Déconnection, silences et flocons de neige

Bien le bonjour, lecteurs.

Au début de 2017, j’ai eu besoin de prendre une pause numérique. Paraît que c’est la mode, ces temps-ci, de vouloir se «déploguer». On a tous nos raisons pour vouloir prendre ses distances avec les médias sociaux. Pour ma part, ça été un accrochage avec une blogueuse sur une incompréhension d’un de mes commentaires. Je m’étais piètrement exprimée, et je l’ai reconnu; mais malheureusement, mon interlocutrice s’est complètement boquée et il m’a été impossible d’avoir un dialogue productif avec elle. Cet événement m’a forcé à réfléchir aux personnes avec qui j’avais été aussi rigide, tuant du même coup dans l’oeuf toute chance de conversation saine pouvant permettre de comparer des points de vue. Ça a aussi provoqué chez moi un ras-le-bol de perdre de l’énergie à argumenter avec des gens de qui je ne partage pas l’opinion.

Dans ce havre de fausses interprétations, d’impressions, de tone-policing et de prises de positions que constituent les médias sociaux, il arrive souvent que des disputent éclatent. J’observe que de moins en moins, nous sommes capables de faire preuve de tolérance et d’ouverture aux idées différentes, que l’on saute vite aux conclusions en prenant tout personnel, moi y compris. Je m’explique.

Il y a des supposées opinions que je ne respecte aucunement car elles enfreignent carrément la charte des droits et libertés ou elles oppriment carrément un groupe donné de la population, directement ou indirectement.  Il y en a aussi que je ne respecte pas parce qu’elles me semblent manquer d’humanité. Selon l’analyse psycho-sociale, je commets ici de graves fautes de moralisation et de sociologisation. C’est sûrement vrai, et je ne m’en cache pas. Mais, je trouve quand même important de m’exprimer, de réclamer le spotlight cinq minutes, et oui, de demander un peu de validation.

Il y a  des choses sur lesquelles je ne suis absolument pas négociable. Ce n’est pas une grosse surprise pour quiconque que je dise que je suis de gauche, anti pseudo-science, pour la logique et la méthode scientifique,  féministe, pour la fat acceptance, pour la diversité culturelle, pro-choix, écologiste , alliée LGBTQIA+. Sur ces sujets, je ne me battrai pas pour que ceux qui ont des opinions différentes de la mienne puissent la dire, sans toutefois prôner la censure; le monde a besoin de savoir que de telles idées existent pour efficacement les combattre.  Par ailleurs, ça me fait un chagrin infini quand quelqu’un que j’aime et que j’estime adopte une de ces opinions. Moi aussi, dans ces moments, je saute à des conclusions pas très jojo, mais la plupart du temps, je n’attaque plus; je laisse tomber et je change de sujet.

Pour certains de ces sujets, j’observe que le climat médiatique qui règne dans ma ville contribue à diviser la population, à valoriser une sorte de pensée unique populiste qui joue sur la peur, la méconnaissance et une manipulation à l’aide de demi-vérités répétées jusqu’à plus soif, et ça me choque.

Paradoxalement, je trouve de plus en plus difficile de me taire quand je lis et quand j’entends des propos qui me font réagir. Je me sens mue par une force difficile à mâter, par le goût d’ouvrir ma grande gueule, voire de m’indigner. Mais, le plus souvent, je me tais. Je me tais parce j’ai appris de mes prises de position antérieures et des moments ou j’ai fait preuve de leadership que c’est toujours le porte-parole qui se fait ramasser, qui se fait dire qu’il est hystérique, qu’on discrédite soi-disant parce qu’il est «dominé par ses émotions» et que je trouve ce genre de message extrêmement invalidant.

Par le passé, j’ai assumé des postures de leader dans plusieurs situations. J’ai été sur des conseils étudiants, j’ai été au «batte» pour défendre des idées et des personnes, pour chiâler contre de l’injustice, j’ai pris part à des manifestations, j’ai voulu lancer des mouvements et des organismes, etc. Mais maintenant? Plus maintenant. Ça ne me semble plus possible, ni productif. La flamme y est toujours, mais bien encadrée par des murs ignifuges, et alimentée à petites brindilles pour ne pas que ça devienne trop gros.

Depuis plusieurs mois, je réfléchis à une situation particulière et j’en suis venue à me forger l’opinion suivante: de plus en plus, on parle du fait de demander l’attention comme d’un geste répréhensible.  Pourtant, il n’y a jamais eu autant de moyens de se faire voir et entendre! Blogues, médias sociaux,  vidéos, sites de streaming, radios numériques… Paradoxalement, on affirme que le besoin d’être vu, entendu, validé dans ses perceptions est narcissique. Plus particulièrement, on dit qu’il s’agit d’une tare de la génération Y et des millenials qui se prennent donc bien pour de jolis flocons de neige spéciaux et qui sont trop sensibles et centrés sur leur nombril etc. À mes yeux, il s’agit de l’arbre qui cache la forêt.

Pendant qu’on s’enfarge dans les proverbiales fleurs du tapis et qu’on se crêpe le chignon entre générations, insidieusement, ceux qui n’ont aucune gêne à propager des messages haineux et dégradants le font.  Pendant qu’un groupe fait preuve de mollesse et vit avec l’idée toxique de la peur de déranger, de faire du bruit, l’autre groupe gueule de plus en plus fort, ayant même réussi à placer un parangon d’intolérance crasse et oui, je vais le dire, de stupidité, d’anti-intellectualisme et de démagogie à la tête d’une des plus grandes puissances mondiales.

Ceci m’amène à approfondir ma réflexion, en particulier au niveau des gens qui partagent mes visions et valeurs: se pourrait-il que malgré la prolifération des tribunes d’opinion, nous subissions une extrême difficulté à se faire entendre? Moi, il me semble que oui.

Nous sommes partout, nos idées sont autant affichées que celles des autres. C’est pourquoi je crois que c’est la façon dont nos idées sont représentées par l’appareil médiatique populaire actuel qui est le plus problématique.  Nous ne sommes pas sans tache, nous avons tendance à nous emporter et du coup, manquer à la sacro-sainte religion des chiffres et du concret/utilitaire. Toutefois, la question demeure. Comment se fait-il que nous soyons taxés sans arrêt d’être offensés pour rien, réduits à l’image de bébés-lala-braillards qui en demandent toujours plus plus plus?

Devant une telle hostilité, souvent, on renonce. Et selon moi, cette attitude est profondément ancrée chez nous, les petits flocons de neige spéciaux. On n’aime pas ça, la chicace. On se dit que nous ne sommes pas les hommes et les femmes qui murmurent à l’oreille des connards.   On lâche prise, souvent pour se protéger, et le fossé se creuse de plus en plus.  On est souvent épuisés, parce que porter son coeur sur sa manche comme ceci demande un énorme courage, et demande de savoir tolérer qu’on marche sur ce dernier sans scrupules et sans arrêt.

Je fais partie des petits flocons de neige spéciaux qui ont choisi le silence. Je suis, ainsi, complice de la mollesse ambiante.  Je filtre énormément l’information que je reçois et j’évite de m’exposer aux propos inflammatoires. Je me sens un peu comme les enfants qui mettent leur mains sur les oreilles en hurlant LA LA LA LA LA LA LA JE NE T’ÉCOUTE PAS. Je me suis tannée et j’ai estimé que l’activisme dont je tentais de faire preuve était devenu toxique et épuisant, sans donner de grands résultats.

Je pourrais me vanter d’avoir, moi, choisi la tolérance, mais c’est une tolérance d’apparence. Parce que je grince encore des dents devant la mauvaise foi et les idées extraordinairement étroites, si conflictuelles avec mes valeurs, que je rencontre trop fréquemment.

Je suis souvent un petit flocon de neige spécial qui n’ose pas partir la tempête du siècle. Je reste sagement assise sur mon banc de neige de banlieue, en espérant que quand le vent va se lever, je ne serai pas emportée trop loin.

Donc, je reprends du début: J’ai eu besoin de me déconnecter ,et j’ai toujours ce besoin. J’ai comme… un besoin de silence. Peut-être que dans le dialogue de sourds que j’observe présentement autour de moi, c’est ce qui manque. C’est la variable inconnue de l’équation. Est-ce qu’un peu de silence ne permet pas de progresser, parfois? D’entendre le fond de sa propre pensée? Et oui, parfois, de mettre un peu d’eau dans son vin, ou de trouver le courage d’arrêter de se taper de la bibine coupée à 75% d’eau quand on est prêt pour un grand ballon de bourgogne bien carac’?  Dans tout ce bruit, toute cette agitation, se déconnecter paraît être la panacée, l’ultime bouton «mute» à tout ce caquetage.

Durant ma brève pause, j’ai fait plusieurs réalisations, dont la principale étant: ma pause était trop courte. J’ai eu besoin de mon opinium et de mon spotlight assez vite merci. Je suis une junkie de bruit informationnel. Et me revoilà, petit flocon de neige spécial largué qui crie à tue-tête sur un mur virtuel bien insonorisé.  J’espère avoir le courage de vous redire «à plus tard» bientôt, mais pas pour le moment. Mon silence et celui de mes confrères et consoeurs d’opinion est trop assourdissant.

 

 

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s