Ce que le yoga a fait pour moi

Je n’ai jamais été sportive. Jamais, comme dans jamais. Plusieurs de mes écrits peuvent en témoigner, d’ailleurs. J’ai toujours fait de l’activité physique seulement pour maigrir. Je ne rentrerai pas dans le laïus interminable de mes mésaventures avec le sport, c’est du réchauffé : maladroite, peu en forme, toujours choisie la dernière dans les équipes, provenant d’une famille de gens qui n’aiment pas non plus l’activité physique en général, etc. Mon poids a fait l’accordéon au rythme de mes «efforts», ainsi que mon moral.

J’ai fait :

• du baladi (2 ans)
• de la zumba (deux cours…)
• de l’entraînement en salle (plusieurs fois en tranches de quelques mois – plusieurs abandons car ça consommait trop de temps, je n’aimais pas cela, et la pression de maigrir dans les centres pour femmes seulement était intenable)
• de la marche (mon moyen de transport)
• de la natation (par intermittence un peu comme l’entraînement, mais j’aime bien)
• du badminton (à trois reprises pendant quelques mois)

J’ai eu l’intention de faire :
• du kayak (trop compliqué logistiquement)
• de la marche nordique/ du ski de fond/ de la raquette (j’ai choké car difficile de trouver un partenaire/équipement dispendieux)
• du ski alpin (trop maladroite, et trop cher)
• de l’aïkido (faiblesse au pied gauche, je ne peux pas faire quelque chose qui se pratique exclusivement en station verticale pieds nus)

And so on. Le yoga, j’y avais pensé quelque fois, mais de loin… je ne me sentais vraiment pas à ma place avec toutes ces nymphes athlétiques en léotard soyeux. Mon cerveau compétitif et échaudé par d’autres expériences ne voulait même pas y penser. C’est sûr que je côtoyais un peu plus les philosophies orientales dans le bouddhisme, et que le yoga fait souvent partie intégrante du bouddhisme, mais ça ne suffisait pas à ce que je développe un intérêt réel pour le yoga. Je me disais que je ne pourrais jamais me plier comme un pretzel comme ça, et que je ne m’exposerais certainement pas à être la pire de mon cours. Ça non!

Pourtant… après trois ans de travail sur mon mental pour d’autres raisons, j’en avais vraiment marre d’entraîner mon psychologique. Je savais que j’avais à trouver une forme de mouvement que j’aimais, mais je voyais cela comme une tâche tellement impossible… j’avais peur. Mon gros ego m’empêchait de m’essayer à autre chose. Toute forme d’activité était un catalyseur D’émotions négatives; je n’ai jamais eu «l’addition aux endorphines» dont on me parlait tant. Pour moi, ce n’était que de la douleur, de l’inconfort, de la sueur, des mauvaises odeurs, et un moyen de forcer mon corps dans une taille plus petite/ de le punir de ne pas être ce que je voulais.

Heureusement, à force de lectures sur Health At Every Size, je me suis rendu compte que je n’étais pas OBLIGÉE d’avoir mal pour que ça vaille la peine. Que mon succès ne se mesurerait pas nécessairement en kilos/cm perdus. Que j’avais le droit de n’être capable que de faire 5 minutes pour commencer. Que si j’avais de la douleur, de l’épuisement, arrêter n’était pas abandonner. Il y a cette phrase qui m’est tellement utile…«Rouleriez-vous avec une voiture dont tous les voyants du tableau de bord seraient allumés? Non? Eh bien lorsque vous avez de la douleur, de l’épuisement, ce sont les voyants lumineux de votre corps. Écoutez-les. Adressez-les avant toute chose, ne les ignorez pas; c’est peut-être ce qui fera la différence entre un départ en lion qui finit en mouton, et une habitude durable.»

J’ai oublié de qui est la phrase mais elle a changé mon rapport à l’activité physique du tout au tout.
J’ai aussi commencé le guide «The Fat Chick’s exercise» de Jeanette DePatie, pour réapprendre la manière de progresser :10% et/ou un paramètre à la fois. Il y a trois paramètres : le nombre de fois par semaine, l’intensité et la durée.

Par exemple : si je m’entraîne trois fois par semaine durant 35 minutes, je pourrais :
– M’entraîner 4 fois par semaine
– Augmenter mon temps de séance à 38,5 minutes
– Augmenter un peu l’inclinaison de mon tapis/ augmenter de dix pour cent le poids de mes haltères

MAIS PAS LES TROIS EN MÊME TEMPS. Un.petit.pas.à.la.fois.

Dans mon cas, c’était essentiel. J’avais tellement renoncé, que le plus petit effort me mettait en nage. Je n’étais pas malade, mes indicateurs de santé étaient tous bons, mais mon cardio et certains muscles, ouh là là, ce n’était pas très bon!
Beaucoup de lecture, de larmes, de frustrations, de questionnements, de réflexion et de personnes inspirantes plus tard (vous savez qui vous êtes/you know who you are!) alors que j’étais assise dans l’autobus j’ai vu, au-dessus de l’endroit où j’ai fait faire mon premier tatouage, un nouveau studio de Yoga : Soham Yoga bis.

J’ai pris les informations auprès de l’enseignante, par courriel. Nous avons correspondu un peu, je lui ai fait part de toutes mes craintes, de mes mauvaises expériences, de ma fasciite plantaire, etc. Elle m’a répondu positivement, patiemment.
J’ai payé ma première session, et j’ai manqué le premier cours, au chevet de ma mère qui se faisait opérer. Elle a très bien compris que je ne pouvais pas être présente.

Au deuxième cours de la session d’introduction je suis arrivée trente minutes en avance. Tout de suite j’ai apprécié l’ambiance du studio; calme, zen, avec un petit salon pour boire du thé plein de coussins par terre et de beaux livres, chandelles, encens. Catherine, mon enseignante, a pris le temps de s’asseoir avec moi et de faire le tour de mes objectifs. Elle m’a bien écouté.
Mon premier cours s’est mal passé. J’ai tout de suite songé à abandonner, je me comparais avec la plus belle et la plus mince de la classe pour me rendre compte plus tard…. Qu’elle était enseignante et qu’elle prenait le cours novice en stage d’observation. =_=

En allant porter ma tasse vide dans le petit salon, j’ai lu sur le tableau : «Yoga is the practice of tolerating the consequences of being yourself». –Bhagavad-Gita … autant pour moi. Je suis repartie chez moi songeuse.
J’ai suivi tous mes cours d’introduction. J’ai acheté une carte de douze cours. Je suis même allée à un cours gratuit sur l’heure du midi… et un jour en allant à mon cours la professeure a poinçonné mon douzième cours. Ma première carte. Finie. 18 cours. 4 mois et demie.

J’avais «toffé» quatre mois et demie. Et J’aimais Cela. Même si j’étais la seule dans la classe qui avait besoin de tous les boosters/adapteurs/modifications de pose. Pour reprendre les paroles de Catherine, «on va où c’est disponible». Et même si mon disponible ne l’est pas toujours beaucoup, j’en découvre un peu plus à chaque fois.
J’ai signé pour un challenge de 5 fois par semaine pendant trois semaines. (bon j’avoue que j’ai peut-être ignoré ma loi des paramètres… mais j’étais trop tentée.) J’y vais. Des fois j’ai mal, des fois non; des fois je fais une nouvelle posture, je vais plus loin, ou je réussis quelque chose que ça fait longtemps que je bûche pour faire. Des fois je pleure parce que mon ego me fait me comparer aux autres. Je «journale» mon expérience sur FacedeBouc parce que j’ai le goût de parler de mon expérience à tout le monde.

Curieusement, au travers tout cela j’ai recommencé à faire de l’elliptique sans détester cela. À cesser d’éviter de marcher le plus possible. Je me crée des activités avec mes amis qui impliquent de bouger. Piscine, promenade… je ne me sens plus aussi fermée à essayer des activités, sauf les sports d’équipe qui ne me disent encore absolument rien, trop traumatisée des cours d’éduc, je pense.

Le yoga, m’a réuni avec mon corps, et m’aide à le détester un peu moins chaque jour. Il complète mon travail d’acceptation tout en me conduisant à désirer m’assouplir, m’alléger, repousser mes limites. Il me nourrit aussi spirituellement, psychologiquement, ce qu’aucune autre activité physique n’a pu faire pour moi. Je me surprends tous les jours à citer quelque chose que j’ai entendu, à transférer une compétence que j’ai acquise, à avoir hâte à mon prochain cours, à ne pas renoncer.
J’espère un moment donné, avoir l’espace pour pratiquer chez moi; avoir assez confiance pour cela. Je lis beaucoup d’autres professeurs spécialisés pour le yoga des personnes rondes, et ça m’aide personnellement à modifier ce qu’il faut, le temps qu’il faut. Je sens la plante fragile d’une passion pour une activité physique qui pousse. J’essaie de ne pas la noyer.
J’ai encore peur que ce soit un feu de paille, mais pour le moment, cela est. Je suis cela. Soham.

Om! Shanti!

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