël et que je pouvais le faire avec lui. Je me mêlais dans les parties. Je chantais GLORÉ GLORÉ ALLEZ LOUP Y’A! du mieux que je pouvais avec mes mini-poumons. Dans ce temps-là j’avais quand même une certaine ferveur, je croyais encore au p’tit Jésus. Maintenant je crois des fois au p’tit Bouddha, des fois au p’tit Loki, des fois en la force de la nature, des fois juste en moi. Ma spiritualité toujours changeante n’a jamais affecté ma relation avec Noël; je ne regrette pas les Noël chrétiens que j’ai vécus, sans les trouver pire ou mieux que les autres que je vivais plus «païennement».

Quelque chose qui a affecté ça par contre, c’est quand mon père est parti de la maison, un 30 décembre. Suite à ça, pendant des années, j’ai détesté, haï, honni Noël, avec passion. Je faisais partie des gens amers et cyniques par rapport à cette maudite fête qui venait retourner le fer dans la plaie.  Je trouvais difficile de faire sens de cette fête qui était supposée en être une d’unité, qui avait été marquée au fer rouge de l’éclatement.

Puis de la fin de mon adolescence au début de l’âge adulte, je trouvais ça un peu… bizarre, Noël? Je me sentais rarement à ma place. Je me sentais seule parce que j’avais pas de copain, ou parce que mon copain était à l’autre bout du monde. Mais j’y trouvais certainement de la signification par moments.

Un moment donné, je ne me souviens plus trop quand… J’ai décidé que c’était fini, cette sinistrose. Que la vie était trop courte pour que j’haïsse Noël, et je me sentais capable de trouver du beau dans ça. Et j’en ai trouvé! J’aimais (et j’aime toujours) ciné-cadeau, les chocolats chauds, les grosses peaux de lièvre, marcher dans le quartier pour voir les décorations, même les concours de crèches. Je trouvais le quartier Petit Champlain magnifique. J’avais hâte de manger les choses qu’on fait juste une fois par année – hello barres Oh Henry maison, roulé à la guimauve, bouillon de dinde aux épices! J’aimais même LA MAUDITE MUSIQUE DE NOËL dès le 1er novembre à la radio. J’avais hâte de faire mon sapin, hâte à la traditionnelle fondue du 24 décembre, à jouer au vieux Nintendo. Je me suis mise à désirer recevoir moins de cadeaux, et même avec certaines personnes nous avons décidé d’arrêter ça ou de faire des cadeaux très modestes. Durant ma vingtaine, il y a eu quand même des très beaux Noëls, et des rencontres agréables qui sont arrivées. C’est de ceux-là dont je choisissais de me rappeler.

Malgré ça,  la majeure partie des gens autour de moi, dont ceux que j’aime le plus au monde, n’avaient plus le cœur à la fête.  Des situations sont survenues dans leurs vies qui ont vraiment annihilé la magie de Noël pour eux.

Arrivons en 2017. Il me semble que je n’ai jamais entendu autant pester contre Noël que que cette année.  Les événements internationaux, la noirceur, les désastres naturels sont venus en rajouter une couche par-dessus le moral déjà bas des troupes.  En bonne empathe, sentir la détresse, le chagrin des gens dans une période qui en était une de réjouissance autrefois m’est douloureux. Mais je ne veux certainement pas blâmer qui que ce soit. En fait, si j’écris ceci, c’est parce que malgré tout ce qui peut se passer, je continue d’avoir foi en l’humain et une certaine nostalgie mêlée de douceur pour Noël.

La difficulté, la peine, l’ennui, la solitude et les regrets de tous sont valides et réels; mais, la seule chose qu’on peut changer, c’est le présent, c’est notre attitude. Il existe plusieurs moyens de se réapproprier cette période: on peut continuer de rejeter le Noël commercial; on peut continuer de fêter Noël avec des amis si on veut; on peut s’élever contre l’achat outrancier, on peut faire des plaintes aux centres commerciaux pour leur marketing agressif de lumières à LED et de cannes en bonbon si ça nous chante!  On peut faire du bénévolat, donner du temps ou de l’argent, des denrées.  En somme,  Il y a plein de façons pour trouver, chacun pour soi, un sens à cette période qui semble être devenue «la pire période de l’année» pour la majeure partie de la population. On peut décider de faire un demi-sourire pour déguiser notre baboune.

On peut choisir de voir «la belle tite neige» plutôt que «la maudite marde blanche».

Publicités

Comment je suis devenue une tête flottante: la repousse des racines – Partie 2

Au mois de mai, ça n’allait pas.

Je vous parlais de mon sentiment d’être désincarnée, d’avoir perdu le contact avec ma base à force de vouloir faire taire toutes les «méchantes» émotions qui m’envahissaient.

Bien que ce ne soit pas encore le beau fixe à chaque égard, ça va clairement mieux, et bien sûr, ça s’est mis à aller mieux quand je suis sortie de ma tête.

Il y a peu, je disais à quelqu’un qui suranalyse tout (comme moi!) :  «Ce qui ne va pas, ce qui fait que tu n’arrives pas à franchir un nouveau cap dans ta progression, c’est parce que tu sais et comprends beaucoup beaucoup beaucoup de choses sur comment ton cerveau fonctionne, et tu intellectualises très bien, mais tu n’appliques pas.»

Ça l’a fâché, comme moi ça m’a dérangé de me le faire dire. La surintellectualisation est une arme redoutable pour se couper de ses problèmes, c’est même un mécanisme de défense reconnu. Les personnes qui sont très fières de leur gros cerveau (comme moi, encore) tombent souvent dans ce piège pourtant banal. On comprend tout, très bien, en profondeur, mais seulement en théorie.  C’est alors que l’action doit se mettre au service de la pensée, c’est en faisant qu’on apprend. Mais pour les têtes flottantes, c’est souvent là qu’on «détèle». On se dit que puisqu’on comprend, on doit être ok. Mais non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Ce n’est pas comme ça que quoi que ce soit marche, d’ailleurs.   Acquérir des concepts est certes une étape très importante dans tout processus d’apprentissage ou d’évolution, mais si on ne rend pas ceux-ci concrets, ils s’envolent. Ils ne s’impriment pas dans les circuits mentaux.

La façon dont ceux-ci vont s’imprimer a l’air simple, mais ça ne se fait pas en criant ciseaux, car il faut accepter de renoncer à comprendre-approfondir-trouver un sens à TOUTTTEEE TOUT DE SUITEEEEEE.

Pour moi, ça passe beaucoup par faire ce qui me tente, sans me demander ce que ça va donner, ni pourquoi je fais ça. C’est très dur, parfois. Ça l’air complètement fou de dire ça, mais quand on est une tête flottante, le lâcher-prise mental n’est pas évident. C’est une bataille sans fin entre le cerveau et le coeur (figurativement, bien sûr), comme dans ces fantastiques BD. 

Les derniers mois, j’ai: fait des semis- raté mes semis – planté un mini potager – laissé mon mini potager s’Occuper de lui tout seul – observé les oiseaux – marché – lu beaucoup de livres sur la spiritualité, notamment sur le paganisme – paressé sans rien faire (un véritable exploit!) – écrit dans mon journal – chanté à tue-tête dans mon char – inventé des recettes – raté des recettes – suivi un cours de fabrication de capteur de rêve – pris un atelier de yoga – recommencé à nager – me suis fait un tour de rein – changé de tête – décidé de partir en voyages de filles avec ma mum trois jours cet été – suis allée au resto – vu des amis que ça faisait longtemps – organisé un potluck au travail – arrêté de boire de l’alcool pour une période indéterminée – essayé beaucoup de fois de méditer, sans succès – amélioré le décor de ma maison – rénové – travaillé – décidé de prendre l’été off de l’université – fini ma thérapie – me suis inscrite à un groupe d’entraide pour les proches aidants – écrit beaucoup de textes que j’ai presque tous jetés – mis mes limites à certaines personnes – me suis inscrite à un groupe d’entraide pour les gens qui ont des phobies (j’ai peur des bébittes et je jardine pour me dépasser, jugez-moi pas) – visité ma grand-mère – commencé à apprendre le japonais – nettoyé et repeint le lettrage de la tombe de mon grand-père maternel – décidé de terminer définitivement deux relations d’amitié – réfléchi aux autres relations que j’ai qui vont mal et à celles qui vont bien – etc.

Méchant débloquage!

Et tout ça… parce que j’ai arrêté de me demander POURQUOI je faisais ça. J’ai arrêté de me dire que je faisais de la fuite en avant, arrêté de me taper sur la tête pour mon insatiable curiosité de multipotentialite qui change d’intérêts comme elle change de bobettes. J’ai accepté de ne pas correspondre à ma propre image de perfection, d’être une jolie grosse femme impatiente, drôle et changeante, dure à suivre et désordonnée. J’ai accepté que c’était possible que je n’aie pas nécessairemenent OMG UNE MISSION DANS LA VIE UNE VOCATION OMG, que le moment présent était une raison suffisante à l’existence. Et, mes émotions ont commencé à revenir. Tout croche, parfois pas celle qui était adaptée à la situation, parfois trop fort, parfois pas assez fort. Mais je m’entends rire aux éclats aussi souvent que je pleure. Je RESSENS. DES. CHOSES. et je n’essaie pas de les arrêter. Ça ne m’a pas rendue folle. Ça me permet de redevenir authentique, car cette fois, je peux monter le volume, mais en sachant que je peux le redescendre et j’ai les outils pour le faire. Je dirais pas que je «croque dans la vie»  mais j’en prends certainement une tite-bouchée-apéritive de temps en temps. Je vais beaucoup mieux, même si beaucoup de choses brassent encore pas mal mon bateau.

Je sais que c’est vraiment galvaudé, que vous avez lu ça mille millions de fois. Mais pour vrai, c’est beaucoup plus complexe à faire que ce que ça en a l’air.  J’ai dû réapprendre à mettre du gris. À dire «Je te reviens là-dessus» – «Pas tout de suite» – «On s’en reparle», des non-réponses comme je les appelais avant, avant d’avoir assez d’indulgence envers moi-même et les autres pour reconnaître que se donner du temps, du «buffer», c’est important.  Je me suis aussi donné le droit d’annuler des plans, de changer des plans, de refuser des choses que ça ne me tentait pas de faire. Je ne dis pas de ne jamais tenir ses engagements quand ça ne nous tente plus, mais parfois, c’est plutôt anodin et ça se discute. J’ai beaucoup de gens autour de moi qui m’apprennent que la Terre ne cesse pas de tourner et que mes proches ne se mettent pas subitement à m’haïr quand je change d’idée ou que je dis non. J’apprends à suivre mon propre itinéraire, de plus en plus, et à accepter que des fois je déplais et je déçois. Ça fait partie de ce qui arrive quand on décide de se prioriser.

Je peux pas m’empêcher de trouver ça d’un symbolisme très significatif que ma grand-maman, après que j’aie restauré la tombe de mon grand-père, m’ait remis une chaîne en or lui ayant appartenu qui représente une ancre et un gouvernail. Au-delà d’être une fille qui aime l’eau (nager, faire du bateau, voir des phares et des quais, observer les vagues… name it), c’est surtout un beau clin d’oeil à ma recherche de direction et d’ancrages, et aussi à ma future profession de C.O. (si une autre sirène ne m’appelle pas d’ici là…).

Je pense que je barre dans une bonne direction.

 

Comment je suis devenue une tête flottante, partie 1.

Cet article m’a demandé beaucoup de courage pour l’écrire. Je vous demande de rester gentils et sensibles dans les commentaires. C’est surtout pour me libérer et parce que c’est important d’en parler que je l’ai fait. Peut-être aussi pour avoir des encouragements, d’autres témoignages. Allez, je me lance. 

«J’ai tellement pleuré en écoutant ce film!»

«C’est vraiment une série dure à regarder… vraiment splendide!»

«Une série dramatique dont on ressort bouleversé.»

« Un roman percutant, qui exploite toute la gamme des émotions!»

 

Ceci n’est pas un extrait des dernières critiques littéraires et cinématographiques du journal.

C’est un exemple du genre d’annonce qui, pendant longtemps, me faisait systématiquement fuir une œuvre donnée. Je m’expliquais en fanfaronnant un peu : «Ah, moi le drama, la maudite guimauve dégoulinante romantique et autres dégâts de sentiments, ça m’intéresse pas.» J’étais fière d’être une de ces femmes qui détestent les films d’amour, les comédies romantiques et les drames.

J’ai toujours été une grande émotive. Je me sentais touchée par probablement tout ce qui peut être touchant, et même par ce qui était considéré banal par mes semblables

Il peut sembler paradoxal pour une personne hypersensible de se tenir loin de ces sources d’émotion vive, surtout si cette personne a un côté artistique fort.   Pourtant, ça n’est pas si farfelu quand on y pense;  au-delà de l’évitement, il peut aussi s’agir d’une façon de se protéger.  Ça peut aussi être un indice que quelque chose ne va pas, quand on ne peut plus s’exposer à cela.

On m’a souvent reflété que j’étais «mélodramatique». Trop intense.  Que j’exagérais. Que j’en mettais plus que le client demande. Pourtant, dans mon cœur et dans mon esprit, ces émotions étaient bien réelles, et vraiment, elles était aussi fortes que je le laissais transparaître.  Pour donner un exemple archi-galvaudé, je pouvais être émue aux larmes par un coucher de soleil. Ou encore, je pouvais me sentir vraiment appelée par tel ou tel mouvement spirituel, me sentir interpellée par la réalité d’autres cultures, me sentir profondément révoltée par les coutumes misogynes que je pouvais observer, etc.  De la même façon, je pouvais réellement me retrouver le cœur brisé après m’être pris un énième râteau. (Pour la petite histoire, je n’étais vraiment pas populaire avec les garçons, mais j’avais les tripes de «dire clairement mon intérêt». Quand je vois les belles phrases de mansplaining comme quoi ça serait tellement le fun si on faisait les premiers pas parfois, si on avouait simplement nos sentiments… ça me donne envie de hurler car la plupart du temps quand je le faisais, je me faisais copieusement ridiculiser ou insulter pour avoir proclamé mon intérêt, mais bon – ce n’est pas ça le sujet de mon article d’aujourd’hui. )

Bref, vous avez compris : j’avais le volume des émotions à + 10 000 tout le temps.

Naviguer ces eaux tumultueuses n’était pas évident car je recevais un double message : d’un côté, c’était bien d’être passionnée, authentique, transparente, mais de l’autre… pas trop. C’était mieux de se tenir tranquille, de ne pas faire de vagues, de ne pas parler des émotions trop intenses que je ressentais sous peine de me faire dire des choses que je trouvais infantilisantes ou invalidantes. Peut-être que dans le fond, les gens voulaient  juste alléger mon malaise, mais ça ne fonctionnait pas très bien.   Plus le temps passait, plus j’avais l’impression que quelque chose clochait chez moi.  C’était épuisant de toujours voler d’un extrême émotif à l’autre.  Quelque part dans ma vingtaine j’ai décidé de consulter parce que ça me sortait par tous les pores de la peau, et je me sentais malheureuse. Prise dans une tourmente qui comprenait une relation passionnelle à distance avec un européen, des études qui ne m’intéressaient pas vraiment, une identité à définir et des projets à bâtir, je me sentais dépassée. Après plusieurs rencontres différentes, l’ultime rencontre avec une psychiatre a eu lieu et on m’a donné un espèce de «pas-diagnostic» : je présentais «des traits limites et histrioniques mais sans trouble de la personnalité».  Ce que mon coeur a entendu, c’était encore «tu en mets plus que le client demande, tu es trop exigeante et émotive, excessive, etc.».  Donc j’ai décidé de me faire soigner.

Fast forward quelques années plus tard, avec une rupture atroce, un abandon d’études et plusieurs emplois plus ou moins satisfaisants derrière la cravate, je ne vais pas réellement mieux, mais je ne m’en rends pas compte car AU MOINS je ne suis plus hypersensible. Je suis une machine à rationaliser. Je ressens beaucoup de fierté à être perçue comme forte, cérébrale, intellectuelle, solide.   J’ai une nouvelle personne dans ma vie à qui je refuse de m’attacher et avec qui je prétends que ça restera simple, que je ne me laisserai certainement jamais prendre à tomber en amour à perdre le nord encore une fois. (pour faire court, ce quelqu’un est mon mari aujourd’hui. So much pour garder ça simple 😉 ) Je poursuis toujours mon chemin, une petite thérapie ici, une autre là, yoga, livres de self-help, changements d’alimentation, etc. J’achète une maison. Je change encore d’emploi. Je travaille à mon compte. Je trouve des clients, mais finalement ça ne tourne pas comme je voudrais. Je trouve ma job de rêve puis je la perds par manque de travail.  Je me marie.  Je trouve un nouvel emploi qui finalement s’avère excellent pour mes besoins actuels, et où je suis aimée et appréciée. Mais ça ne va toujours pas, au fond.

Je ne ressens pas grand chose. Je ne suis pas capable d’identifier ce que je veux. Pas beaucoup d’intérêts durables. Pas de passions, de rêves, de projets fous ou plus sérieux. Pas d’espoirs. Je vis au jour le jour, et pour ressentir vraiment des émotions il faut que celles-ci soient fortes en TA*****! (Ne vous inquiétez pas, j’ai pleuré le jour de mon mariage et je tremblais tellement que je ne réussissais pas à signer le registre!)

Mon cœur ne parle pas assez fort pour que je l’entende. Mon moral se détériore. Ma créativité est à zéro, ce qui me lance un sérieux signal d’alarme. Une autre pile de défis personnels me tombe dessus et je décide de retourner aux études et d’entreprendre plusieurs activités hors-travail pour être sûre de ne pas avoir le temps de penser.  Un peu plus tard,  l’énergie à zéro, je retourne consulter.  Après quelques rencontres, deux hypothèses principales émergent :

  • Est-ce que, par hasard, on aurait essayé de tuer une mouche avec un bazooka, avec la thérapie de 2 ans pour les hypersensibles/TPL qu’on m’a conseillé de suivre, est-ce que ça se peut qu’au lieu de baisser le volume des émotions… j’avais fermé la valve au complet?
  • Est-ce que ça se peut que mon identité diffuse, mon manque de goût de l’effort… aient le droit d’exister, mais que j’aie le droit de ne pas les écouter? Que je puisse décider de poser des gestes sans tout analyser à outrance, sans tout comprendre, et sans autre raison qu’avoir le désir de les poser?

Je revoyais dans ma tête cette fantastique bande dessinée d’Allie Brosh, et je comprenais des choses. J’ai eu peur. Je ne voulais pas me rendre dans le trou du désespoir où elle avait été. Je me sentais dépassée par un tas de nouveaux défis et problèmes qui étaient apparus tous en même temps. Il fallait que je réapprenne à ressentir, que j’arrête d’être juste une tête flottante désincarnée, détachée du reste de mon corps, incapable de poser des limites à qui que ce soit par peur de décevoir, incapable de me donner du temps et dévorée par la question «À quoi bon???»  J’en ai eu assez de mon angoisse existentielle, de ce gros «rien» qui habitait dans mon ventre et qui cachait TOUTTTTTTTTTTEEEEEEEEEEEEEE les émotions que j’avalais.

Et j’ai décidé d’ouvrir la porte.    À suivre…

Le kit de base de l’humain décent

 

Chère lectrice (rédaction épicène FTW et bonne journée internationale du droit des Femmes), je m’excuse d’avance pour ce pavé de texte un peu indigeste que je m’apprête à t’imposer. Le cours universitaire que je suis présentement m’affecte fortement et j’ai envie de m’exercer. J’aurais pu écrire ceci, le relire et le jeter, mais parfois, l’écheveau confus des d’idées de l’une peut constituer le fil d’Ariane de la réflexion d’une autre. Partageons donc!

Il y a quelques temps, j’ai eu le plaisir de cinqàsepter avec un ami de très longue date que je vois, malheureusement, trop peu souvent. Comme toujours, l’échange fut vif et enrichissant. Notre conversation tournant beaucoup autour des carrefours de la vie et de nos interrogations personnelles, j’en ai tiré l’inspiration d’écrire sur la période de questionnements que je vis actuellement. Pour faire suite à mon précédent texte, et dans le contexte d’un cours que je suis présentement sur l’intervention psychosociale, le tout m’est apparu comme un bon exercice intellectuel que j’avais envie de partager avec ceux qui me lisent.

Je me questionne sur tout un tas de trucs concernant mon avenir, ma carrière, mon développement personnel, mes relations, etc.  Étant moi-même dans une réorientation personnelle et professionnelle, c’est bien normal. Toutefois, dans ce texte, je veux aborder plus précisément un aspect qui me préoccupe, c’est-à-dire les compétences, habiletés et comportements de base que j’estime pouvoir attendre des autres, d’un point de vue sociologique. ATTENTION : ceci est le simple reflet de mes croyances et n’engage que moi; je n’ai pas la prétention de dire que je SAIS comment ça devrait être.

Pour faire plus simple, je me posais la question suivante : «Selon moi, quel est le kit de base que tout humain décent et de bonne volonté devrait posséder?»   Dire que cette question n’a pas de réponse fixe ou établie serait une lapalissade. Cela ne la rend pas moins valide à mes yeux.  Cette interrogation provient de moments où les faits et gestes de mes semblables m’ont déçue, découragée, mise en colère, surprise ou désorientée. Bien des fois, je n’ai rien dit car cela aurait pu m’être nuisible d’un point de vue stratégique; ça m’aurait coûté plus cher, d’un point de vue psychosocial, de soulever le point que de me taire.  Toutefois, ça ne m’a pas empêchée d’enregistrer mentalement ces événements et d’y réfléchir pour établir ce que je considère, pour moi-même, être ma base. J’assume totalement toutes les psychologisations, sociologisations et moralisations que je fais en décrivant ce «code d’honneur» comme une sorte de principe cardinal auquel je me rattache.  Je ne prétends pas avoir raison; il s’agit simplement d’une photo de mes croyances et de mes valeurs sous l’éclairage de cette approche particulière qu’est la psychosociologie.

 

Un échantillon de mon code d’honneur, ça pourrait ressembler à ceci :

 

  • Tant que c’est humainement possible, faire preuve d’honnêteté, sans confondre celle-ci avec de la cruauté.
  • Considérer l’impact que nous avons sur les autres par nos actions.
  • Avoir du civisme.
  • Faire preuve de flexibilité et d’empathie.
  • Ne pas laisser les personnes que j’aime mal prises
  • M’aimer assez pour dire «non» à un paquet de choses
  • Ne pas prétendre connaître quelque chose quand on ne connaît pas.
  • Être de bonne foi.
  • Ne pas outrepasser ses responsabilités et ses droits
  • Etc bis exposant douze …

 

Ce qui est délicat dans toute cette histoire, c’est que les autres ne partagent pas nécessairement ce même code d’honneur. Il y a beaucoup trop d’individus, de constructions sociales et de contextes différentes pour ça.   Eh bien, chère lectrice, je vais me risquer à dire que ceci est à la base d’une multitude de situations carrément «crissantes.»

Exemple anodin et fictif :

Au travail,  une personne parle très fort au cellulaire pour des affaires personnelles, dérange par ses conversations intempestives et se promène dans le bureau en marchant fort et en traînant des pieds.

Ma réflexion : bris de la règle 3 de mon code d’honneur.

Mon émotion: irritation suprême, léger sentiment de mépris et de supériorité, impression que mes besoins ne sont pas respectés.

Ma réaction: soupirer bruyamment. Si ça ne se règle pas, dire gentiment. Si ça ne se règle toujours pas, pogner les nerfs et ensuite le regretter et faire des blagues.

Solution ultime appliquée après l’échec de toutes les autres: porter des écouteurs en permanence quitte à avoir parfois du mal à interagir avec mes collègues.

Espoir secret déçu : que quelqu’un en position d’autorité prenne la situation en main et force la personne à cesser son comportement irritant

Problématique : Deux personnes directement impliquées qui n’ont pas la même définition de ce qui est dérangeant ou pas, de ce qui est civique ou pas, et une troisième personne qui n’a pas été consultée MAIS de qui l’intervention est attendue par une des parties = rien qui ne se règle vraiment, chacun reste campé sur ses positions et aucune responsabilité minimale des deux parties.

Donc, au final, ce que je peux observer de tout ceci, c’est qu’à peu de choses près, la grande majorité des problèmes interpersonnels que je rencontre sont liés, d’une façon où d’une autre, à mon «code d’honneur» personnel.

Pourquoi je ne parle pas simplement de valeurs: malencontreusement, le terme «valeurs» a été tellement galvaudé que les gens se mettent à rouler des yeux dès qu’ils en entendent parler, moi la première. J’ai simplement remplacé le terme par «code d’honneur», ou par «kit de base de l’humain décent».  D’un seul coup, toute l’idée que je développais me paraissait un peu plus intéressante, car ce faisant, je me suis réapproprié ce langage.  Cela m’a permis de poursuivre ma réflexion, et d’arriver à la conclusion que ce que je peux attendre et espérer des autres est irrémédiablement lié à cette «paire de lunettes» mentale, et à la leur, par la même occasion. La suite la plus courante de cette réflexion serait d’affirmer que je ne peux que changer mes propres lunettes, pas celles des autres, pour résoudre mes problèmes.

Or, mes nouveaux apprentissages me conduisent plutôt à cette autre réflexion : au lieu d’essayer de changer ses propres lunettes, ou de chiâler sur celles des autres, nous avons tout à gagner d’apprendre à «échanger temporairement» nos lunettes, faire part de ce que nous avons vu, et ensuite discuter ensemble de ce qu’on a la volonté de recalibrer ou pas.

C’est une information particulièrement utile à se rappeler quand «l’autre» est un système, une entité légale, bref pas une personne avec qui on peut s’asseoir et discuter. «Emprunter» subtilement la paire de lunette du système, la porter, la remettre en place et se faire sa propre idée : c’est à la fois de l’adaptation et de la pensée critique. C’est seulement à partir de ce point, que quelqu’un pourra décider de la viabilité de sa prescription actuelle, et qu’il y aura maintien, changement, ou ajout de «règles» dans le code d’honneur.

Il ne nous viendrait pas à l’idée d’Exiger de quelqu’un de changer son système de valeurs de manière permanente; pourquoi se l’exiger à soi-même?  L’idée… c’est se rappeler que les lunettes qu’on porte, façonnent la réalité. Elles ne nous montrent pas la SEULE réalité, seulement la nôtre, et que d’autres alternatives viables pour d’autres personnes existent, sont possibles, et qu’on ne peut pas décider de ne pas les prendre en considération car nous sommes tous, que nous le souhaitions ou non, foncièrement dépendants les uns des autres.

Maintenant, à ton tour, chère lectrice; ça te fait réfléchir? Ça te choque? Dis-moi tout!

 

Déconnection, silences et flocons de neige

Bien le bonjour, lecteurs.

Au début de 2017, j’ai eu besoin de prendre une pause numérique. Paraît que c’est la mode, ces temps-ci, de vouloir se «déploguer». On a tous nos raisons pour vouloir prendre ses distances avec les médias sociaux. Pour ma part, ça été un accrochage avec une blogueuse sur une incompréhension d’un de mes commentaires. Je m’étais piètrement exprimée, et je l’ai reconnu; mais malheureusement, mon interlocutrice s’est complètement boquée et il m’a été impossible d’avoir un dialogue productif avec elle. Cet événement m’a forcé à réfléchir aux personnes avec qui j’avais été aussi rigide, tuant du même coup dans l’oeuf toute chance de conversation saine pouvant permettre de comparer des points de vue. Ça a aussi provoqué chez moi un ras-le-bol de perdre de l’énergie à argumenter avec des gens de qui je ne partage pas l’opinion.

Dans ce havre de fausses interprétations, d’impressions, de tone-policing et de prises de positions que constituent les médias sociaux, il arrive souvent que des disputent éclatent. J’observe que de moins en moins, nous sommes capables de faire preuve de tolérance et d’ouverture aux idées différentes, que l’on saute vite aux conclusions en prenant tout personnel, moi y compris. Je m’explique.

Il y a des supposées opinions que je ne respecte aucunement car elles enfreignent carrément la charte des droits et libertés ou elles oppriment carrément un groupe donné de la population, directement ou indirectement.  Il y en a aussi que je ne respecte pas parce qu’elles me semblent manquer d’humanité. Selon l’analyse psycho-sociale, je commets ici de graves fautes de moralisation et de sociologisation. C’est sûrement vrai, et je ne m’en cache pas. Mais, je trouve quand même important de m’exprimer, de réclamer le spotlight cinq minutes, et oui, de demander un peu de validation.

Il y a  des choses sur lesquelles je ne suis absolument pas négociable. Ce n’est pas une grosse surprise pour quiconque que je dise que je suis de gauche, anti pseudo-science, pour la logique et la méthode scientifique,  féministe, pour la fat acceptance, pour la diversité culturelle, pro-choix, écologiste , alliée LGBTQIA+. Sur ces sujets, je ne me battrai pas pour que ceux qui ont des opinions différentes de la mienne puissent la dire, sans toutefois prôner la censure; le monde a besoin de savoir que de telles idées existent pour efficacement les combattre.  Par ailleurs, ça me fait un chagrin infini quand quelqu’un que j’aime et que j’estime adopte une de ces opinions. Moi aussi, dans ces moments, je saute à des conclusions pas très jojo, mais la plupart du temps, je n’attaque plus; je laisse tomber et je change de sujet.

Pour certains de ces sujets, j’observe que le climat médiatique qui règne dans ma ville contribue à diviser la population, à valoriser une sorte de pensée unique populiste qui joue sur la peur, la méconnaissance et une manipulation à l’aide de demi-vérités répétées jusqu’à plus soif, et ça me choque.

Paradoxalement, je trouve de plus en plus difficile de me taire quand je lis et quand j’entends des propos qui me font réagir. Je me sens mue par une force difficile à mâter, par le goût d’ouvrir ma grande gueule, voire de m’indigner. Mais, le plus souvent, je me tais. Je me tais parce j’ai appris de mes prises de position antérieures et des moments ou j’ai fait preuve de leadership que c’est toujours le porte-parole qui se fait ramasser, qui se fait dire qu’il est hystérique, qu’on discrédite soi-disant parce qu’il est «dominé par ses émotions» et que je trouve ce genre de message extrêmement invalidant.

Par le passé, j’ai assumé des postures de leader dans plusieurs situations. J’ai été sur des conseils étudiants, j’ai été au «batte» pour défendre des idées et des personnes, pour chiâler contre de l’injustice, j’ai pris part à des manifestations, j’ai voulu lancer des mouvements et des organismes, etc. Mais maintenant? Plus maintenant. Ça ne me semble plus possible, ni productif. La flamme y est toujours, mais bien encadrée par des murs ignifuges, et alimentée à petites brindilles pour ne pas que ça devienne trop gros.

Depuis plusieurs mois, je réfléchis à une situation particulière et j’en suis venue à me forger l’opinion suivante: de plus en plus, on parle du fait de demander l’attention comme d’un geste répréhensible.  Pourtant, il n’y a jamais eu autant de moyens de se faire voir et entendre! Blogues, médias sociaux,  vidéos, sites de streaming, radios numériques… Paradoxalement, on affirme que le besoin d’être vu, entendu, validé dans ses perceptions est narcissique. Plus particulièrement, on dit qu’il s’agit d’une tare de la génération Y et des millenials qui se prennent donc bien pour de jolis flocons de neige spéciaux et qui sont trop sensibles et centrés sur leur nombril etc. À mes yeux, il s’agit de l’arbre qui cache la forêt.

Pendant qu’on s’enfarge dans les proverbiales fleurs du tapis et qu’on se crêpe le chignon entre générations, insidieusement, ceux qui n’ont aucune gêne à propager des messages haineux et dégradants le font.  Pendant qu’un groupe fait preuve de mollesse et vit avec l’idée toxique de la peur de déranger, de faire du bruit, l’autre groupe gueule de plus en plus fort, ayant même réussi à placer un parangon d’intolérance crasse et oui, je vais le dire, de stupidité, d’anti-intellectualisme et de démagogie à la tête d’une des plus grandes puissances mondiales.

Ceci m’amène à approfondir ma réflexion, en particulier au niveau des gens qui partagent mes visions et valeurs: se pourrait-il que malgré la prolifération des tribunes d’opinion, nous subissions une extrême difficulté à se faire entendre? Moi, il me semble que oui.

Nous sommes partout, nos idées sont autant affichées que celles des autres. C’est pourquoi je crois que c’est la façon dont nos idées sont représentées par l’appareil médiatique populaire actuel qui est le plus problématique.  Nous ne sommes pas sans tache, nous avons tendance à nous emporter et du coup, manquer à la sacro-sainte religion des chiffres et du concret/utilitaire. Toutefois, la question demeure. Comment se fait-il que nous soyons taxés sans arrêt d’être offensés pour rien, réduits à l’image de bébés-lala-braillards qui en demandent toujours plus plus plus?

Devant une telle hostilité, souvent, on renonce. Et selon moi, cette attitude est profondément ancrée chez nous, les petits flocons de neige spéciaux. On n’aime pas ça, la chicace. On se dit que nous ne sommes pas les hommes et les femmes qui murmurent à l’oreille des connards.   On lâche prise, souvent pour se protéger, et le fossé se creuse de plus en plus.  On est souvent épuisés, parce que porter son coeur sur sa manche comme ceci demande un énorme courage, et demande de savoir tolérer qu’on marche sur ce dernier sans scrupules et sans arrêt.

Je fais partie des petits flocons de neige spéciaux qui ont choisi le silence. Je suis, ainsi, complice de la mollesse ambiante.  Je filtre énormément l’information que je reçois et j’évite de m’exposer aux propos inflammatoires. Je me sens un peu comme les enfants qui mettent leur mains sur les oreilles en hurlant LA LA LA LA LA LA LA JE NE T’ÉCOUTE PAS. Je me suis tannée et j’ai estimé que l’activisme dont je tentais de faire preuve était devenu toxique et épuisant, sans donner de grands résultats.

Je pourrais me vanter d’avoir, moi, choisi la tolérance, mais c’est une tolérance d’apparence. Parce que je grince encore des dents devant la mauvaise foi et les idées extraordinairement étroites, si conflictuelles avec mes valeurs, que je rencontre trop fréquemment.

Je suis souvent un petit flocon de neige spécial qui n’ose pas partir la tempête du siècle. Je reste sagement assise sur mon banc de neige de banlieue, en espérant que quand le vent va se lever, je ne serai pas emportée trop loin.

Donc, je reprends du début: J’ai eu besoin de me déconnecter ,et j’ai toujours ce besoin. J’ai comme… un besoin de silence. Peut-être que dans le dialogue de sourds que j’observe présentement autour de moi, c’est ce qui manque. C’est la variable inconnue de l’équation. Est-ce qu’un peu de silence ne permet pas de progresser, parfois? D’entendre le fond de sa propre pensée? Et oui, parfois, de mettre un peu d’eau dans son vin, ou de trouver le courage d’arrêter de se taper de la bibine coupée à 75% d’eau quand on est prêt pour un grand ballon de bourgogne bien carac’?  Dans tout ce bruit, toute cette agitation, se déconnecter paraît être la panacée, l’ultime bouton «mute» à tout ce caquetage.

Durant ma brève pause, j’ai fait plusieurs réalisations, dont la principale étant: ma pause était trop courte. J’ai eu besoin de mon opinium et de mon spotlight assez vite merci. Je suis une junkie de bruit informationnel. Et me revoilà, petit flocon de neige spécial largué qui crie à tue-tête sur un mur virtuel bien insonorisé.  J’espère avoir le courage de vous redire «à plus tard» bientôt, mais pas pour le moment. Mon silence et celui de mes confrères et consoeurs d’opinion est trop assourdissant.