Le kit de base de l’humain décent

 

Chère lectrice (rédaction épicène FTW et bonne journée internationale du droit des Femmes), je m’excuse d’avance pour ce pavé de texte un peu indigeste que je m’apprête à t’imposer. Le cours universitaire que je suis présentement m’affecte fortement et j’ai envie de m’exercer. J’aurais pu écrire ceci, le relire et le jeter, mais parfois, l’écheveau confus des d’idées de l’une peut constituer le fil d’Ariane de la réflexion d’une autre. Partageons donc!

Il y a quelques temps, j’ai eu le plaisir de cinqàsepter avec un ami de très longue date que je vois, malheureusement, trop peu souvent. Comme toujours, l’échange fut vif et enrichissant. Notre conversation tournant beaucoup autour des carrefours de la vie et de nos interrogations personnelles, j’en ai tiré l’inspiration d’écrire sur la période de questionnements que je vis actuellement. Pour faire suite à mon précédent texte, et dans le contexte d’un cours que je suis présentement sur l’intervention psychosociale, le tout m’est apparu comme un bon exercice intellectuel que j’avais envie de partager avec ceux qui me lisent.

Je me questionne sur tout un tas de trucs concernant mon avenir, ma carrière, mon développement personnel, mes relations, etc.  Étant moi-même dans une réorientation personnelle et professionnelle, c’est bien normal. Toutefois, dans ce texte, je veux aborder plus précisément un aspect qui me préoccupe, c’est-à-dire les compétences, habiletés et comportements de base que j’estime pouvoir attendre des autres, d’un point de vue sociologique. ATTENTION : ceci est le simple reflet de mes croyances et n’engage que moi; je n’ai pas la prétention de dire que je SAIS comment ça devrait être.

Pour faire plus simple, je me posais la question suivante : «Selon moi, quel est le kit de base que tout humain décent et de bonne volonté devrait posséder?»   Dire que cette question n’a pas de réponse fixe ou établie serait une lapalissade. Cela ne la rend pas moins valide à mes yeux.  Cette interrogation provient de moments où les faits et gestes de mes semblables m’ont déçue, découragée, mise en colère, surprise ou désorientée. Bien des fois, je n’ai rien dit car cela aurait pu m’être nuisible d’un point de vue stratégique; ça m’aurait coûté plus cher, d’un point de vue psychosocial, de soulever le point que de me taire.  Toutefois, ça ne m’a pas empêchée d’enregistrer mentalement ces événements et d’y réfléchir pour établir ce que je considère, pour moi-même, être ma base. J’assume totalement toutes les psychologisations, sociologisations et moralisations que je fais en décrivant ce «code d’honneur» comme une sorte de principe cardinal auquel je me rattache.  Je ne prétends pas avoir raison; il s’agit simplement d’une photo de mes croyances et de mes valeurs sous l’éclairage de cette approche particulière qu’est la psychosociologie.

 

Un échantillon de mon code d’honneur, ça pourrait ressembler à ceci :

 

  • Tant que c’est humainement possible, faire preuve d’honnêteté, sans confondre celle-ci avec de la cruauté.
  • Considérer l’impact que nous avons sur les autres par nos actions.
  • Avoir du civisme.
  • Faire preuve de flexibilité et d’empathie.
  • Ne pas laisser les personnes que j’aime mal prises
  • M’aimer assez pour dire «non» à un paquet de choses
  • Ne pas prétendre connaître quelque chose quand on ne connaît pas.
  • Être de bonne foi.
  • Ne pas outrepasser ses responsabilités et ses droits
  • Etc bis exposant douze …

 

Ce qui est délicat dans toute cette histoire, c’est que les autres ne partagent pas nécessairement ce même code d’honneur. Il y a beaucoup trop d’individus, de constructions sociales et de contextes différentes pour ça.   Eh bien, chère lectrice, je vais me risquer à dire que ceci est à la base d’une multitude de situations carrément «crissantes.»

Exemple anodin et fictif :

Au travail,  une personne parle très fort au cellulaire pour des affaires personnelles, dérange par ses conversations intempestives et se promène dans le bureau en marchant fort et en traînant des pieds.

Ma réflexion : bris de la règle 3 de mon code d’honneur.

Mon émotion: irritation suprême, léger sentiment de mépris et de supériorité, impression que mes besoins ne sont pas respectés.

Ma réaction: soupirer bruyamment. Si ça ne se règle pas, dire gentiment. Si ça ne se règle toujours pas, pogner les nerfs et ensuite le regretter et faire des blagues.

Solution ultime appliquée après l’échec de toutes les autres: porter des écouteurs en permanence quitte à avoir parfois du mal à interagir avec mes collègues.

Espoir secret déçu : que quelqu’un en position d’autorité prenne la situation en main et force la personne à cesser son comportement irritant

Problématique : Deux personnes directement impliquées qui n’ont pas la même définition de ce qui est dérangeant ou pas, de ce qui est civique ou pas, et une troisième personne qui n’a pas été consultée MAIS de qui l’intervention est attendue par une des parties = rien qui ne se règle vraiment, chacun reste campé sur ses positions et aucune responsabilité minimale des deux parties.

Donc, au final, ce que je peux observer de tout ceci, c’est qu’à peu de choses près, la grande majorité des problèmes interpersonnels que je rencontre sont liés, d’une façon où d’une autre, à mon «code d’honneur» personnel.

Pourquoi je ne parle pas simplement de valeurs: malencontreusement, le terme «valeurs» a été tellement galvaudé que les gens se mettent à rouler des yeux dès qu’ils en entendent parler, moi la première. J’ai simplement remplacé le terme par «code d’honneur», ou par «kit de base de l’humain décent».  D’un seul coup, toute l’idée que je développais me paraissait un peu plus intéressante, car ce faisant, je me suis réapproprié ce langage.  Cela m’a permis de poursuivre ma réflexion, et d’arriver à la conclusion que ce que je peux attendre et espérer des autres est irrémédiablement lié à cette «paire de lunettes» mentale, et à la leur, par la même occasion. La suite la plus courante de cette réflexion serait d’affirmer que je ne peux que changer mes propres lunettes, pas celles des autres, pour résoudre mes problèmes.

Or, mes nouveaux apprentissages me conduisent plutôt à cette autre réflexion : au lieu d’essayer de changer ses propres lunettes, ou de chiâler sur celles des autres, nous avons tout à gagner d’apprendre à «échanger temporairement» nos lunettes, faire part de ce que nous avons vu, et ensuite discuter ensemble de ce qu’on a la volonté de recalibrer ou pas.

C’est une information particulièrement utile à se rappeler quand «l’autre» est un système, une entité légale, bref pas une personne avec qui on peut s’asseoir et discuter. «Emprunter» subtilement la paire de lunette du système, la porter, la remettre en place et se faire sa propre idée : c’est à la fois de l’adaptation et de la pensée critique. C’est seulement à partir de ce point, que quelqu’un pourra décider de la viabilité de sa prescription actuelle, et qu’il y aura maintien, changement, ou ajout de «règles» dans le code d’honneur.

Il ne nous viendrait pas à l’idée d’Exiger de quelqu’un de changer son système de valeurs de manière permanente; pourquoi se l’exiger à soi-même?  L’idée… c’est se rappeler que les lunettes qu’on porte, façonnent la réalité. Elles ne nous montrent pas la SEULE réalité, seulement la nôtre, et que d’autres alternatives viables pour d’autres personnes existent, sont possibles, et qu’on ne peut pas décider de ne pas les prendre en considération car nous sommes tous, que nous le souhaitions ou non, foncièrement dépendants les uns des autres.

Maintenant, à ton tour, chère lectrice; ça te fait réfléchir? Ça te choque? Dis-moi tout!

 

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Une réflexion sur “Le kit de base de l’humain décent

  1. Si tout le monde mettait en pratique un tant soit peu l’échange de lunettes,cela augmenterait de beaucoup la tolérance et le respect dans notre joli monde.Très beau texte qui incite à la méditation.Bravo pour tes écrits ma grande! xx

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